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« Je pense que 20 000 (de commission), c’est bien pour un contrat de mineur »

Nelio Lucas, patron de Doyen Sports, passe au-dessus de ces considérations. Mais comment lui en vouloir ? Il tombe en pâmoison devant un Nigérian de 17 ans, Isaac Success (aujourd’hui à Watford). Son avocat Alfredo Garzon a beau l’alerter et lui dire qu’il est impossible de l’enrôler, Nelio Lucas balaye. « Peu importe la façon, tu dois trouver un moyen de le faire signer. Le joueur est une bombe ! Il faut conclure ce contrat. Même s’il doit rester au Nigeria jusqu’à ses 18 ans, mais je pense qu’on trouvera une solution. Il faut que je l’achète. C’est oui ou c’est oui. »

Le principe est posé : on contourne la règle. Et si ce n’est pas possible, on s’assoit dessus. Plonger dans les contrats du FC Porto permet d’en prendre la mesure.

Le club portugais, vainqueur de la Ligue des champions en 1987 et 2014, a signé en 2012 un accord avec une société dénommée Ramp, enregistrée à Hong Kong, qui a pour mission de dénicher de jeunes talents en Afrique (Ghana, Congo, Afrique du Sud, Zambie et Nigeria). En vertu de cet accord, Ramp propose des listes de joueurs à Porto, dont un certain nombre sont mineurs. Le club sélectionne quelques profils, qui viennent à l’essai. Ramp touche alors une commission de 18 000 euros. Et est intéressé à la future vente du joueur. Jusqu’en 2015, Ramp possédait 25 % du joueur.

Depuis cette date et l’interdiction de la TPO, Porto rémunère mieux la société intermédiaire : 75 000 euros si le jeune homme joue cinq matchs avec l’équipe B de Porto ; et un rôle d’agent exclusif lors d’un futur transfert. En tout, un mineur peut rapporter jusqu’à 975 000 euros à Ramp.

Edmund Chu, le président de Ramp, ne se contente cependant pas de cela. En plus de l’activité de scouting (repérage de jeunes talents) de Ramp, il se fait rémunérer comme agent sur certains transferts. Le Nigérian Chidozie Awaziem arrive en 2014 à l’âge de 17 ans, pour un test. Lorsqu’il signe un contrat, Porto paye 500 000 euros d’indemnités de transfert au Riverlane Touth Club, où il jouait. Et Edmund Chu encaisse 75 000 euros en son nom propre. Un montant supérieur aux 10 % de commission autorisés… Le FC Porto et la société Ramp n’ont pas fait suite aux sollicitations de l’EIC.

Parce que le club pourrait avoir des ennuis ? Dans les correspondances auxquelles nous avons eu accès, l’agent Saif Rubie, mécontent de la façon dont le FC Porto traite le jeune Ghanéen Christian Atsu, menace de déballer aux médias la manière dont le club se comporte « du début à la fin », « y compris les arrangements avec Ramp et tous les avantages tirés par le club de ces contrats signés avec des joueurs africains vulnérables. Arrêtez de voler de l’argent aux joueurs, et tout ira bien. Mais à en juger par mon expérience avec vous sur Atsu, vous ne vous souciez pas des joueurs ni des conséquences de votre comportement ». Lui non plus n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Pas besoin d’aller jusqu’en Afrique, cependant, pour s’interroger sur le comportement de Porto. Que dire de la situation du Guinéen Julio Generoso, arrivé à l’âge de 14 ans en provenance de Belgique par l’intermédiaire de l’agent Luciano D’Onofrio, maintes fois condamné en justice ?

Et puisque le business est facile, que chacun en profite ! Le fils du président de Porto, Alexandre Pinto Da Costa, parie lui aussi sur des mineurs via son entreprise Energy Soccer. Si le joueur Rui Pedro Silva participe à dix matchs, Alexandre touchera 100 000 euros. Cela peut singulièrement compliquer la tâche de l’entraîneur du club, qui cherche à préserver son poste. Doit-il engraisser la famille du président ? Ou sélectionner la meilleure équipe possible ?

Extrait de la note rédigée par Fintan Drury à destination de Doyen © EICExtrait de la note rédigée par Fintan Drury à destination de Doyen © EIC

 

La Grande-Bretagne n'échappe pas à la chasse aux trésors. Ainsi, lors d’échanges sur une possible collaboration avec le groupe Doyen en mars 2014, un dénommé Fintan Drury qui dirige l’entreprise Platinum One (PO), assure avoir signé un contrat avec Arsenal. Il écrit : « La société a un contrat avec Arsenal pour aider au recrutement de nouveaux joueurs mineurs qui sont sous contrat avec d’autres clubs. PO touche 10 % des frais engagés pour tout joueur qu’Arsenal vise et pour lequel PO intervient. Il y a une liste de trois joueurs de 15 ans pour l’été prochain, et aucun d’entre eux ne se verrait offrir un package de moins de 750 000 £. Pour un joueur pour lequel se battent Arsenal et Manchester United en ce moment, rien ne sera sûr à moins de 1,5 million £. »

La fédération anglaise interdit formellement de payer des agents pour faciliter le transfert de mineurs. Arsenal l'aurait-il oublié ? Le club, qui ne lésine pas sur la dépense quand il s’agit d’enrôler de très jeunes joueurs, dément à l'EIC avoir jamais passé un tel accord. Ses avocats expliquent qu'Arsenal n'a jamais signé de contrat avec Platinum One dans le but de viser les jeunes joueurs évoluant dans d'autres clubs, qu'il n'y a jamais eu d'accord pour payer des commissions. Le club affirme respecter les règles anglaises en la matière.

Arsenal a ainsi signé cinq des dix plus gros deals de l’histoire concernant des mineurs de 16 ans, Théo Walcott détenant ce record depuis la saison 2005-2006 avec un transfert à 10,5 millions d’euros.

 

Les dix transferts les plus chers de joueurs de moins de 16 ans, avant 2015 (en millions d'euros) © DRLes dix transferts les plus chers de joueurs de moins de 16 ans, avant 2015 (en millions d'euros) © DR

 

Drury, qui travaille sous la responsabilité de Johnny Fortune (Pilot View Capital), et qui mène parallèlement une activité dans les paris sportifs, a eu la bonne idée de s’entourer d’anciens joueurs d’Arsenal, Paolo Vernazza et Graham Barrett, ainsi que de l’ancien responsable des activités de scouting du club, Andrew Douglas, pour tenter d’y placer ses meilleurs éléments qu’il repère dans différents pays comme la Grèce ou la Finlande.

Interrogé par l'EIC, Platinum One nie avoir jamais eu un quelconque accord avec un club professionnel pour recruter des joueurs de moins de 16 ans, et explique qu'il n'aurait de toute façon pas pu se faire rémunérer pour un tel travail. Il nie tout autant avoir ciblé un joueur considéré comme « mineur » par la FIFA et dit agir en conformité avec les règles de la fédération anglaise. Ce que le courrier envoyé dément.

Parmi ses nombreuses jeunes cibles, Arsenal s’est intéressé au gardien de Benfica, Joao Virginia. C’est encore Matthew Kay, de Doyen Sports, qui s’occupe des intérêts de ce joueur alors âgé de 15 ans. Ce qui fait dire à Kay dans une conversation avec son collègue Simon Oliveira : « 16 ans en octobre, donc accord seulement verbal. »

Officiellement, la mère de João Virgina a trouvé un job en Angleterre. Ce qui autoriserait son fils à rejoindre Arsenal selon la réglementation de la FIFA. En réalité, en mars 2015, le club cherche une famille d’accueil pour le joueur. Puis en juin 2015, Matthew Kay précise : « On a parlé à la famille, et ils ont toujours le désir de venir et de vivre avec João quand il sera en Angleterre. » C’est bien la mère qui veut suivre le fils. Pas l’inverse.

Tag(s) : #Vie Sportive

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