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PAR RENÉ BACKMANN ARTICLE PUBLIÉ LE LUNDI 26 DÉCEMBRE 2016

1er octobre 2014 à Washington. Rencontre Netanyahou-Obama. © Reuters

En choisissant, pour la première fois depuis des décennies, de ne pas opposer son veto à une résolution condamnant la colonisation israélienne en Cisjordanie, le président américain a provoqué la fureur de Netanyahou et de Trump. Il offre aux Palestiniens une victoire diplomatique symbolique, qui ne change rien à leur sort actuel mais pourrait faciliter l’organisation du boycott des produits des territoires occupés. Saluée par les dirigeants palestiniens comme « une victoire du droit international » et dénoncée par les responsables israéliens comme « honteuse », voire « antisémite », la résolution 2334, adoptée vendredi 23 décembre par le Conseil de sécurité des Nations unies, ne mérite en réalité ni cet excès d’honneur ni cette indignité. Elle sera pourtant tenue pour historique, aussi bien en raison de son contenu que des conditions dans lesquelles elle a été adoptée. Plus de 35 ans après la résolution 465 de mars 1980, qui dénonçait – déjà – l’extension des colonies israéliennes, jugées illégales, le texte qui vient d’être adopté affirme que l’établissement de colonies israéliennes des territoires occupés « constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la mise en œuvre de la solution à deux États et à l’instauration d’une paix totale, juste et durable ». Il demande en conséquence à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ». Lire le texte intégral ici : 1er octobre 2014 à Washington. Rencontre Netanyahou-Obama. © Reuters La résolution appelle, en outre, « tous les États à faire la distinction, dans leurs relations, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ». Après avoir appelé à l’adoption de mesures immédiates pour « empêcher tous les actes de violence contre les civils, y compris les actes de terrorisme et les actes de provocation et destruction », le texte juge urgentes « l’intensification et l’accélération des efforts diplomatiques internationaux et régionaux » sur la base notamment « des Résolutions pertinentes des Nations unies, des termes de référence de la conférence de Madrid et de la feuille de route du Quartet ». En conclusion, le document souligne les efforts en cours « pour faire progresser l’Initiative de paix arabe, l’initiative de la France en vue de réunir une conférence de paix internationale, les récents efforts du Quartet ainsi que ceux de l’Égypte et de la Fédération de Russie ». Rien de radicalement nouveau, de fait, par rapport au texte de 1980 et surtout par rapport aux derniers rapports du Quartet et des chefs de missions diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem, qui relèvent les mêmes violations du droit impunies, par Israël et la même responsabilité de l’État juif dans la poursuite d’une stratégie de colonisation qui constitue un obstacle décisif sur la voie de la paix. Mais en 1980, on ne comptait que 12 500 colons en Cisjordanie, contre 450 000 aujourd’hui, auxquels il faut ajouter près de 200 000 autres colons établis à Jérusalem-Est. Cette augmentation continue, en nombre et en taille, des colonies israéliennes, reliées entre elles par un réseau routier dense, protégé et étroitement surveillé, a littéralement disloqué la continuité territoriale Directeur de la publication : Edwy Plenel www.mediapart.fr 2 2/4 de la Cisjordanie, transformée en une « peau de léopard » de cantons épars. Évolution qui rend pratiquement impossible la création d’un État palestinien indépendant et viable en Cisjordanie. Ce qui a, depuis des années, fait voler en éclats la solution à deux États, longtemps tenue pour la meilleure, sinon la seule clé d’une issue pacifique au conflit. Compte tenu de la gravité de la situation, au cœur d’un MoyenOrient éruptif, du désespoir croissant des Palestiniens, de la colère menaçante de la jeunesse en Cisjordanie comme dans la bande de Gaza, et de l’obstination impunie d’Israël à multiplier, depuis un demi-siècle, les faits accomplis sur le terrain, en dénonçant toute critique comme une manifestation d’antisémitisme, le texte du Conseil de sécurité n’a rien d’inattendu ou d’agressif. D’autant qu’il ne comporte aucun dispositif de coercition, aucune menace de rétorsion ou de sanction, au regret de certains alliés des Palestiniens, qui l’auraient souhaité plus vigoureux. S’il a cependant provoqué des réactions d’indignation démesurées au sein du gouvernement israélien et chez les partisans de Benjamin Netanyahou à l’étranger, s’il est d’ores et déjà tenu par les Palestiniens pour historique, c’est surtout en fait parce qu’il a été adopté au Conseil de sécurité par 14 voix – sur quinze – et une abstention (1). Celle de Washington. Après avoir, à de multiples reprises depuis près d’un demi-siècle, mis leur veto à des textes qui condamnaient ou dénonçaient l’occupation et la colonisation israélienne et leurs conséquences, après avoir encore opposé leur veto à une résolution sur Israël en février 2011, les États-Unis ont décidé vendredi dernier de ne pas faire obstacle à l’adoption de cette résolution. Pourquoi ? Les raisons sont multiples. Après avoir rappelé que les États-Unis « ont constamment déclaré qu’ils bloqueraient toute résolution qui mettrait en péril la sécurité d’Israël, ou chercherait à imposer une solution au conflit », la représentante de Washington aux Nations unies, Samantha Power, a affirmé dans son explication de vote que « le problème de la colonisation est devenu si grave qu’il met en péril la viabilité même de la solution à deux États ». Visant directement le premier ministre israélien, la diplomate américaine, ancienne journaliste, a fait observer qu’on « ne peut simultanément défendre la colonisation et défendre la solution à deux États pour mettre fin au conflit. On doit faire un choix entre les colonies et la séparation ». Certes la diplomatie américaine aurait pu faire, à peu de chose près, le même constat, et en tirer les mêmes conclusions il y a huit ans, lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir. Certes, le président américain avait déjà en juin 2009, dans son discours du Caire, affirmé que « les ÉtatsUnis n’acceptent pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne ». Mais après avoir fait naître de brefs et vains espoirs chez les Palestiniens, la diplomatie d’Obama, qui cherchait surtout à extirper les États-Unis d’un Moyen-Orient trop compliqué, a buté à domicile sur le poids des réseaux de soutiens à Israël et s’est heurtée, sur le terrain, à l’obstination de Benjamin Netanyahou, résolu à défendre sa stratégie du statu quo, et aux querelles et convulsions des pays arabes. L’hostilité manifeste du premier ministre israélien à l’égard de ce président noir, dont une partie des ascendants étaient musulmans, ainsi que sa propension à mobiliser sans scrupule, au sein du Congrès, comme dans la société civile américaine, les « amis d’Israël » pour contrer, sans excès de scrupule ou de courtoisie, les initiatives de la Maison Blanche, avaient installé entre les deux hommes un climat de méfiance, une antipathie réciproque qui ont littéralement pourri les relations entre Israël et son puissant allié et protecteur. Sans chercher à le cacher, Barack Obama n’a supporté pendant les huit dernières années ni le rejet par Netanyahou de toute relance d’un dialogue sérieux avec les Palestiniens, ni les efforts du premier ministre israélien pour combattre et discréditer les négociations nucléaires avec l’Iran, présentées comme une démonstration accablante de la naïveté américaine. Ce qui n’a pas empêché Washington d’allouer, en septembre dernier à Israël, une aide militaire de 38 milliards de dollars, sur 10 ans, en augmentation de 20 % par rapport à la décennie précédente.

Tag(s) : #Politique internationale

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