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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

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Contribution : La détection du talent sportif : comment rendre actuel le potentiel

Contribution : La détection du talent sportif : comment rendre actuel le potentiel


«Laissez-les oser : l’audace est le grand levier !»
(Coubertin)

Par Belkacem Lalaoui
On le nomme couramment le «talent», tandis que dans le langage quotidien, on le désigne par le terme «doué». Dans le domaine du sport, c’est quelqu’un qui fait certaines choses et que le savant, d’un pas boiteux, cherche en vain à rejoindre. Les diverses études, qui ont tenté de le cerner, sont nombreuses, à tel point qu’il devient difficile d’en faire la synthèse.

La contradiction des différentes sciences, qui ont mené ces études, provient souvent de ce que chacune d’elles ne voit qu’un aspect du phénomène. Ainsi, et malgré une somme considérable de connaissances faites de chiffres, de courbes et de tableaux statistiques sur les modes opératoires qui le sous-tendent, le concept de talent sportif reste complexe et difficile à cerner, voire source de malentendus.
En effet, qui sont ces jeunes talents sportifs qui se démarquent par leurs «aptitudes psychomotrices» exceptionnelles, surgissant on ne sait d’où ni comment ? Sont-ils faciles à identifier ? Quels sont les critères qui nous aident à les détecter ? Comment les accompagner dans leur processus développemental ?
Ce sont là autant de questions qui continuent de tarauder la majorité des spécialistes de l’entraînement sportif en Algérie. Elément important du mouvement sportif national, le «talent sportif» oriente les débats vers certaines mesures pédagogiques à prendre plutôt que d’autres.
Promouvoir le talent au sein d’une culture sportive revient à promouvoir une zone de possibilités, une liberté de choix et d’expression. Bien qu’on ignore encore comment le talent sportif organise la forme et le rythme de sa performance, la plupart des spécialistes de l’apprentissage moteur sportif n’ont pas manqué de déceler en lui un «potentiel de réussite» inépuisable qui a tendance à se manifester, en bas âge, sous la forme d’un développement sensori-moteur riche, précoce et spontané, comme si le répertoire des aptitudes psychomotrices et leur programme d’action, chez le jeune talent sportif, étaient contenus d’avance dans un carton troué d’une orgue de barbarie.

De toutes ces observations, le terme «talent sportif» semble désigner la possession et l’utilisation de potentialités psychomotrices hautement développées, dont les composantes singulières sont soumises à diverses origines et qui ont tendance à se manifester dans une activité sportive donnée. En effet, grâce à une chorégraphie complexe d’interactions entre plusieurs facteurs causaux, les aptitudes psychomotrices du jeune talent sportif ont tendance à se transformer facilement et rapidement en des capacités spécifiques, propres à la pratique d’un sport de haut niveau. C’est dans cette perspective qu’un auteur, comme H. Piéron, considère l’aptitude comme «le substitut constitutionnel de la capacité». Seule la capacité peut faire l’objet d’une évaluation.

L’aptitude, elle, élément constitutif du talent et qui n’est pas observable directement, est considérée comme une virtualité qui demanderait simplement à être révélée, encouragée et confortée par le milieu socioculturel où elle émerge et se façonne. Potentialité initiale sur laquelle vient se construire un savoir-faire, une capacité, une habileté ou une compétence, l’aptitude se caractérise, selon Fleishman par un trait stable et permanent. Elle constitue un système neuromusculaire génétiquement déterminé : un «despotisme de l’hérédité». On ne peut devenir «talentueux» sans avoir l’aptitude. En effet, pour continuer à exister et à se développer, une compétence sportive suppose, au préalable, une aptitude psychomotrice personnelle, complétée toutefois par la formation et l’expérience pratique : «pouvoir» jouer au football n’est pas «savoir» jouer au football.
D’innombrables études font ressortir que les aptitudes psychomotrices, décelées chez le talent sportif, ont une origine double : c’est un composé d’inné et d’acquis, de nature et de culture. Les processus mis en œuvre dans leurs développements ne s’activent, que lorsque le jeune talent s’implique, volontairement, dans une démarche systématique d’un apprentissage structuré. Déjà, dans son ouvrage De Magistro, Thomas d’Aquin concevait l’enseignement comme une activité grâce à laquelle les «dons potentiels» deviennent une réalité actuelle. Pestalozzi et Fröbel cherchaient eux à accroître, ce qu’ils appelaient les «forces spontanées» de l’enfant son activité propre. Les faits sont donc assez nombreux pour que l’on puisse admettre, aujourd’hui, que la composante «aptitude psychomotrice générale» intervient bien dans la construction d’une multitude de capacités spécifiques, chez le jeune talent sportif. Des capacités, qui vont s’équiper au fil des entraînements de sensations et de représentations spécialisées, propres à chaque activité sportive. Le rôle de l’entraîneur est de rechercher comment va se réaliser, au cours de leurs différentes étapes de développement, leur intégration harmonieuse dans une pratique sportive de haut niveau.

Détection du talent et système sportif

Dans le sport de haut niveau, on assiste de plus en plus à une exploitation systématique et rationnelle des «aptitudes» du jeune talent en vue de la réalisation de performances exceptionnelles. En effet, dans tout système sportif bien construit, organisé et éclairé, l’accès à la performance se fait par étapes successives en amont desquelles se situent l’orientation et la détection de sujets ; présentant des potentialités requises pour la pratique sportive de haut niveau.

Dans cette perspective, la première étape, dite d’orientation, doit se dérouler sur une large base de pratiquants ; c’est-à-dire sur une population ayant bénéficié d’une éducation sportive multiforme avec des compétences spécifiques. Cette étape initiale doit être impérativement confiée à des éducateurs bien formés : les enseignants d’éducation physique et sportive.
En effet, nul n’est mieux placé que ces éducateurs pour déceler et conforter les potentialités psychomotrices exprimées par le jeune au cours des séances d’éducation sportive, qui lui sont dispensées. C’est à ces éducateurs que revient la difficile tâche d’aider le jeune espoir dans ses choix et son orientation. Pour cela, l’école et l’association sportive scolaire doivent rester les lieux privilégiés où la psychomotricité s’exerce et se développe et où l’enfant doit trouver l’occasion d’explorer et d’enrichir ses capacités. Négliger l’éducation des aptitudes et des capacités, au sein de ces deux structures institutionnelles d’éducation et de formation, nuit gravement au processus d’orientation et de détection du jeune espoir sportif.
La deuxième étape d’évaluation, dite de détection, a pour objet d’identifier les capacités spécifiques requises pour la réalisation d’un haut niveau de performance dans un sport donné. Il s’agit de repérer le jeune espoir à potentialités élevées afin de savoir, en fin de compte ce qu’il vaut ! S’il est bon ! Au cours de cette étape, c’est l’entraîneur qui intervient pour repérer les qualités psychomotrices, physiologiques, morphologiques et psychologiques, qui affectent la performance et qui peuvent servir de fondement à la construction d’un instrument de détection. A ce stade, l’observation de l’entraîneur va porter essentiellement sur certains aspects du comportement psychomoteur, facilement observables, comme les qualités physiques, les dimensions corporelles, la coordination motrice, la motivation à l’entraînement, etc.
Bien, que la haute performance sportive soit au carrefour d’un ensemble de facteurs extrêmement complexes à isoler et à maîtriser, le but de la détection est de faire émerger les jeunes espoirs présentant des capacités spécifiques requises indispensables pour la réalisation ultérieure des hautes performances visées.
La vérification du pronostic sur lequel se fonde la détection doit faire l’objet d’études longitudinales à mesures répétées s’appuyant sur plusieurs observations. L’âge le plus opportun pour débuter un programme de formation avec un jeune talent sportif semble se situer dans la tranche d’âge de 9-11 ans pour les filles et 10-12 ans pour les garçons. Selon le contexte culturel et les caractéristiques de la discipline sportive, ces tranches d’âge peuvent fluctuer notamment pour la natation, la gymnastique, etc. Néanmoins, il est vivement conseillé d’enrichir tous les aspects de la psychomotricité avant l’âge de 9 ans et de ne pas enfermer l’enfant tôt dans une gestualité étroite et contraignante.

Quant à la troisième étape, dite de sélection, c’est une prédiction à court terme où il s’agit de choisir, parmi une population de sportifs déjà confirmés, ceux qui seront les plus aptes à exceller immédiatement dans une compétition sportive donnée. Une sélection est toujours préjudiciable à certains et favorable à d’autres.


En Algérie, l’incohérence du système d’évaluation est que l’on veut détecter le talent sportif sur une base de pratiquants, qui n’existe plus. En matière de détection du talent sportif, on ne brûle pas impunément les étapes. En effet, faute de ne pas avoir respecté pendant longtemps l’étape d’orientation, le sport de performance fonctionne aujourd’hui avec de «faux talents» ; c’est-à-dire avec des talents qui n’ont pas subi à la base une éducation sportive multiforme. Si les sports collectifs (volley, basket, hand et foot) ont régressé en Algérie, c’est parce que ces sports exigent l’utilisation la plus variée et la plus complexe d’un certain nombre d’aptitudes que l’on n’a pas travaillées à des tranches d’âges précises. On peut donc continuer à faire appel à tous les experts du monde, rien n’y fera. Pour relever le niveau du sport algérien, il faut entreprendre l’action de travailler les aptitudes et les capacités dès l’école. Tout le reste n’est que pure agitation de quelques «spécialistes-généralistes» aventuriers et moqueurs. Un système sportif, qui ignore comment détecter les aptitudes et former les capacités de ses futurs talents est un système, qui ne peut adopter une stratégie de développement de la réussite sportive. C’est un système sportif folklorique et pervers, géré par de petites «seigneuries» et qui nous donne une illustration parfaite de la façon dont se construit un mouvement sportif dans les pays en voie de développement.

Détection du talent et contexte socioculturel

Nous venons de voir que dans tout système sportif structuré, l’évaluation revêt une importance toute particulière, puisqu’elle contribue à orienter les jeunes vers l’activité sportive la mieux adaptée à leurs aptitudes et à leurs goûts, à détecter et à repérer les jeunes sportifs à fortes potentialités, à sélectionner les sportifs aux capacités spécifiques confirmées et enfin à individualiser les apprentissages. Acte par lequel on émet un jugement, en se référant à un ou plusieurs critères, l’évaluation est aussi un processus pédagogique (un feed-back évaluatif) permettant de déterminer, à un moment précis, un niveau d’apprentissage atteint.
Les outils utilisés sont multiples : tests, codes de pointage, barèmes sont mis au point afin d’identifier et d’anticiper les capacités jugées nécessaires pour la production de tel ou tel type de performance. Même lorsqu’il s’agit de performances de nature non chiffrables (celles qui relèvent de critères esthétiques et qualitatifs), comme dans la gymnastique aux agrès, le patinage ou le plongeon, les appréciations se fondent sur des critères définis presque dans le détail. Vouloir donc évaluer le jeune espoir sportif sur son potentiel psychomoteur, c’est d’abord poser le problème de la mesure utilisée, de sa signification et de sa légitimité, dans un contexte culturel donné. Car il ne faut pas oublier que les constituants du potentiel psychomoteur sont partiellement façonnés par le milieu culturel dans lequel le jeune vit, grandit et agit. La signification des facteurs culturels se fait sentir non pas tant dans la structure du comportement psychomoteur, que dans le rythme de son développement et le style de ses actions.

La culture d’une époque et d’un milieu transmettent à l’enfant des «amplificateurs» de ses propres capacités. C’est ainsi que le milieu familial joue un rôle déterminant dans le développement psychomoteur de l’enfant.
En étudiant la structuration familiale de l’enfant en trois catégories : structuration «faible», «souple» et «rigide», Lautrey considère que seule la structuration «souple» favorise un développement psychomoteur harmonieux.
Ainsi, il n’est possible de rendre compte du fonctionnement psychomoteur intégré du jeune, que lorsqu’on le considère comme une structure biologique complexe, c’est-à-dire comme un système acteur-environnement. Un système, dans lequel le contexte socioculturel «offre» et «suggère» au jeune un «champ d’actions possibles». C’est ainsi que pendant longtemps, à la suite des travaux inspirés par l’école piagétienne, le développement psychomoteur de l’enfant africain a été décrit comme précoce, c’est-à-dire en avance sur les normes euro-américaines. De nombreuses hypothèses ont été émises à ce sujet pour expliquer cette précocité générale.
Une étude sur l’enfant Baoulé (Dasen, Inhelder, Lavallée et Retschitzki), en Côte d’Ivoire, a démontré un développement plus rapide et une avance sur les normes européennes quant à l’utilisation des outils. Or, assimiler l’emploi d’un outil signifie, pour l’enfant, assimiler les «opérations motrices» incarnées par cet outil. Riche dans le domaine de la locomotion, de la préhension et de la manipulation, l’environnent de l’enfant africain contribue à donner une efficience plus grande à l’action et un progrès plus rapide dans la qualité du geste. Dans son étude sur l’enfant du lignage, J. Rabain, en décrivant le processus de socialisation de l’enfant Wolof, nous montre comment, au travers de la multiplicité des échanges tissés dans les scènes de la vie quotidienne et auxquels il est convié de participer activement, l’enfant Wolof fait l’apprentissage d’une manière culturelle de vivre avec son corps. Elle insiste sur l’action pédagogique diffuse, que l’on retrouve au sein de ce milieu culturel : celle qui s’exerce sur d’innombrables registres, contacts corporels, gestes, paroles, regards, soins, jeux, etc.
Le système éducatif lignager est un exemple, dont une culture apporte son empreinte sur une forme de gestualité de l’enfant. Ces études nous démontrent l’implication du contexte culturel dans le développement psychomoteur de l’enfant. En effet, concevoir le développement psychomoteur, comme étant d’abord influencé par un contexte culturel, a des implications importantes sur les critères de l’orientation et de la détection. Car une qualité psychomotrice peut être accélérée ou retardée, par un contexte culturel donné. Chaque forme de développement psychomoteur possède son propre système de performance. Il faut bien se garder de juger trop rapidement un mauvais résultat psychomoteur, chez un jeune d’une culture quelconque. C’est pour toutes ces raisons que la prétention à l’universalité de certains «modèles de formation du talent sportif ne résiste tout simplement pas à la réalité de certains contextes socioculturels. On ne peut, par exemple, transposer le modèle de formation de l’école de football du Barça ou celui du Bayern de Munich au contexte culturel algérien. De même que l’on ne peut reproduire mécaniquement l’école de gymnastique russe ou roumaine, en Algérie. Chaque culture nous dévoile ses talents avec des aptitudes particulières, travaillées et stylisées. Des aptitudes qui ont, généralement, comme soubassement un système éducatif sportif performant avec une histoire et une mémoire, que l’on transmet de génération en génération.
Dans cette perspective, on ne peut que se demander, par exemple, pourquoi «l’aptitude lancer» dans la discipline athlétisme, en Algérie, s’est éteinte. Nous n’avons plus de lanceurs de javelot, de disque et de poids et le record du lancer de poids de Djebaïli (19,07 m), datant de 1976, n’est toujours pas battu.

«Niche développementale» et formation du talent sportif


Dans une conceptualisation récente, des interactions entre l’organisme et le milieu, Super et Harkness proposent le concept de «niche développementale», c’est-à-dire un lieu protégé où une activité humaine pousse son excellence. Elle comprend trois composantes : le contexte physique et social dans lequel l’enfant vit ; les pratiques culturelles d’éducation, autrement dit les mécanismes d’enculturation et de socialisation ; le système de valeurs qui a trait au développement de l’enfant et à son éducation.
Par analogie à cette conceptualisation, nous considérons que toute structure institutionnelle destinée à former le jeune talent sportif, en Algérie, et appelé communément école de sport, académie, centre de formation, centre d’entraînement, etc., constitue une «niche développementale» ; autrement dit une «structure institutionnelle spécialisée» dans l’éclosion accélérée du jeune talent sportif. Généralement, c’est à l’Etat que revient la mise en œuvre de ces «niches développementales», orientées vers la production d’une élite sportive susceptible de s’imposer au niveau international. Malheureusement, ce manque d’orientation de la part de l’Etat a fait que chacun, aujourd’hui, a sa petite idée sur le sujet.
Aussi, le problème est d’essayer de comprendre comment fonctionne une «niche développementale», au sein de laquelle se transmettent et s’acquièrent des compétences sportives spécialisées. Quel est le mode de son organisation ? Quelles sont ses finalités ? Quelle est sa morale ?
Dans plusieurs pays africains (Ghana, Congo, Côte d’Ivoire, Kenya, Ethiopie, Liberia, etc.), une «niche développementale» du talent sportif est généralement créée et gérée par des anciens champions, qui investissent leur capital financier amassé durant leur carrière sportive. L’objectif noble et affiché de ces champions est de transmettre leur savoir-faire et leur vécu sportif aux jeunes talents. La citoyenneté, pour ces champions, n’est pas perçue comme un simple statut, mais une contribution.
Pour cela, ils n’hésitent pas à s’impliquer corps et âme dans le fonctionnement de cette structure pédagogique spécialisée. C’est ainsi qu’en dehors de leurs tâches d’entraînement, ils ne rechignent pas à se transformer en chauffeur de bus pour aller chercher les jeunes à l’entraînement, à entretenir le gazon du stade, à ranger le matériel sportif, à réparer les filets, à cuisiner, etc.
On peut dire qu’ils participent activement, avec leurs élèves, à créer une «niche développementale», dont la finalité est de révéler, voire constituer le talent sportif. C’est ce type de «niche développementale» œuvre d’une ambition collective, d’une articulation réussie entre la tradition et la modernité, d’une gestion humaine chaleureuse et gaie, d’une culture de la réussite installée mais invisible et qui règne en arrière- plan ; qui a produit des athlètes de la trempe des Eto’o et Drogba.
Cette manière de se vouer au sport comme profession est ce que Max Weber appelle la profession-vocation : celle qui exige une croyance solide en la valeur de ce qu’on fait. C’est en ce sens que le talent sportif, fondamentalement, ne vaut que par ce qu’il représente, c’est-à-dire le groupe socioculturel auquel il appartient.
La Jamaïque, c’est les courses de vitesse et Usain Bolt c’est la Jamaïque, la Roumanie, c’est la gymnastique et Nadia Comaneci c’est la Roumanie. Le Brésil, c’est le football et Pelé c’est le Brésil.
Quel que soit le pays, une «niche développementale» sportive est un foyer à la pointe de l’innovation où le talent vient s’approprier des compétences sportives spécifiques, qu’il essaie de maximiser au niveau du sport international.
Produit d’une culture sportive donnée, elle est constamment soumise à des changements et à des recompositions en fonction de sa capacité à répondre aux attentes du mouvement sportif national.
Projet émancipateur et choix «héroïque» de société, elle doit remplir une mission sociale, éducative et culturelle. Chez nous, bien que présentée comme une priorité, elle reste mal organisée sur le territoire national et l’architecture de sa formation est de qualité douteuse en matière d’efficacité, de rentabilité et de compétitivité.
On assiste à un idéal sportif plus ou moins soudainement corrompu ou perverti. Aujourd’hui, notre modèle de développement sportif, c’est le Qatar, qui achète des athlètes kényans ou éthiopiens ; en échange d’un salaire à vie. Le pouvoir de rayonnement du sport de performance est assuré par les exploits de champions venus d’ailleurs. Des champions, qui sont perçus comme des surhommes par des indigènes autochtones inférieurs, qui n’ont plus de «corps».


La compétition athlétique pénètre bien notre pays, mais à titre de «spectacle» et non comme un «idéal éducatif prestigieux». Le talent indigène autochtone, qui produit de la différence et de la singularité, est ignoré, parqué. C’est une marchandise sportive, nous disent les importateurs du sérail, qui n’est pas cotée.
On préfère importer des talents et on fera tout pour gêner le développement de la formation intérieure, autrement dit le fonctionnement des quelques «niches développementales» mises en place par quelques bonnes volontés et concurrentes des talents qu’on importe.
En somme, le sport, en Algérie, se «détraditionnalise» au sens donné par A. Giddens à ce terme.
On assiste à la fissure, voire à la disparition d’un monde, d’une organisation, d’une formation, d’un ensemble de schèmes de conduite, d’un aménagement de rapports sociaux et d’êtres de légende ; qui ont contribué à produire tant de grands talents : Belloumi, Madjer, Morcelli, Boulmerka, Saïd-Guerni, Toumi, Benida, etc.

Décidément, en matière de formation du talent sportif, l’Algérie a naïvement «…sous-estimé la vitesse et la force avec lesquelles le capitalisme moderne est désormais capable de dénaturer n’importe quelle activité humaine, dès lors qu’il s’en empare et lui impose sa logique» (J.-C. Michéa).
B. L.

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