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Nadia est médecin dans un hôpital à Alger. Pour elle, il n’y a pas de différence. « Ma vie n’a pas changé d’un iota depuis cette loi. En vrai, je suis rarement à pied. Et en voiture, la violence à mon avis est moindre, mais elle est bien là quand un homme décide malgré tout de vous suivre jusqu’en bas de chez vous. Il faut sans cesse trouver la parade pour les éviter », dit-elle. Sur son lieu de travail, cette dernière confie ne pas en souffrir plus que ça. « Cela dit, le regard des hommes est encore pesant sur le corps des femmes et il suffit d’un pas dans la rue pour s’en rendre compte » conclut-elle.

Obscénités et mains baladeuses

Un peu plus loin, nous croisons deux jeunes étudiantes. La vingtaine à peine entamée, elles, par contre, semblent en avoir ras-le-bol de la drague à l’algérienne. La première est convaincue qu’il ne sert strictement à rien d’appeler la police. « En ce qui me concerne, je n’ai jamais pensé à déposer plainte. La plupart du temps, je me fais embêter au centre-ville. Si des hommes me draguent, alors j’esquisse un semblant de réponse pour échapper à la rafale de grossièretés et obscénités. Mais si je passe en faisant la sourde oreille, c’est l’enfer qui s’abat sur moi », confie-t-elle.

Son amie, elle ne porte pas le voile. Petite et menue, elle se souvient à peine de la promulgation de cette loi. « Quand bien même, il nous faudrait un policier pour escorter chaque femme dans cette ville. Mais le plus embêtant pour moi est que ça se passe dans le bus ou les transports en commun. C’est devenu une routine. Notre quotidien, c’est d’essayer d’esquiver pas seulement les mots qui choquent mais surtout les mains baladeuses » précise-t-elle.

« Tu ferais mieux de filer chez toi »

Dans une boutique de cosmétiques, une jeune vendeuse raconte : « Vous savez, il y a des jeunes qui rentrent et n’hésitent pas à me draguer. C’est usant à la longue. On en voit de toutes les couleurs et parfois ils sont agressifs ». Le plus grave, la jeune femme de 25 ans l’a vécu il y a quelques temps. « Je finis mon travail à 19h. Je prends le bus jusqu’à Bachdjarah et un autre pour continuer jusqu’à Semmar. Un soir, à 20h00, je me suis fait accoster par un homme qui m’a traité de folle parce que je ne l’avais pas calculé. Un peu plus loin, c’est un groupe de jeunes, toujours à Bachdjarah, qui s’est attaqué à moi en me traitant de tous les noms. Ils m’insultaient parce que, selon eux, à cette heure-là, j’aurai dû être à la maison si j’étais une fille de bonne famille », raconte-t-elle.

Plus grave encore, très touchée, la jeune femme décide d’aller chercher la police. Lorsqu’elle parvient à trouver un agent, ce dernier se déplace avec elle sur les lieux mais n’intervient pas comme elle l’avait imaginé. « Devant le policier, certains continuaient à m’insulter.  L’homme de loi n’a rien fait, bien au contraire, il s’est adressé à moi en me disant que je ferais mieux de filer chez moi sans faire d’histoires. Vous imaginez ! », dit-elle.

Les associations demandent des textes d’application

Et du changement, il n’y en pas eu du côté des femmes mariées, divorcées,… également, prévient Fadhila Chitour du réseau Wassila. « Nous sommes en mesure de vous dire que nous n’avons vu aucun changement. Et nous, nous n’y attendions pas d’ailleurs. Nous ne croyons pas que cela soit lié uniquement au recul trop court que nous avons, en l’occurrence six ou neuf mois. Et même si le projet de loi a été adopté en décembre 2015 et vous savez dans quelles conditions. Vous avez vu aussi les débats houleux à l’Assemblée populaire nationale et surtout la mise sous le coude du dossier par les sénateurs pendant des mois et des mois. Pour nous tant qu’il n’y a pas de textes d’application et de mesures réglementaires précises qui suivent ces textes de lois qui sont plus dans le principe que dans le détail de la réalité, il n’y aura pas de changement », assure Fadhila Chitour.

Pour Meriem Belaala, présidente de l’association « Sos femmes en détresse », ce ne sont pas les lois qui vont arrêter les violences. Pour elle, «  c’est la pratique de ces lois qui vont nous démontrer s’il y en a moins ou pas. Le problème est dans l’accompagnement des victimes. Vous comprenez bien que l’on ne peut pas être victime de violences conjugales, aller chez le médecin légiste et partir chez le juge pour ensuite continuer à vivre avec son mari. Au final, qui protège la victime ? ».

Madame Belaala rappelle par ailleurs que la pression familiale est toujours là. « Lorsque la loi est sortie, il faut rappeler ce qui s’est passé au niveau médiatique notamment. Ça passait dans les sketchs… Ils ont fait en sorte de faire passer le message : que toutes les femmes voulaient mettre les hommes en prison. Pour une simple gifle, une femme pouvait dorénavant mettre un homme en prison. »

Meriem Belaala déplore que neuf mois après cette loi, « seul un aspect négatif » a perduré. Selon elle, il y a encore beaucoup d’appréhensions chez les victimes. « Il n y a eu aucun effet dissuasif puisque cela se passe toujours en os » conclut-elle.

Tag(s) : #Vie Sociale, #Vie politique, #droits

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