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Réseau des Démocrates

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Infantino: «La FIFA n’est pas responsable de la fraude fiscale»

FOOTBALL LEAKS

 

ENTRETIEN

 

19 DÉCEMBRE 2016 PAR MICHAEL HAJDENBERG, MICHEL HENRY, YANN PHILIPPIN

Le président suisse de la FIFA, élu en 2016, a répondu aux questions de l’EIC consécutives aux  révélations des Football Leaks. Que les escrocs du foot dorment tranquilles : la FIFA a surtout prévu de réfléchir.

« Il est temps d’analyser la situation ». Cela aurait été un peu faible comme titre d’interview. Et pourtant, on a eu du mal à trouver mieux. Il faut absolument lire les propos de Gianni Infantino, président de la FIFA. Non pas pour ce qu’il dit. Mais pour tout ce qu’il ne dit pas. Alors que l’European Investigative Collaborations (EIC) vient de mettre en lumière pendant plusieurs semaines les dérives affairistes et mafieuses gangrénant le milieu, le dirigeant suisse, censé réguler le monde du football, répond qu’il est urgent de réfléchir. « Préoccupé ? Ce n’est pas l’expression adéquate », ose répondre le président, dès la première question portant sur le travail des agents.

 

On est un peu mauvaise langue, Gianni Infantino, avait réservé une annonce à l’EIC : il va réunir un « comité » l’an prochain. Un peu plus loin dans l’interview, il finit même par lâcher ses coups : « Peut-être devrions-nous renforcer les sanctions à l’égard de ceux qui, de façon répétée, transgressent les règles. » Peut-être, oui.

Gianni Infantino a beau avoir été élu récemment (le 26 février 2016) en remplacement de Sepp Blatter, il n’est pas le perdreau de l’année. Cet ancien préposé aux tirages au sort des grandes compétitions européennes a été secrétaire général de l’UEFA de 2009 à 2016. Difficile d’imaginer qu’il n’ait pas été alerté voire informé des pratiques illégales des joueurs et de leurs agents. Difficile de concevoir qu’il ignore tout de la complicité des clubs, de la duplicité des sponsors. Impossible de penser qu’il n’a pas réfléchi à toutes ces problématiques avant d’être élu.

 

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Mais non, Gianni Infantino, si prompt depuis son élection à proposer des réformes étonnantes (la Coupe du monde à 48, la fin des matchs nuls en phase de poule ou encore l’arbitrage vidéo généralisé) n’annoncera pas à l’EIC d’opérations mains propres. Comme si l’urgence n’était pas là. La fraude fiscale devenue banale ? « La FIFA ne peut pas être responsable de celui qui paye ou ne paye pas ses impôts. » La Coupe du monde organisée en Russie et au Qatar ? « Les boycotts et les exclusions n’ont jamais amené la moindre solution. » Les conflits d’intérêts lors des transferts ? « Toute cette opacité, qu’elle soit réelle ou apparente, montre que nous devons regarder tout cela de plus près. »

Bien vu, Gianni, le coup de « l’opacité apparente ». Sauf que le manque de transparence des clubs a déjà été dénoncée par Mark Goddard, responsable du contrôle des transferts de la FIFA, suite aux premières révélations du site Football Leaks : « Cela permet une grande opacité et la réalisation de manœuvres douteuses. C’est vraiment une honte », avait assené celui qui travaille désormais sous les ordres d’Infantino. C’était en janvier 2016. Près d’un an plus tard, l’heure est à la « réflexion ».

Monsieur Infantino, la publication des Football Leaks par les médias partenaires de l’European Investigative Collaborations (EIC) a mis en lumière le travail des intermédiaires, qui se font énormément d’argent lors de chaque transfert. Êtes-vous préoccupé par le rôle que jouent ces agents ?

Gianni Infantino. Préoccupé n’est pas l’expression adéquate. Mais je pense que nous devons recommencer tout un travail de réflexion sur les transferts. Nous voyons combien de joueurs sont transférés, que ce soit à l’échelle nationale ou internationale. Rien que pour les transferts internationaux, on parle de deux à trois milliards d’euros chaque année. Ce sont des sommes considérables, dont une grande partie est payée aux intermédiaires. Je pense qu’il est vraiment temps d’analyser la situation et de regarder de plus près ces chiffres qui gonflent d’année en année.

Pensez-vous qu’une trop grande partie de cet argent va aux agents ?

Je ne sais pas si c’est trop. Le problème est que la transparence n’est pas totale. L’Association anglaise de football fait figure de modèle en publiant les chiffres des commissions des agents, ce qui est déjà un pas en avant. Si ça s’avère possible, nous devons trouver un moyen de rendre ce système plus transparent.

À de nombreuses reprises, nous avons constaté que des clubs se lient par contrat avec un agent de joueurs. Dans ce cas, l’agent pourrait être tenté de conseiller à son joueur de rejoindre le club en question, car c’est ce club qui lui versera la commission la plus grande. N’est-ce pas la définition d’un conflit d’intérêts ?

Si, bien sûr. L’enjeu est de trouver un moyen de réguler ces conflits d’intérêts. Avant la mise en place en 2015 d’un nouveau règlement pour les intermédiaires, ce genre de chose n’était pas contrôlé du tout. Mais aujourd’hui, les agents ont l’obligation de faire état, avant le début des négociations, de tout conflit d’intérêts potentiel. S’ils le font et que chaque personne impliquée dans la négociation marque son accord, alors il n’y a pas de problème.

Mais à quel point est-il acceptable qu’un agent travaille simultanément pour les deux parties ?

Si les choses sont transparentes, si elles se font au grand jour, alors c’est déjà un premier pas. La question : est-ce suffisant ? Toute cette opacité, qu’elle soit réelle ou apparente, montre que nous devons regarder tout cela de plus près. Que nous devons mener un grand travail de réflexion incluant toutes les parties : les joueurs, les clubs, les intermédiaires mais aussi les autorités, la Commission européenne notamment. Dans ce but, nous venons, à la FIFA, de mettre en place un comité réunissant tous ces intervenants. Il se réunira pour la première fois au début de l’année prochaine. 

Pourquoi avez-vous, avec le règlement 2015 sur les intermédiaires, abandonné le contrôle des agents de joueurs pour le déléguer aux associations de football ?

À vrai dire, c’était la FIFA et je n’y étais pas à cette époque.

Et donc, vous voudriez le modifier ?

Non, mais nous devons l’examiner. Par principe, je crois à la subsidiarité. Il est naïf de croire que depuis Zurich, la FIFA sait exactement comment se passent tous les transferts, partout dans le monde. Par conséquent, nous déléguons cette responsabilité aux associations et aux confédérations, il leur appartient de vérifier les transferts effectués dans leurs propres pays.

Mais comment, dans la pratique, cela pourrait-il fonctionner ? La fédération néerlandaise, par exemple, nous a répondu que « en raison du grand nombre de contrats et de la complexité des documents, il nous est impossible de tout contrôler ». Pensez-vous que ces instances ont les ressources nécessaires ?

Rendez-vous compte, même la fédération néerlandaise vous dit ça, alors qu’elle est une des mieux organisées au monde ! Là, nous avons atteint une limite. La FIFA comprend 211 associations, pour un grand nombre d’entre elles moins bien organisées que la fédération néerlandaise. Nous aurions besoin de tout un service de police pour contrôler tout le monde. Avant que je rejoigne la FIFA, le système de surveillance des transferts (TMS) avait été mis en place ; il impose à chaque partie de publier les détails d’un transfert. S’il apparaît qu’une information enregistrée est incorrecte, alors nous pouvons prendre des mesures disciplinaires. Et peut-être devrions-nous renforcer les sanctions à l’égard de ceux qui, de façon répétée, transgressent les règles. Le TMS a déjà un effet dissuasif, c’est donc un pas dans la bonne direction. Est-ce suffisant ? Probablement pas. 

FOOTBALL LEAKS

 

 

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