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29 OCTOBRE 2016 | PAR IRIS DEROEUX

Le FBI annonçait vendredi la possible réouverture d’une enquête sur la messagerie privée d'Hillary Clinton quand elle était secrétaire d’État. « C’est extraordinaire qu’une chose pareille se produise à onze jours d’une élection présidentielle », a avoué son directeur de campagne. Chronique. 

S’il y a un sujet de nature à remettre une dose de suspense dans la course à la Maison Blanche, c’est bien celui des emails d’Hillary Clinton, un boulet que traîne la candidate depuis le début de sa campagne. Pour ceux qui n’ont pas suivi, Hillary Clinton a eu recours à une messagerie privée en sus de son adresse mail gouvernementale alors qu’elle était secrétaire d’État (équivalent des Affaires étrangères, 2009-2013), au mépris des règles de sécurité en vigueur. Ce mode de fonctionnement est non réglementaire puisque des informations classifiées peuvent ainsi être compromises étant donné la nature du poste. Révélé au grand public dès 2014, son impact politique s’avère d’autre part désastreux. Bill et Hillary Clinton ayant déjà la mauvaise réputation de mêler affaires publiques et privées, de manquer de transparence, la saga des emails est devenue un sérieux handicap.

La revoilà sous les projecteurs depuis vendredi, le directeur du FBI James Comey ayant annoncé la possible réouverture d’une enquête sur le sujet : dans une courte lettre au Congrès (ici), il explique en effet que l’agence fédérale a découvert, par le biais d’une affaire distincte, l’existence de nouveaux courriels ayant transité par le serveur privé installé dans la maison familiale des Clinton à Chappaqua, New York, et utilisé par Hillary Clinton lorsqu’elle était secrétaire d’État. Si aucun détail n’est donné sur les emails en question, ni l’expéditeur ni leurs destinataires, M. Comey écrit qu’ils doivent être examinés. L’agence doit, selon lui, déterminer si ces courriels contiennent des informations confidentielles et « évaluer leur importance au regard de notre enquête ».

Le directeur du FBI fait ainsi référence à la longue enquête déjà menée par son agence, passant en revue plus de 30 000 emails échangés par Hillary Clinton et ses proches conseillers, close en juillet dernier. James Comey annonçait alors que l’affaire était classée, qu’Hillary Clinton « n’avait pas eu l’intention de violer la loi » en utilisant une messagerie privée, et qu’aucune poursuite ne serait engagée. Mais il critiquait fermement Mme Clinton pour son manque de professionnalisme et sa négligence. Cette dernière a d’ailleurs changé sa ligne de défense. Si elle affirmait d’abord qu’elle n’avait rien fait d’illégal et qu’elle avait opté pour ce système de communication par commodité, elle a désormais pris l’habitude de s’excuser à chaque fois qu’elle est interrogée sur le sujet, et de qualifier son choix d’« erreur ».

James Comey ne dit pas dans sa lettre combien de temps il faudra au FBI pour décortiquer ces nouveaux courriels. Autrement dit, ses conclusions pourraient être rendues après le scrutin du 8 novembre. Il ne dit rien non plus de l’appareil sur lequel lesdits courriels ont été récupérés. Il s’agirait selon le New York Times d’un ordinateur portable appartenant à Anthony Weiner, l’ancien mari du bras droit d’Hillary Clinton, Huma Abedin. Cet homme politique est empêtré dans des affaires de textos adressés à des mineures et fait l’objet d’une enquête pour cette raison… 

Mais aussi peu détaillée qu'elle soit, l’annonce du FBI n’en est pas moins explosive à onze jours du scrutin présidentiel.

La réouverture de ce dossier est une aubaine pour Donald Trump, au plus mal dans les sondages. En meeting dans le New Hampshire, vendredi, le candidat républicain en a profité pour muscler son argumentaire contre « Hillary la corrompue ». « Hillary Clinton atteint des niveaux de corruption jamais vus ! (…) Peut-être qu’enfin justice sera faite », lançait-il, tandis que son public scandait « Mettez-là en prison ». Depuis le début de la campagne présidentielle, l’affaire des emails nourrit ainsi le ressentiment voire la haine d’une portion de l’électorat à l’encontre de la candidate démocrate, jugée au mieux indigne de confiance au pire coupable d’actes criminels.

À ce stade, impossible de savoir si le FBI en dira plus sur le contenu de ces courriels d’ici le 8 novembre, encore moins si cela peut donner lieu à d’éventuelles poursuites. Mais il est évident que ce nouvel épisode peut nuire aux efforts du camp démocrate pour mobiliser les électeurs encore indécis.

Consciente du risque ainsi posé, Hillary Clinton a pris la parole depuis l’Iowa, où elle faisait campagne, vendredi soir. « Les Américains méritent sans attendre des faits complets », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il était impératif que le FBI soit plus explicite sur sa démarche. Elle s’est ensuite dite confiante sur le fait que cette affaire ne changerait rien aux conclusions de l’agence en juillet dernier. Son directeur de campagne, John Podesta, a lui aussi insisté pour que de plus amples explications soient fournies au public dans les plus brefs délais. Et ce vétéran des campagnes démocrates d’ajouter : « C’est extraordinaire qu’une chose pareille se produise à onze jours d’une élection présidentielle. »

Tag(s) : #Politique internationale

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