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Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr

Pour sur que l’air du pays a un double effet. Paradoxal. D’un côté, cette impression de décrépitude galopante qui vérole et décompose jusqu’aux convictions en acier trempé, et de l’autre, une sorte d’ivresse, de légèreté, de bien-être même. Oui, de bien-être. J’en vois qui bondissent déjà.
Sur cette question, je sais qu’il y a deux camps transversaux aux courants politiques, difficilement réconciliables. Pour les déclinistes dialna façon «normal», le pays est fichu, l’horizon bouché, et plus rien ne peut être sauvé dans ce grand chaos qui nous sert de nation.
Les optimistes (ou les fatalistes, va savoir) relativisent tout ça dans une bouffée de relative espérance ou d’indicible résignation. Ils continuent à soutenir que le pays est jeune et qu’il lui faut le temps de sortir des langes. Ils disent que rien ou pas grand-chose n’est de notre faute dans nos difficultés actuelles. La main de l’étranger continue à sautiller in petto d’un coin à l’autre du pays pour y allumer d’inextinguibles incendies à répétition. Par choix ou par défaut, ces optimistes aiment vivre en Algérie, et ils aiment en respirer l’air chargé de l’histoire des résistances.
Entre les deux, il n’y a de place que pour ceux qui vont se faire taper sur les doigts par les uns et les autres. Ah l’inconfort des positions médianes ! Il y a des situations d’où la nuance est bannie. C’est tout ou rien. C’est bien ou mal. C’est pour ou contre. Pourtant, parfois, comme ça, c’est cette impression ambiguë d’un grand déclin et d’une grande espérance entremêlés que l’on ressent comme quelque chose de troublant et de tenace.
Oui, on voit un pays qui s’affaisse sous la corruption, l’incompétence, le discours creux, la violence, la désertion de l’Etat, la gabegie, l’incivisme généralisé, l’arbitraire, la navigation à vue.
Oui, on voit – aussi — un pays, le même, dont la jeunesse malgré tout résiste, se bat, essaye d’inventer dans la perte de repères un chemin d’espoir et redonne tout son sens à la lutte sans laquelle l’avenir est fatalement naufragé. 
Oui, l’un est vrai. Oui, l’autre aussi est vrai…
Alors ?
Alors voilà, c’est la fin de l’année, moment propice aux bilans. Cette année aura été rude. Et c’est peu dire. Ce n’est pas le lieu ici de dresser des bilans. Et de quoi d’abord ?
Mais il conviendrait de relever, en guise de bilan, un fait qui me semble capital. Le recul de l’Etat devant certaines revendications de travailleurs ou de citoyens est un scoop. Depuis que l’Algérie est indépendante, il me semble que c’est la première fois que le bulldozer répressif de l’Etat face à toute revendication, a fortiori quand elle est juste, laisse place à la volonté de dialogue et même à des compromis. Ça me semble inédit. L’avenir nous dira si c’est une option politique ou si c’est seulement une tactique devant la grande difficulté à continuer à payer la paix sociale avec des caisses relativement vides. 
Les conséquences de la chute du prix du pétrole qui ont dicté une loi de finances 2017 particulièrement austère, pourront nous offrir la pénible opportunité de vérifier si le «recul» de l’Etat est une réelle volonté d’écouter les citoyens.
C’est un exercice vain, arbitraire et peu précis qui revient à la presse en pareille période que de désigner la femme ou l’homme de l’année. Je propose mon choix. Ou mes choix, plus exactement.
En Algérie, l’homme de l’année est par défaut Ammar Saâdani. Depuis qu’il s’est tu, on sent comme un couvercle de silence narquois posé sur le pays. Ses sorties fulgurantes et irrationnelles, ses foucades savamment intempestives, manquent-elles au décor sonore de la vie nationale ? Sans doute un peu. Par folklore, d’abord, car il nous rappelait constamment à la tragicomédie qui nous sert d’épopée nationale des temps de dèche. Ensuite, sans doute par la lisibilité sociologique qu’il donnait de l’état dans lequel sombrent nos élites politiques. 
Ammar Saâdani condense dans son discours et sa pratique politique tous les attributs de «l’encanaillement», pour utiliser pour une fois un concept de Benabi, qui a déteint sur nos élites politiques qui appliquent à la vision stratégique la courte vue du chevillard avec tout le respect dû à cette profession, dont ils empruntent d’ailleurs le glossaire. 
S’il restait quelque chose de noble à la politique comme engagement individuel au profit de l’avenir collectif, il s’est noyé dans le remugle de ce grand affairisme débridé, complètement dérégulé qui a chassé toutes les normes. De ce point de vue, Ammar Saâdani est un précieux indice de la rapidité à laquelle décline la classe politique. Il indiquait la vérité des prix, en quelque sorte.
L’autre homme de l’année, c’est Vladimir Poutine. L’homme qui a réussi la quasi-impossible mission de la résurrection de la Russie, que l’on croyait finie, a redonné l’autre pays qui manquait au monde pour marcher sur ses deux jambes. Depuis qu’il a entrepris de redorer le blason de son pays et de lui redonner son rang dans le monde, on sent comme une panique des pays de l’Otan qui s’aperçoivent qu’ils perdent le contrôle unipolaire de la planète. Son implication dans la libération d’Alep décuple la diabolisation que lui voue l’Occident et proportionnellement la sympathie qu’il obtient de la part de cette partie du monde que pénalise la domination américaine.
Voilà, bonne année à toutes et à tous. Un peu en avance, mais avec sincérité. Que le parfum du pays soit toujours à double fragrance comme l’est la vie elle-même.
A. M.

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Tag(s) : #Vie politique, #Chroniques du jour

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