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Chronique du jour : ICI MIEUX QUE LÀ-BAS Le blues du surmoi

Par Arezki Metref
arezkimetref@free
.fr
Quels liens y a-t-il entre l’Algérien Ammar Saâdani, l’Américain Donald Trump, le Hongrois Viktor Orban et le Gaulois Nicolas Sarkozy ? Heu ! Peut-être aucun. Mais non, à la réflexion, il y en a au moins un : l’actualité polémique. Et, à la réflexion aussi, j’en vois un second : l’éradication totale de cette instance psychique que l’on appelle le surmoi, et qui regroupe nos interdits intérieurs et nous empêche de dire n’importe quoi en public. Autre élément qui leur est commun, la provocation de bas étage pourvu que ça fasse le buzz.
1 - L’extraterrestre algérien Saâda
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Après quatre mois de silence énigmatique, «l’agité du bocal» revient pour un numéro absolument époustouflant. On me dit que c’est lui faire trop d’honneur que de lui appliquer le sobriquet décoché par Céline à l’intention de Sartre. En effet, on en est loin et même très loin. Donc Saâdani. Il exécute en public le général Toufik qu’il accuse d’être rien moins que «le meneur des officiers de l’armée que la France a implantés en Algérie. Ce sont ces mêmes officiers qui ont fomenté un coup d’Etat contre le FLN en 1988 et qui ont géré toutes les périodes de transition. Ce sont les représentants de la France…»

Victime collatérale de sa furie qui a tout l’air d’être éruptive, Belkhadem. Ce qu’il y a d’absolument sidérant, c’est la banalité de cette situation où le responsable d’un parti politique hégémonique en Algérie, au pouvoir, vient déclarer comme s’il s’agissait de quelque chose d’anodin, et apparemment sans retenue, que le général Médiène, ancien très puissant patron du DRS surnommé Rab Dzaïr (le bon dieu de l’Algérie), qui faisait et défaisait ministres et présidents, était le «meneur» d’officiers à la solde d’une puissance étrangère. Et pas n’importe laquelle, l’ancienne puissance coloniale. Inutile de gloser ici sur la teneur de l’accusation puisque Saâdani lui même a, de notoriété publique, des intérêts en France. Ce qui nous interroge, c’est la forme de cet événement monstrueux. N’y a-t-il plus donc aucune instance officielle (services de renseignement, juges) à qui devrait échoir de mener des enquêtes ? Il n’y a que dans l’Algérie de Saâdani que l’on peut voir un type totalement dépossédé de son surmoi porter à hue et à dia ce genre d’accusations avec une telle légèreté. Mais comme dirait l’autre, plus c’est gros, mieux ça passe !


2 - Le Yankee Trump
Dans l’infini festival des énormités qu’il sort via le canal creusé par l’absence de surmoi, il convient de s’arrêter sur la dernière en date. Ça a commencé par son refus de rendre publique sa déclaration d’impôts. Il était presque parvenu, grâce à son aplomb, à s’exonérer du devoir auquel depuis 1976 tout candidat à la présidence des USA doit se plier, à savoir rendre compte de l’état de ses revenus et de sa situation vis-à-vis du fisc. Eh bien, il a fallu que ce soit le New York Times qui publie la déclaration de 1995 de ses revenus pour qu’on apprenne que le multimilliardaire Trump ne paye pas d’impôts depuis 18 ans, et cela dans la plus grande légalité. Quand on sait que le moindre vendeur de sandwichs est soumis à l’impôt, Trump, lui, tire gloire de sa rouerie. Il s’enorgueillit de son habileté à tricher, à contourner les règles.

«Ecœurant ! Dégoûtant !» C’est par ces déclarations recueillies par la presse qu’ont réagi des électeurs de l’Amérique rurale, ceux que Trump cible. Un propriétaire de café à Toledo dans l’Ohio déclare au Washington Post : «Je me sentirais coupable si je ne payais rien. C’est plus simplement flouer l’Etat.» Tandis que d’autres, indéfectibles supporteurs de Trump, déclarent vouloir voter pour «quelqu’un qui connaît les failles du système ». Plus c’est gros, plus ça passe !


3 - Le Magyar Viktor Orban
S’il a perdu son surmoi, le Premier Ministre hongrois n’en a pas pour autant gagné le référendum. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir utilisé les plus grosses ficelles. Peut-être faut-il préciser qu’il s’agissait d’un référendum destiné à faire passer le «Non» à l’accueil du quota de réfugiés imposé par l’Union européenne, dont fait partie la Hongrie. Viktor Orban et les réfugiés, ça ne colle vraiment pas. Mieux - ou pire - , il fait feu de tout bois pour dresser un barrage à la fuite désespérée de ces hommes et femmes des zones de guerre. Faire barrage au sens propre du terme d’ailleurs puisque le gouvernement Magyar a construit un mur pour empêcher les malheureux fuyant la Syrie de transiter par la Hongrie. Un comble pour un pays qui se réjouissait de la chute du mur de Berlin et qui, bien avant cela, jetait à travers l’Europe des dizaines de milliers de ses concitoyens fuyant la répression de sa révolution par l’armée soviétique en 1956. Saignée migratoire dont est issu un spécimen, Nicolas Sarkozy pour ne pas le nommer, lequel cherche son surmoi au pays des Gaules. Pour ne pas devoir recevoir le quota européen, Viktor Orban a fait valoir les pires amalgames et les pires mensonges. Petit florilège : «Le saviez-vous ? Les attentats de Paris ont été commis par des migrants.» «Le saviez-vous ? L’an dernier, près d’un million et demi de migrants sont entrés en Europe.» «Le saviez-vous ? Depuis le début de la crise migratoire près de 300 personnes ont été tuées lors d’attaques terroristes.» Tels sont les argumentaires des partisans d’Orban. Malgré cela, le référendum a été invalidé faute de réunir 50% de votants. L’énormité xénophobe a fait chou blanc. En principe, plus c’est gros, plus ça passe. Mais là, ça n’est pas passé.


4 - Le Gaulois Sarkozy
Voici le prototype de l’absence de surmoi détecté par psychiatres et politologues sur la scène politique française. Alors je te laisse imaginer, lorsqu’il est en campagne ! Et quand il est en difficulté, la proportion d’incongruités s’accroît d’autant. Le surmoi devient totalement abstentionniste. Quelques perles. S’agissant de suspects éventuels d’appartenance à des groupes terroristes, Sarkozy n’y va pas par trente-six chemins de liberté. Il ne suffit plus de les surveiller, il faut les enfermer. Et voilà ! Autre énormité : si un enfant ne veut pas manger de porc à la cantine, il n’a qu’à jeûner. Avis aux musulmans et aux végétariens. Mais, sans doute, la plus spectaculaire de ses dernières sorties demeure : «Nos ancêtres les Gaulois.» Ou comment se bricoler des ancêtres qui, en réalité, ne sont pas les siens. Ou comment l’appartenance citoyenne à la France ne se place pas sur l’attachement à ses valeurs républicaines, mais à des ancêtres qui ne sont même pas ceux de tous les Français. La campagne n’étant pas terminée, Sarkozy nous promet encore bien des aberrations. Mais là encore visiblement plus c’est gros, mieux ça passe. Mais au fond peut-être que le surmoi des uns n’est que l’instrument des autres et que ces énormités ne le sont pas au fond, puisqu’elles s’inscrivent dans des stratégies politiques.
A. M.

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Tag(s) : #Chroniques du jour

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