Mediapart lance une collection d’entretiens, « Tire ta langue », histoire d’aborder une certaine idée de l’usage du français. Non pas cette francophonie trop souvent perçue comme ce qui reste d’une emprise culturelle quand on a perdu tout empire colonial, mais une francophonie d’invention, d’enrichissement, d’audace – ce qui ne va pas sans malentendus, tensions, voire douleurs.

 

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Notre première émission donne la parole à Kaoutar Harchi, romancière et sociologue (elle enseigne notamment à Sciences-Po), qui vient de publier un essai sensible et décapant : Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve (Pauvert).

 

Kaoutar Harchi revient sur la production et surtout sur la réception de cinq écrivains algériens de langue française : Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Boualem Sansal, Kamel Daoud. Et la chercheuse montre l’ambivalence ethnocentrique de notre République des lettres. Celle-ci, concentrée du côté de Saint-Germain-des-Prés, accueille et rejette, filtre et acclimate, récompense et piège, redoute et soumet, c’est selon…

Dépassant le simple enjeu littéraire pour s’inscrire dans le symbolique et le politique, la question de la langue et de son usage – idiome national ou boîte à outils en partage ? – permet de penser le rapport au monde et à l’Autre. En prenant pour titre l’assertion du philosophe Jacques Derrida dès la première page du Monolinguisme de l’autre (Galilée, 1996), Kaoutar Harchi explore, dialectiquement, par-delà le « butin de guerre » (ainsi Kateb Yacine appréhendait-il le français), « une langue que l’écrivain algérien possède, tout en étant lui-même possédé par cette langue ».

Dans cet entretien avec Kaoutar Harchi, nous avons donc tenté d’enfoncer des portes habituellement fermées…

 

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Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve, de Kaoutar Harchi (Pauvert, 306 p., 19 euros).