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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Contribution : Avec Trump, la fin de la mondialisation heureuse ? 

 

Par Professeur Chems Eddine Chitour, 
Ecole polytechnique d’Alger

«Un socialiste est plus que jamais un charlatan social qui veut, à l’aide d’un tas de panacées et avec toutes sortes de rapiéçages, supprimer les misères sociales, sans faire le moindre tort au capital et au profit.» 
(Friedrich Engels)
On aura tout dit de Donald Trump, de ses lubies, de ses convictions profondes. Cependant, l’establishment américain a, dès le début, choisi son camp, celui d’Hillary Clinton et il n’y avait que les médias alternatifs à attirer l’attention sur le fait qu’avec Mme Clinton la troisième guerre mondiale était assurée. Les médias audiovisuels européens, notamment français, ont été d’une rare incurie, reprenant sans objectivité, en boucle, les injonctions de la presse et des télévisions américaines à présenter Donald Trump sous un jour couleur de soufre. C’est un fait, la plupart des gouvernements européens avaient misé – par obéissance à la puissance de l’argent, la force des lobbys notamment sionistes – sur Clinton. Leur déconvenue fut triste à voir. Pour ne pas perdre la face, ils employèrent le langage qu’ils ont généralement quand ils ont à juger les élections des républiques bananières — nous allons juger sur pièces, nous ne sommes pas d’accord avec les idées de M. Trump... —, c’est pour la façade, côté cour. Côté jardin, c’est l’allégeance sans gloire ni dignité pour reprendre contact avec le vainqueur qui ne les honore même pas d’une communication correcte, préférant parler d’une façon plus longue avec Vladimir Poutine, inébranlable, et qu’ils croient perturber par des sanctions qu’un Obama pathétique lors de son dernier voyage avait demandé à faire perdurer. Comprenne qui peut. 

La fin d’un monde : est-ce le réveil des peuples ?
La victoire de Trump s’apparente à un tsunami qui a balayé pas mal de certitudes. Le néolibéralisme sauvage pensait qu’il allait durer mille ans avec des candidats du système ; l’avènement d’un candidat iconoclaste qui dit ce qu’il va faire et qui fait — apparemment — ce qu’il a dit lors de la campagne est un coup d’éclair dans un ciel serein pour la mondialisation-laminoir. Ceci ne doit pas nous inciter à crier que nous l’avons échappé belle, en tant que pays du Sud, sans ambition, avec un poids insignifiant ; au contraire, c’est une nouvelle forme de domination qui commence à se faire jour et on peut parier que l’oligarchie mondiale va s’y habituer 
Dans une contribution intéressante, l’auteur se félicite de la nouvelle donne et explicite ce à quoi le monde a échappé. Nous lisons : «Les peuples se réveillent ! Ils font entendre leur voix, ils défient le Système assassin, ils commencent à briser leurs chaînes… La terre tremble ! La GB a osé le Brexit, les Néerlandais ont dit non à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, la Hongrie s’oppose à des choix de Bruxelles, une partie des Chypriotes bouge, les Grecs protestent contre le rouleau compresseur de la mondialisation, Moldavie et Bulgarie élisent des Pro-Russes, la CPI se vide… et audace suprême, l’Amérique s’oppose à son oligarchie vorace et belliciste ! Le “milliardaire” clairvoyant Trump va-t-il changer le monde ? “Apocalypse now”, titre le Courrier International, mais pour qui ? Pour les peuples, ou pour Wall-Street, l’OTAN, le Pentagone, les multinationales, les lobbies vampires ? Comme je l’ai dit dans mes tweets, Trump n’est pas ma tasse de thé : raciste, vulgaire, mentalité de nouveau riche, parfois sulfureux, notamment avec les femmes…» Et en ajoutant : «Mais tout, sauf Clinton, la criminelle, la démente, la belliciste anti- Assad et Poutine, pro-guerre mondiale ! Merci Assange, le vrai héros du bouleversement en Amérique ! Jour de joie pour le monde, eh oui ! Trump se méfie de l’OTAN et de ses guerres ruineuses, dévastatrices.»(1) 
«Trump, poursuit l’auteur, va combattre les djihadistes au lieu de les armer, même avec Assad et Poutine, Trump va rétablir les frontières et la souveraineté de son pays (…) L’équilibre du monde est bousculé ! Avec Donald Trump, finie la folle domination de l’Amérique sur la planète ; en compagnie de Vladimir Poutine, il va travailler à la mise en place d’un monde multipolaire qui coopérera, qui fera des affaires au lieu de s’entretuer ! L’UE enrage, les dirigeants corrompus enragent, les presstitués enragent, les sondeurs enragent, le flamboyant Trump a triomphé !»(1)
L’auteur compare enfin la tornade Trump à celle d’un homme politique qui a jailli du néant, Jesse Ventura, ancien catcheur élu par les citoyens comme gouverneur. Il reprend une lettre de Jesse Ventura au Système : «Vous contrôlez notre monde. Vous avez empoisonné l’air que nous respirons, contaminé l’eau que nous buvons, exigé des droits sur la nourriture que nous prenons. Nous nous sommes battus dans vos guerres, nous avons perdu la vie pour vos causes, Vous avez volé nos élections, assassiné nos leaders, aboli nos droits fondamentaux d’êtres humains. (…) Vous avez monopolisé notre liberté, vous avez démoli notre éducation et avez pratiquement éteint la flamme de nos vies. Nous sommes blessés… Nous sommes ensanglantés, mais nous n’avons plus le temps de saigner. Nous allons mettre les géants à genoux et vous allez assister à notre révolution !» «Espérons, écrit-il, que le Système ne se mette pas en travers de l’heureuse métamorphose du monde en éliminant Trump, en le neutralisant avec des conseillers pervers, ou avant le 20 janvier 2017, en déclenchant le conflit nucléaire dont rêvent les néo-conservateurs ! Si tout va bien, alors Trump, le “disciple” de Jesse Ventura, va étonner le monde…»(1)

Est-ce à dire que la mondialisation heureuse a vécu ?
A la fin des années 1990, un économiste français, Alain Minc, vantait à qui voulait l’entendre la mondialisation heureuse. On s’aperçoit avec le temps que c’est un cauchemar pour les faibles. Pour Romaric Godin du journal La Tribune, il n’y a pas de fumée sans feu, il y a eu un précédent, le Brexit. la victoire de Trump signifie la fin de la mondialisation. Comme dans le cas du Brexit, ce sont les populations des régions désindustrialisées qui ont fait basculer l'élection présidentielle étasunienne : «Quatre mois et demi après le vote en faveur du Brexit, Donald Trump, milliardaire fantasque, ouvertement xénophobe et isolationniste, sera le prochain président des Etats-Unis d’Amérique et, partant, “l’homme le plus puissant du monde”. (…) Le succès de Donald Trump s’est appuyé sur un double mouvement : il a convaincu une grande partie de la classe moyenne dans des Etats où elle domine comme la Floride, mais aussi les populations des régions désindustrialisées de la Rust Belt de Pennsylvanie, du Michigan, de l’Ohio et du Wisconsin. En gagnant ces Etats qui étaient tombés aux mains des démocrates en 2012, le milliardaire a fait pencher la balance de son côté. Le phénomène est exactement le même que le 23 juin au Royaume-Uni, où le vote avait basculé en raison du vote des régions désindustrialisées du nord de l’Angleterre et du Pays de Galles. Or, ce mouvement peut s’expliquer par un échec d’une mondialisation couplée à une financiarisation avancée. (…) Ceci a permis de construire l’idée qu’il y avait une “mondialisation heureuse”. Et, effectivement, dans les années 2000, le phénomène a bien fonctionné. Mais il a fonctionné sur du sable : le crédit et des bulles financières... et sa crise. En 2007, avec la crise des subprimes, ce mythe est tombé. Le monde de la finance a explosé, prouvant que l’un des éléments- clés du nouveau système économique mondial ne pouvait plus fonctionner. Et dès lors, c’est tout le système qui s’est grippé, parce que les effets négatifs de la mondialisation n’ont progressivement plus pu être compensés et dissimulé.»(2)
«La mondialisation financière, poursuit Romaric Godin, a en effet, en accroissant la division du travail au niveau mondial, désertifié des régions entières sans proposer d’alternatives. (…) Les gains de la croissance – désormais plus faibles – continuent à irriguer un système financier qui ne voit guère de raison d’aller investir dans l’économie réelle, encore moins dans celles des régions les plus touchées par la désindustrialisation. A quoi bon chercher à améliorer la productivité lorsqu’il est possible de produire à bas coût en Asie et de disposer d’une main d’œuvre bon marché dans les pays développés ? La mondialisation financière a conduit à un recul général de l’investissement public et privé, et c’est aussi une des clés du Brexit et de la victoire de Donald Trump. Rien d’étonnant alors à ce que les populations de la Rust Belt ou de la Floride aient cherché la rupture avec cette logique de “mondialisation heureuse”. Donald Trump a fait écho à ce sentiment de déclassement des populations étasuniennes. Les victoires des discours nationalistes et protectionnistes sont avant tout le reflet de l’échec social de cette mondialisation qui a fragilisé des pans entiers de la population tout en minimisant en permanence la réalité de cette fragilisation. La victoire de Donald Trump est un appel à en finir avec certains mythes.»(2)

L’élection de Trump : renaissance des nations ?
Est-ce le retour à l’isolationnisme américain ? C’est en tout cas l’avis de l’intellectuel Youssef Hindi qui définit, ainsi, la victoire de Trump : «L’une des raisons qui a empêché les grands médias occidentaux de voir venir la victoire de Donald Trump est l’aveuglement idéologique de l’élite oligarchique et globaliste. (…) Peut-on affirmer que la fin de la globalisation économique a quant à elle été signée par l’élection de Donald Trump ? La réussite de Trump tient au fait qu’il n’a pas respecté Le mythe [du libre échange], ce dogme ; au contraire, il a attaqué frontalement le libre-échange généralisé en pointant du doigt ses effets sociaux et économiques désastreux. Il explique comment la financiarisation s’est emparée du monde. Il n’est plus nécessaire de produire mais surtout de jouer avec la vie de millions de gens en repérant là où on peut extraire de la valeur. Elle écrit : «Ainsi que l’a montré l’économiste James K. Galbraith dans son ouvrage L’Etat prédateur, le contrôle de l’économie américaine est passé des mains des industriels à celles des banquiers, remplaçant l’économie réelle par l’économie fictive avec la prééminence d’un capitalisme actionnarial et spéculatif conduisant à une destruction du tissu industriel et à une financiarisation de l’économie américaine, et par suite de celle du monde. (…) Les accords de Bretton Woods de 1944 qui devaient répondre à la crise de 1929 (qui a résulté de la spéculation financière) ont donné naissance à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. Ce qui déboucha de ces accords était conforme à la volonté des Etats-Unis, à savoir faire du dollar l’instrument de référence international et imposer la libéralisation des mouvements de capitaux. 
Les règles du commerce international furent traitées durant la conférence de La Havane la même année. Les Américains avaient refusé de signer l’accord visant à réglementer le commerce sur des bases nationales et protectionnistes, eux qui étaient partisans du libre-échange. L’Organisation mondiale du commerce qui est née en 1995 se chargera de répondre aux désirs des Etats-Unis en favorisant le système de libre-échange généralisé, lequel a ironiquement frappé l’Amérique par le fléau qu’elle a infligé au reste du monde : la désindustrialisation et le chômage de masse.» (3)
Youssef Hindi explique ensuite comment l’empire s’organise pour être toujours gagnant, au besoin par la force : «Dans la présente séquence historique, il apparaît clairement que l’impérialisme américain ne se maintient que par la menace militaire (hard power) et la politique de subversion (révolutions colorées et guerres civiles)… Un tel système de domination ne peut, à l’échelle de l’histoire, durer que le temps d’un éclair ; chose qu’avait comprise les empires traditionnels depuis l’Antiquité qui se maintenaient sur une base de légitimité, de “supériorité civilisationnelle”, et d’acceptation des populations dominées. La puissance impériale ainsi que ses institutions internationales se sont essoufflées malgré ou à cause de leurs efforts. Le passage d’un soft power sûr de lui à un hard power nerveux et fébrile est la manifestation d’une réelle et profonde faiblesse morale et matérielle qui touche le cœur même de l’empire. C’est cette catastrophe provoquée par le libre-échange et la financiarisation de l’économie – identifiée par le peuple américain – que Trump a dénoncé et à laquelle il a proposé des solutions adéquates (que nombre d’économistes proposent depuis plusieurs années). (…) L’oligarchie, via sa représentante Hillary Clinton – dont la campagne électorale a coûté trois fois plus cher que celle de Trump, a voulu imposer des thèmes sociétaux et raciaux pour contrer les thèmes socioéconomiques.»(3) 

Est-ce la fin de «l’Empire des mensonges» ?
En 2003, les médias occidentaux ont pu convaincre presque tout le monde que le mauvais dictateur Saddam Hussein stockait des armes de destruction massive en Irak. Le succès de cette opération de propagande a été si spectaculaire qu’il a mené l’un des aides de George W. Bush à déclarer : «Maintenant, nous créons notre propre réalité.» C’était la véritable déclaration fondatrice de l’Empire des mensonges. Lors de la dernière campagne présidentielle américaine, Donald Trump et Vladimir Poutine ont été regroupés et soumis au même traitement de diabolisation que celui qui avait été réservé à Saddam Hussein. Mais ça n’a pas marché, tout simplement. Toute la campagne a salement échoué. (…) Malheureusement, le fait que Donald Trump ait été élu en grande partie comme une réaction contre des mensonges antérieurs ne fait pas de lui un bon président et pas même quelqu’un à qui nous pouvons faire confiance. Nous avons peut-être appris à reconnaître les mensonges, mais il semble que nous n’avons pas encore appris à reconnaître la vérité. (…) L’ampleur des dommages que la présidence Trump pourrait faire à l’humanité par des politiques qui ignorent la menace climatique est stupéfiante aussi. […] A l’époque d’Augustin, l’Empire romain était devenu un empire du mensonge. Il faisait encore semblant de respecter la primauté du droit, de protéger la population contre les envahisseurs barbares, de maintenir l’ordre social. Mais tout cela était devenu une plaisanterie de mauvais goût pour les citoyens d’un empire réduit à rien de plus qu’une machine militaire géante, dédiée à l’oppression des pauvres, afin de maintenir le privilège de quelques-uns.»(4) 

L’élection de Trump, doigt d’honneur au mythe américain
Bruno Guigue, ancien haut fonctionnaire français, abonde dans le même sens en critiquant le suivisme des élites françaises : «Chez nous, la caste politico-médiatique a toujours adoré l’Amérique. Adepte de l’américanisation du monde, elle s’est abandonnée avec délice à son pouvoir d’enchantement. Elle en singe les coutumes et les travers avec une fidélité à toute épreuve. Ce Nouveau Monde est le paradis de la libre entreprise, une nation bénie du Créateur où le génie humain fait reculer les frontières du possible. Qu’elle soit toujours plus puissante, plus rayonnante, et l’humanité ne pourra que bénéficier de sa lumière. Comme disait O’Sullivan au XIXe siècle, «les Etats-Unis ont pour destinée de démontrer au genre humain l’excellence des principes divins».(5) «(…) Mais ce mythe auquel la caste dirigeante voulait croire parce qu’il lui donnait bonne conscience s’est subitement évanoui le 8 novembre (…) L’outsider Donald Trump a ravi la mise le 8 novembre. En prenant d’assaut la Maison-Blanche, Trump a fait un gigantesque doigt d’honneur au mythe américain (…). Du coup, l’idylle est bel et bien terminée. BHL a même dit que ‘’le peuple américain s’était suicidé’’. C’est lui, pourtant, qui avait l’air d’un mort-vivant. Ce soir-là, il était le symbole de la caste dont le rêve absurde d’une Amérique virginale vient de se fracasser sur le mur du pays profond.»(5)

L’élection de Trump et l’Europe
Le géographe bien connu Emmanuel Todd a commenté les résultats de l’élection américaine. Il nous explique pourquoi, selon lui, il faut avoir moins peur de Donald Trump que d’Hillary Clinton… et fait l’éloge de l’électorat du nouveau président américain. : «J’ai un peu de mal à comprendre l’inquiétude des gens. J’étais terrorisé par l’hypothèse (d’une élection d’Hillary Clinton). On l’a échappé belle avec la défaite d’Hillary Clinton. On est confronté a une révolution de magnitude. Trump a recentré le débat politique sur les questions économiques et les affrontements de classe. L’élection de Trump commence a avoir des effets tectoniques mondiaux semble-t-il. L’Australie repousse Obama, plaque le TPP [accord libre échange pacifique], se dirige vers un accord commercial proposé par la Chine.»(6)
Appliquant ce qui est arrivé à l’Europe et particulièrement à la France embourbée dans une Europe en perdition, il déclare : «Les Français sont sortis de l’Histoire. Avec l’euro, la France s’est enfermée dans l’espace économique allemand. On va élire le type qui va aller demander des autorisations spéciales à Berlin pour ne pas avoir à faire des réformes aussi dures pour nous que celles demandées aux Italiens et aux Espagnols. Le monde a un moment historique de grands bouleversements avec bien sûr de possibles retours en arrière et du chaos. Ce moment actuel est une cristallisation d’une tendance amorcée peut-être avec la crise financière de 2007-2008. L’UE, un projet devenu fou. La suite de la folie est évidemment l’élargissement du statut de travailleurs détachés aux Ukrainiens.» (6)

La «trumpisation» de la France
Même analyse de Gérard Collet pour qui «la grande affaire de cette fin d’année, en France même, est de commenter, d’analyser doctement, de tenter de comprendre le phénomène Trump (…) A l’heure où les factions éclatées du PS moribond se débattent encore, et où Manuel Valls feint de nous mettre en garde contre la mort possible de la gauche, on peut risquer un résumé de l’action du gouvernement en particulier et du PS en général au cours de ce quinquennat, et en imaginer les conséquences sur la légitimité du politique en France. Non pas en une analyse savante et puissante des conditions économiques sociales et politiciennes qui ont dicté les choix, mais en un constat effaré, fait par des militants de base, du désarroi qui s’empare des gens de gauche en cette fin de partie».(7)
«Les notables du PS, poursuit Gérard Collet, à quelques exceptions près, élus ou pas, ont patiemment et obstinément œuvré à désemparer les classes populaires au lieu de les mobiliser, au lieu de les appuyer et les guider dans leurs luttes, ce qui serait le rôle historique d’un parti “socialiste” (…) Servi par sa majorité, le président a trahi ses engagements les plus emblématiques et déçu son électorat politisé, préparant ainsi le terrain à une échéance politique catastrophique (…) Le président et son gouvernement enfin, et c’est le plus grave dans l’histoire du socialisme, ont ravagé l’imaginaire “de gauche”, accréditant l’idée que les espoirs et les buts qui lui donnent chair seraient non seulement définitivement hors de portée, mais dépassés, obsolètes, ineptes, néfastes... La grande question historique qui a agité Manuel Valls au cours de son mandat, l’a-t-il assez répété, est donc de savoir si “la gauche peut mourir”. Ou pas.»(7)
«Mais bien entendu, lorsque cet homme parle de “gauche” (…) il ne s’agit en aucune façon de l’idéal de gauche, de l’idéal socialiste, de l’idéal de progrès humain dont tous semblent se soucier comme d’une guigne (…) Cet idéal socialiste, celui qu’ils ont perdu de vue, la question n’est pas aujourd’hui de savoir s’il peut mourir, mais bien de savoir qui tente de le tuer, ou tout au moins de l’anesthésier le plus longtemps possible. Et là, aucun doute n’est possible, c’est bien le PS avec en tête d’affiche le président en exercice, ses ministres, ses hiérarques, qui administrent patiemment des doses d’arsenic destinées à perpétrer un crime parfait (…) Le modèle est connu, c’est celui qu’a impulsé Anthony Blair de l’autre côté de la Manche, et qui a contribué à faire du Royaume-Uni ce pôle de la finance escorté de sa pléiade de paradis fiscaux, qui a conduit doucement et inexorablement les travailleurs britanniques au désespoir politique, à l’abstentionnisme, puis à la rébellion débouchant sur le Brexit (…) Ce modèle, qui a assuré un certain succès électoral et une certaine durabilité à son héraut, a sans nul doute fait rêver nos dirigeants “socialistes”, qui ont cru trouver là le moyen de poursuivre leur carrière politique avant de se convertir en conférenciers intercontinentaux multi-rétribués.»(7) 
Parlant de Sarkozy, Gérard Collet dénonce : «(…) N’oublions pas non plus l’effarante inconscience de cette droite qui laisse concourir pour la magistrature suprême un acharné de la tolérance zéro dont la rigueur ne s’applique jamais à lui- même. Mais revenons à ces malfaiteurs idéologiques œuvrant au nom du PS (…) Oubliant l’existence de classes sociales, ils ont patiemment œuvré à donner raison à leurs adversaires de droite en affirmant et en s’acharnant à démontrer que la vision néolibérale du monde est la seule possible, et que la seule action politique raisonnable pour “la gauche” est de panser quelques-unes des blessures de ce système inique et mortifère. Ils ont au fond convaincu la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs, que la droite était tout autant à même de les entendre.»(7)

Et en Algérie, que peut nous «apporter» l’élection de Trump ?
En une phrase : rien de nouveau sous le soleil ! Nous sommes, pour les Etats- Unis, et le monde, comme on dit en physique, une perturbation de second ordre. S’il est vrai que l’on parle de velléités de l’Empire américain et de ses vassaux de «s’occuper de nous», apparemment ils prennent leur temps ! Ce qu’il y a de sûr, c’est que nous sommes entourés de bases américaines, les dernières en date sont celles des drones en Tunisie qui n’a même pas eu l’élégance d’informer son voisin. «Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge !» 
Protégez-moi encore plus de mes frères en religion pour qui la traîtrise est une seconde nature ! Ne dit-on pas «el harb khid’a»? Bref, du côté international, c’est le statu quo et il n’y a pas en l’occurrence de rodomontades à avoir comme quoi nous sommes invulnérables ! Nous sommes mille fois vulnérables car nous n’avons pas de défenses immunitaires réelles que sont une belle éducation, un enseignement supérieur de top niveau et une recherche de qualité. Ce ne sont pas les quelques barils de pétrole qui nous restent qui vont, hélas, nous sauver et nous permettre de former l’Algérien de demain, fasciné par le savoir.
Que l’on se fasse pas d’illusions, ce combat de titans pour une nouvelle tectonique aura des retombées largement négatives pour des pays qui se tiennent le ventre quand le baril de pétrole yoyote, qui ne créent pas de richesses et qui vivent dans les temps morts, comme c’est le cas notamment des rentiers de l’Opep. Nous sommes avertis, que Trump ou Clinton soit élu, rien de nouveau pour des pays qui acceptent la fatalité. Notre malheur nous l’avons voulu et apparemment nous ne faisons pas assez pour nous en sortir avec une société qui a abdiqué les valeurs de l’effort et du mérite. Une société qui permet à des footballeurs de toucher en un mois le salaire de 10 professeurs d’université qui ont mis trente ans à se former. 
Dans le même temps, ce fut un non-événement que la prouesse des chercheurs de l’agence spatiale qui ont conçu les trois satellites lancés par une fusée indienne. C’est tout juste si on leur lit un message du président. Comment voulons-nous sauver l’école quand elle ne joue plus son rôle d’ascenseur social ? Comment voulons-nous donner de l’espoir aux jeunes et les inciter à l’effort si à la sortie ils sont au chômage? Faut-il leur reprocher de partir ?
Comment voulons-nous les garder au pays si aucune perspective ne se dessine ? Notre système éducatif, en miettes, gangréné par une idéologie mortifère pour un projet de société qui nous renvoie au Moyen Âge, dans un monde du Web 3.0, de la conquête spatiale, du génome décryptée des naissances artificielles ! Ce n’est pas avec des réformettes sans lendemain que nous aurons des jeunes fascinés par l’avenir, fiers de leur identité et de leurs espérances, sans en faire un fonds de commerce car ceci ne compte pas pour garder la tête hors de l’eau dans un monde de plus en plus anomique. Qui ne veulent pas tourner le dos à une doxa qui nous interdit d’aller à titre d’exemple vers les langues universelles que sont l’anglais, le chinois dans les disciplines scientifiques qui ont disparu, remplacées par le système LMD qui est un échec que nous devons rectifier résolument en proposant une autre perspective de formation aux jeunes. 
Comment voulons-nous aller vers l’avenir si on n’explique pas aux citoyens la nécessité d’aller vers le développement durable en lui demandant d’être partie prenante ? En commençant par diminuer le train de vie de l’Etat ? En demandant un effort financier comme l’a fait l’Arabie Saoudite qui a ponctionné de 20% les traitements de ses hauts fonctionnaires ? C’est à ces conditions que la transition vers le développement durable se fera, chacun étant convaincu qu’il participe à une utopie qui est celle d’assurer un avenir à nos enfants. Il n’est pas trop tard et de mon point de vue, l’avenir du pays et les grandes décisions doivent transcender les stratégies partisanes. Qu’on se le dise, il s’agit de l’Algérie du million de martyrs !

Conclusion
Ne crions pas trop victoire ! J’avais, dans une contribution précédente, déclaré qu’il était difficile de choisir entre la peste et le choléra. S’il faut se féliciter que dans la mondialisation laminoir qui fait fi des identités des espérances seul le marché compte. Souvenons-nous de ce que martelait Margaret Thatcher : «Je ne connais pas le citoyen, je ne connais que le consommateur.» Le Nouvel ordre mondial totalitaire, uniformisant tout, nations, races, identités, langues, va laisser place à une nouvelle façon de gérer les plus faibles. Sans être naïf quand l’argent joue dans les élections, le choix démocratique disparaît et les élections deviennent une vente aux enchères et le plus offrant gagne, il faudrait interdire complètement les dons et l’utilisation de l’argent pour acheter les électeurs. Partout dans le monde, les élections sont des farces et des escroqueries, devant des citoyens passifs. Tout est achetable et les citoyens ne sont qu’un moyen pour légaliser leurs actes occultes. Il semble que Trump ne perd pas de temps, déjà il veut remettre en cause les accords avec la Chine ! S’il faut espérer que cette nouvelle politique demeure «paisible», rien n’est moins sûr ! 
C.-E. C.

1.http://reseauinternational.net/de-jesse-ventura-a-trump-le-reveil-des-peuples/
2.Romaric Godin http://www.latribune.fr/economie/international/victoire-de-trump-un-ec...
3. http://arretsurinfo.ch/lelection-de-trump-mort-de-la-globalisation-et-renaissance-de-la-nation/
4.Ugo Bardi http://lesakerfrancophone.fr/trump-la-defaite-de-lempire-des-mensonges 
5. http://arretsurinfo.ch/lelection-de-trump-doigt-dhonneur-au-mythe-americain/
6. http://www.clique.tv/la-grosse-version-du-gros-journal-emmanuel-todd-trump/
7. https://www.legrandsoir.info/comment-le-ps-a-apporte-sa-pierre-a-la-trumpisation-de-la-france.html

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