Rachid Benzine a été l’une des chevilles ouvrières du dialogue islamo-catholique dans le quartier des Minguettes à Lyon, initié par le père Christian Delorme.

 

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Avec ce prêtre, célèbre pour avoir été l’un des instigateurs de la Marche pour l’égalité en 1983, il a publié au printemps dernier La République, l'Église et l'islam. Une révolution française (Bayard). Aujourd’hui chercheur associé au Fonds Paul-Ricœur, ce spécialiste de l’herméneutique coranique enseigne à la faculté de théologie protestante de Paris. 

 

Il a autrefois dirigé la collection « Islam des Lumières », aux éditions Albin Michel, dans laquelle il avait notamment publié un ouvrage intitulé Les Nouveaux Penseurs de l’islam, dressant le portrait de nombreux intellectuels musulmans préconisant une relecture du Coran à l'aune des sciences humaines.

 

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Il vient de publier Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ?(Le Seuil) dans lequel il imagine un dialogue épistolaire entre un père enseignant et sa fille, partie rejoindre Daech à Falloujah. Ébranlé par les attentats de 2015 et 2016, Rachid Benzine argumente à travers ce dialogue impossible entre un père, qui « envisage que le Coran ne soit pas à proprement parler la parole pure d’Allah, sa dictée, mais la trace de son message », et une jeune fille éduquée ayant pourtant fait le choix de rejoindre le camp djihadiste et de renvoyer son père à son enfermement occidental où la raison est sa « prison ».

 

 

 

Ce contre-discours, puisé dans l’histoire et l’anthropologie qui fait de l’islam un objet de savoir autant que de croyance, peut-il faire pièce au fanatisme des djihadistes ? Quel sens peut avoir un « islam des Lumières » alors que l’anthropologue Malek Chebel, qui en avait popularisé la thématique, vient de disparaître ? L’Europe peut-elle avoir un rôle à jouer dans la contextualisation du texte coranique, contextualisation qui est précisément l’inverse du littéralisme tronqué que propose Daech ? Faut-il réformer l’islam de France et si oui, comment ? Entretien.