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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Ah le FLN...cette silencieuse sépulture

Ah le FLN...cette silencieuse sépulture

Par Kamel Bouchama
«Les personnes faibles ne peuvent être sincères»
Duc de La Rochefoucauld
Ah ! que se passe-t-il dans notre monde d’aujourd’hui ? On nous provoque, et on ne répond pas ! On nous insulte, et on se tait ! On nous traite de tous les maux, et on fait semblant de ne pas comprendre !
Sommes-nous en train de divaguer, en nous auto-accusant dans ces moments de colère... ces moments de courte folie, comme disait Horace le poète latin ? Il est vrai que dans des situations pareilles, l’expression sage disparaît subitement de notre vocabulaire ; elle nous fait défaut face à une certaine lâcheté qui apparaît au grand jour et qui nous laisse perplexes avec nos supputations, avec nos confusions. Alors, nous risquons d’être défaits, nous risquons d’être vaincus...
Mais lorsque nous nous ressaisissons, nous sommes forcés d’admettre, dans les phases de crise aiguë comme celle que nous traversons, que nous devons entamer un discours logique, en tout cas plus sage, avec nous-mêmes. Et là, nous orientons notre regard vers la bonne cible et décrétons courageusement que ce n’est pas l’Algérien lambda qui a failli à ses principes, à ses idéaux, mais ses responsables qui, depuis quelques années, lui imposent cette façon de voir les choses et, tout bonnement, sa façon de vivre. Oui, ses responsables !
Et là, il ne faut pas aller très loin, en dépensant notre énergie à vouloir incriminer tout le monde.
Car, il n’y a qu’un seul responsable (s) :
ce pauvre FLN, aux mains de stipendiés, qui s’écrivent au pluriel. Ce sont hélas ceux-là, au nom du FLN, tous ces pleutres qui font «mauvais genre», qui sont recrutés dans le gotha des mégalomanes, des méchants et des malhonnêtes gens qui peuvent aller jusqu'au bout de leur folie ou... de leur lâcheté.
Et, dans ce cas présent, c’en est une, et parmi les grandes lâchetés ! C’est pour cela que j’ai le courage de prendre ma plume et de m’impliquer dans le débat, concernant une affaire qui relève de la dignité des Algériens, laquelle, ces derniers temps, n’a pas trouvé ses Hommes qui lui redonnent sa mesure et sa place d’antan, dans un pays qui avait de hautes vertus à revendre.
Je rejoins, sans complaisance, la moudjahida Zohra Drif-Bitat dans sa colère. Elle a raison de se soulever contre les propos tenus par Guillaume-Denoix de Saint-Marc, président de l’Association française des familles victimes du terrorisme (AFDT), parce qu’ayant été l’une des actrices de notre lutte armée, cette glorieuse révolution de Novembre, en se déterminant par des actions courageuses et militantes, dont une particulièrement, l’attentat du Milk-Bar, qu’elle revendique officiellement. Cet acte de bravoure est inscrit, malheureusement aujourd’hui, par les autorités françaises dans la liste des «attentats terroristes». Et la preuve, cinglante, injurieuse, nous l’avons eue ce 19 septembre 2016, place des Invalides, à Paris, au cours d’une cérémonie officielle, en présence de François Hollande, chef de l’Etat français. Elle a également raison d’être en colère contre le FLN – son parti et le nôtre, depuis 1954 – qui, présentement aux mains de responsables qui n’ont rien de consistant, n’a su être à la hauteur de son devoir, ce mot sublime et grand. Parce que jusqu’au jour d’aujourd’hui, il se retranche dans un silence mystérieux, signe distinctif soit de l’indifférence, soit de l’abdication... Et c’est très grave !
Mais revenons à l’acte de guerre de Zohra Drif-Bitat qui est affublé d’une dénomination pratiquement criminelle, et considéré comme un acte terroriste ; la France coloniale a-t-elle oublié que c’est elle qui a fait le premier pas dans cette «profession», aujourd’hui diabolisée et décriée dans toutes ses tribunes de commémorations ? N’a-t-elle pas été l’initiatrice dans ces actions de folie en commettant l’attentat d’Alger, le 10 août 1956, par l’intermédiaire des ultras ? Ce fut un attentat d’une rare violence ! La cible ? La rue de Thèbes dans La Casbah, un quartier populaire. Le bilan est énorme, et c’est le moins que l’on puisse dire. Plus de soixante (60) civils y trouvent la mort.
Le nombre de blessés est, quant à lui, plus important. Les historiens Benjamin Stora et Renaud de Rochebrune, dans La guerre d’Algérie vue par les Algériens, écrivent : «C’est le plus grand attentat terroriste sans cible définie, donc visant prioritairement et en grand nombre des civils ‘’innocents’’, perpétré sur le sol algérien pendant la guerre.»
Sans commentaire !
Quelle est donc notre lecture de l’affirmation de Guillaume-Denoix de Saint Marc qui n’a pas sa raison d’être ? Eh bien, de la provocation, purement et simplement ! Car, telle assertion, émanant de ce responsable et de quelques autres spécialistes, plutôt de nostalgiques de «l’Algérie française», nous paraît inacceptable, surtout lorsqu’elle se manifeste avec le ressentiment et l’hostilité des «croisés» qui sont là et qui renaissent de leurs cendres depuis des siècles. Cette assertion – plutôt cette provocation, puisque le mot est lâché – nous démontre également, et bel et bien, des années après le recouvrement de notre souveraineté nationale et sa reconnaissance officielle par la République française et l’ensemble des peuples et des Etats souverains du monde entier, cette rancune à l’égard de notre lutte légitime de libération nationale qui s’est terminée par la victoire de notre peuple. Elle démontre, s’il en est besoin, que notre guerre d’indépendance pour la paix et la liberté est encore assimilée, par nos anciens colonisateurs, «à un mouvement de terreur, injuste et condamnable», pour reprendre les termes de la moudhjahida Zohra Drif-Bitat. Mais devons-nous reprocher à ceux-là — à ceux qui ont occupé pendant 132 années notre pays — ces écarts de langage et ces pérégrinations à travers l’Histoire pour la remodeler en fonction de leurs caprices et de leur imagination ?
En politiques conscients, nous ne devons pas nous laisser abattre à cause de ces sorties inadmissibles, qui permettent à leurs propagandistes, pour des raisons occultes, de monter au créneau et jeter, toute honte bue, le discrédit sur notre révolution. Nous savons tous que ces attaques récurrentes viennent périodiquement — rappelons-nous l’article 4 de la loi scélérate du 23 février 2005 – avec l’intention de semer le doute au sein du peuple algérien qui a su démontrer son courage et sa détermination devant le colonialisme français.
Alors, à chaque fois, nous devons impérativement répondre, avec la promptitude et l’énergie que nous accompagnons de logique et de lucidité qui sont nôtres..., du moins qui étaient les nôtres, du temps où nous avions le verbe haut et la parole noble, incisive et si éloquente... En effet, nous avions le verbe haut, hier, dans le passé. Malheureusement, aujourd’hui, cette voie (avec notre voix) qui nous permettait de dire vrai, de hausser le ton partout, s’est tu avec le vide et le silence qui enserrent le FLN, depuis que des apprentis sorciers le squattent et le mènent dans des aventures que nous n’avons jamais connues. Là, notre propos n’est ni énigmatique ni virulent à l’égard de notre parti, le FLN. Il n’est pas énigmatique, puisque le contexte est situé ; il n’est pas virulent parce qu’il dit la vérité, et nous serons encore plus expressifs dans les paragraphes qui vont suivre.
Nous disons, tout de go, que la réponse à ces nostalgiques d’une période tristement coloniale ne doit venir que du FLN, et du FLN seulement. Car, sans vouloir les disculper, les institutions de l’Etat — toutes les institutions — ne sont pas habilitées, en pareilles circonstances, à entreprendre une quelconque initiative, avant celle du FLN, qui a été le «paterfamilias» pendant la guerre de Libération nationale, le guide jusqu’à son terme, le mobilisateur de tout le peuple, et principalement d’authentiques patriotes, en tant que potentiel combattant. Mais voilà que ce FLN, aujourd’hui, de par ses dirigeants, se recroqueville sur lui-même, se cache la tête comme le fait l’autruche, et «laisse pisser le mérinos». Quel drame que celui d’une famille exposée au danger, et que son chef, inconscient ou lâche, abandonne son épouse et ses enfants et se planque quelque part ! Pourtant, notre FLN possède une arme des plus efficaces pour répondre à n’importe quelle provocation, à n’importe quelle situation conflictuelle avec d’aucuns parmi ses contradicteurs. Cette arme s’appelle le patrimoine historique de la glorieuse Révolution de Novembre, un héritage plein de hauts faits, d’acteurs charismatiques et d’incontestables symboles. Oui, mais posséder et savoir en profiter sont deux choses différentes dans notre FLN actuel qui n’a pas su, lors d’une campagne insidieuse et frustrante comme cette dernière du 19 septembre 2016, porter la contradiction dans l’Hexagone même, en s’attaquant aux provocateurs avec des armes hautement plus efficaces, agissantes, influentes. Ne pouvait-il pas, notre FLN – c’est-à-dire ses présents responsables, pour peu qu’ils aient un tant soit peu de courage – jeter la vérité au pied des reîtres qui nous poursuivent et nous font découvrir le grotesque et le tragique, chaque fois qu’ils s’expriment sur l’immensité de l’épopée algérienne ? Ne devaient-ils pas comprendre (ces mêmes responsables du FLN) qu’à la lueur de ces «sémaphores», qui brillent de toutes allusions menaçantes, et à travers l’outrecuidante caricature répressive de l’hégémonie du colonialisme, qui se caractérise par de subtiles promesses de domination, que ces derniers (les reîtres) s’imaginent dans leur rêve – à Dieu ne plaise – d’autres «flottes et les clones du général de Bourmont ‘’redébarquer’’ à Sidi-Fredj» ? Assurément, le FLN d’aujourd’hui n’aurait pas dû afficher cette indifférence et accepter le fait accompli, car son silence pourrait être interprété comme un accord avec ces fâcheuses accusations. Peut-être même que les gens de l’autre rive de la Méditerranée, ces coupables de triste mémoire, dont les leurs ont été «victimes du destin», selon leurs dires, pendant cette affreuse guerre qu’ils nous ont imposées, attendent que le prestigieux FLN d’hier aille leur demander pardon. Et dans ce cas, notre réaction vis-à-vis du silence des nôtres est tout à fait normale et légitime. Notre colère à l’endroit des uns et des autres l’est davantage, car on ne peut, en pareilles circonstances, ne pas nous rappeler les épreuves que nous avons subies pendant plus d’un siècle, sous un régime qui n’avait aucune considération pour les «êtres humains» que nous sommes et les «citoyens dignes» que nous avons toujours été, du fait qu’il s’est comporté comme un régime qui affectionnait l’esclavage, l’oppression, l’horreur, la misère et l’atrocité. Quelle idée extravagante que de se délecter de capacités nuisibles et destructrices ! Oui, c’était le FLN qui aurait dû répondre consciemment, clairement, sans passion aucune, en remontant l’Histoire, celle que le colonialisme a brutalisée et précipitée dans les abîmes de l’oppression et de l’avilissement. Il aurait dû expliquer, avec une parfaite pédagogie, la différence qu’il y a entre le vrai terrorisme, créé par le colonialisme à travers ses actions inhumaines et les «actes de guerre» auxquels étaient astreints les Algériens pour leur survie, en combattant les armes sophistiquées de l’ennemi. Le valeureux Ben M’hidi, figure emblématique de la guerre d’indépendance algérienne, l’a expliqué en deux mots : «Donnez-nous vos avions, nous vous donnerons nos couffins», à la question de savoir pourquoi le FLN a eu recours aux attentats à la bombe.
Oui, le FLN aurait dû répondre, non sans pondération, en donnant toutes les situations qui reflétaient ce terrorisme colonial. Il aurait dû commencer par ces enfumades, qui restent dans l’Histoire de France et la nôtre, comme une marque indélébile de la sauvagerie du colonialisme, perpétrée juste après l’expédition française de Sidi Fredj en 1830. Et là, plus spécialement, n’y avait-il pas de grandes opérations dans le cadre de «l’extermination des Algériens», conçues et réalisées par les sinistres officiers, les maréchaux Saint Arnaud, Randon, Vallée, Clauzel, et les généraux Cavaignac, Rovigo et de Bourmont, entre autres ? Et plus tard, en pleine guerre de libération, n’y avait-il pas des exactions, des actes barbares de terroristes, dirigés par Bugeaud, Massu, Bigeard, Salan, Challe, Zeller et Argoud, par le colonel Godard et le capitaine Léger, ainsi que les crimes de tant d’autres tortionnaires, tels que l’adepte du nazisme, le commissaire Maurice Papon ?
En effet, ce n’est pas de l’extravagance et encore moins de l’ambition démesurée que de se demander si la France des «droits de l’Homme» peut rester insensible, même a posteriori, face à l’action de tels bourreaux.
Oui, le FLN, en profitant de cette dernière provocation, aurait dû rappeler tout cela
à ceux qui font semblant d’oublier ces crimes terroristes.
Il aurait dû faire une rétrospective, en prenant en exemple les sanguinaires Bugeaud et Trézel qui lançaient à leurs troupes : «Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sheba.
Fumez-les à outrance, fumez-les comme des renards.»
Ou le colonel de Montagnac qui avouait lui-même : «Pour chasser les idées noires qui m’assiègent quelquefois, je fais couper des têtes. Non pas des têtes d’artichauts mais des têtes d’hommes.»
Oui, le FLN aurait dû rappeler à ceux-là qui ont la mémoire courte le contenu du livre intitulé Coloniser, exterminer de leur auteur, le Français Olivier Le Cour Grandmaison, qui leur confirmera que de 1837 à 1847, presque un million d’Algériens ont été tués sur une population de 3 millions d’habitants. Pratiquement un tiers de la population algérienne. N’est-ce pas un Holocauste ? Ainsi, ils comprendront, s’ils ont un minimum de respect pour l’être humain, qu’un des proches de Robert Lacoste reconnaissait, en aparté, ces exactions en disant : «Il était à prévoir que des abus se commettraient, sans bien sûr pouvoir en évaluer l’importance…» Et de cette «importance», les chiffres ont été très convaincants… hélas !
Oui, le FLN aurait dû entreprendre beaucoup de choses, entre autres, rappeler à ceux qui désignent nos moudjahidate du vocable de terroristes, ce carnage, pis encore, ce génocide des 4 et 5 mai 1959, lorsque leur armée de mercenaires a abattu, froidement, à la grenade, dans la grotte du Kouif, 112 Algériens, en majorité des femmes et des enfants.
Comme il aurait dû leur rappeler cette opération du 19 août de l’année 1956 quand, après un attentat commis par un de nos vaillants «fidayine» à Annaba, l’armée coloniale a semé la terreur.
En effet, elle a commis l’irréparable ! Concernant ce massacre, écoutons l’historienne française Georgette Elgey, qui en parle avec écœurement et répugnance : «La population musulmane terrorisée subissait l’assaut d’une foule de militaires, pour la plupart permissionnaires, armés seulement de poignards, de gourdins, de morceaux de chaises ou d’objets divers saisis à la terrasse des cafés maures. Cela dura au moins 90 minutes… Le bilan final fut de 21 morts et 17 blessés graves… La plupart des morts étaient, comme les blessés, de pauvres gens dont le seul tort, si c’en est un, fut de se trouver sur les chemins des hordes déchaînées et de ne pas avoir su fuir assez vite…
Il est difficile d’imaginer que des soldats français puissent commettre des atrocités. C’est pourtant le cas ici.»
Pour tous ces carnages qui ont marqué nos difficiles relations avec le système colonial durant la lutte de Libération nationale, le FLN ne peut être complaisant aujourd’hui, en essayant d’occulter ou de taire le passé, sous prétexte que nous avons tourné la page et que nous espérons avoir plus de relations avec ce pays qui, forcément, est incontournable sur le plan bilatéral. Car ces rapports que nous souhaitons meilleurs, au présent comme dans le futur, parce que nous sommes un pays civilisé et qui veut avancer, ne doivent pas nous rendre amnésiques au point de ne plus nous permettre de clamer nos positions de principe et nous exprimer franchement, et hautement, sur notre glorieuse Révolution, ou encore mieux, de ne plus l’enseigner à notre jeunesse.
Ainsi, écrire cette magnifique expression, «le FLN aurait dû», et constater qu’il ne peut faire, au présent, le minimum de ce qu’il aurait dû faire pour honorer sa place dans la société et garder ce respect qu’il a acquis durant les années de braise, nous semble comme une réponse logique à une déperdition consommée au sein d’un parti qui ne peut plus se corriger et se mettre à niveau avec les exigences de l’heure, à cause des «sbires» qui le dirigent. Nous en parlons, bien sûr, sur un ton viscéral, émotif, presque nostalgique, pour que cette boule d’angoisse qui nous habite explose au nez de ceux qui aiment la vérité. Sommes-nous donc allés loin ?
Pas si sûr, même si l’occasion nous est donnée d’établir un constat, amer à plus d’un titre, au vu de résultats très maigres, ou inexistants, de celui qui a mené la Révolution de Novembre au recouvrement de notre souveraineté nationale, et qui a assuré la continuité de cette même révolution jusqu’à l’explosion du 5 octobre 1988.
Alors, après cette date malheureusement, et surtout après ce fameux complot qui partait de Djelfa et qui a été machiavéliquement orchestré contre lui, par ses propres responsables, le FLN commençait sa descente aux enfers.
Il a atteint sa vitesse de croisière après ses 8e et 9e congrès, tous deux organisés par des indus occupants ou, pour être plus souple dans notre propos, par des «responsables autoproclamés», qui ne possédaient ni l’esprit ni la sagesse des anciens militants qui ont fait, iniquement, l’objet de «cartons rouges».
Ce que nous venons d’écrire est le résultat d’un constat bien présent, et qui talonne
ses auteurs.
En effet, c’est à partir de là que le parti du FLN a fait son entame dans une atmosphère embrasée où planaient l’intrigue et la conspiration. «Videurs et barbus s'affrontent au comité central du FLN.» «Les gros bras du FLN étaient plus nombreux que les militants à la session du CC.»
«La session du Comité central du FLN a fini dans la confusion et le clash entre les partisans de… et le revenant…» N’est-ce pas éloquent, toute cette littérature qui venait souiller la mémoire de nos martyrs et enterrer ce FLN des «Six» qui ont décidé sa création le 23 octobre 1954, au domicile de Mourad Boukechoura, à la Pointe-Pescade, aujourd’hui Raïs-Hamidou ?
Alors pour cesser toute spéculation, il vaut mieux qu’on se dise ce qui doit être dit calmement, sereinement.
Il faut dire, après une sérieuse évaluation, que ses responsables aux comportements inconcevables et, pour le moins, répréhensibles ont fait que notre FLN, ce présent-absent dans la scène politique du pays, est loin de représenter un parti prestigieux et un peuple comme le nôtre, aux ambitions constamment renouvelées.
À partir de ce constat accablant, pourquoi attendons-nous qu’il fasse cette prouesse des Ben M’hidi, Boudiaf, Bitat, Ben Boulaïd, Krim et Didouche qui, avec leur détermination et leur courage, seulement, ont créé avec la révolution algérienne cette fabuleuse légende des peuples libres à travers le monde ?
D’ailleurs, uniquement à titre de comparaison avec les comparses du FLN actuel, que pouvons-nous dire de ces fondateurs du FLN, les «Six du CRUA» ?
Eh bien, en nous aventurant dans leur intimité, nous savons que leur repas était frugal, au moment où leur apport à la révolution était considérable...
Ah! ces patriotes qui n’avaient jamais à l’esprit cet espoir qu’un jour, une fois libres, ils prendraient résidence à Neuilly. Car Ben Boulaïd, par exemple, se serait suffi de son Aurès natal et l’autre, Ben M’hidi, de sa belle région des Zmouls...
Alors, nos responsables d’aujourd’hui, qui sont à la tête de ce qui reste du FLN, se querellent comme des chiffonniers et font tout pour l’entraîner dans le tourbillon des conflits et des horizons sombres et incertains.
Cette gestion, fort nuisible, ne fait que retarder notre pays qui doit être sur les rails pour avancer à la vitesse convenable avec des cadres honnêtes qui refuseront le népotisme, les passe-droits, les alliances contre-nature, et qui auront comme credo le travail, le rendement et l’amour de la patrie.
Dans ces conditions – et d’ailleurs leur absence le prouve sur le terrain de la réalité – ces responsables du FLN sont loin, très loin même de prendre leur courage à deux mains et s’élever, comme il se doit, selon la mission de leur parti, contre des déclarations malhonnêtes et insultantes qui, «par une assimilation politiquement très grave», venant de nostalgiques français, mettent le doute sur la légitimité de la lutte du peuple algérien.
Ils ne lèveront pas le petit doigt parce qu’ils sont «véritablement out» et qu’ils n’ont jamais eu – en mettant le FLN dans une position de sépulture silencieuse – cette consistance politique qui leur permet d’appréhender, ou simplement de saisir le sens de l’adage qui dit que pour autres temps, il y a autres mœurs…
Ainsi, nous pouvons affirmer qu’ils ne sont pas de ce temps qui nous exige d’aller de l’avant pour retrouver le XXIe siècle. Ils n’ont vraiment pas le souffle, car le leur leur permet à peine de s’enfoncer dans la turbulence des réunions récurrentes de ce qu’ils appellent abusivement la «Direction politique», des réunions qui se tiennent dans un climat maussade, en pleine désuétude, et qu’ils nous présentent comme étant la panacée pour guérir nos sévères pathologies.
De grâce, Messieurs les sages... dormants, ne venez pas avec vos gros sabots nous vilipender et nous accuser de faire dans la déstabilisation ou, à tout le moins, dans la critique acerbe et inconsciente, car nous avons assez d’honnêteté, d’amour et de respect pour notre pays et notre FLN — le vrai, l’authentique, celui qui a libéré le pays des affres du colonialisme — pour ne pas verser dans l’irresponsabilité aventureuse.
Nous ne redoublons pas d’attaques contre le FLN qui demeure pour nous le symbole de la lutte de tout un peuple et de son engagement indéfectible.
Nous voulons simplement vous faire part de notre consternation et de notre indignation, concernant votre silence devant les dernières accusations graves du 19 septembre, qui attaquent de front l’essence même de notre glorieuse révolution, menée sous la bannière du FLN..., ce FLN que vous ne savez pas défendre, par ce que vous privilégiez les frasques et certaines «folies» et n’avez ni la force, ni l’engagement, ni l’initiative de ces valeureux militants d’hier pour aller dans le concret.
Oui, votre silence est bavard ! Il nous laisse entendre que c’en est fini avec ce parti que vous utilisez uniquement pour atteindre vos objectifs... personnels, bien sûr, et réaliser vos rêves.
Enfin, continuez dans votre surdi-mutité quand il s’agit de prendre position pour des questions de principe mais restez vigilants, agissant avec force en exhibant vos muscles et en utilisant des bodyguards, quand il s’agit de vous battre pour des situations de rente ou pour des postes de responsabilité.
Ainsi, nous n’aurons aucun remords à réaffirmer notre souhait de voir notre FLN se refonder pour son salut, sinon d’accepter la sentence du destin, celle de s’acheminer honorablement vers le musée, en tant que patrimoine historique que l’on doit restituer à la mémoire collective du peuple algérien.
Avec ce souhait qui, nous l’espérons vivement, recueillera l’assentiment de tous les patriotes et les militants sincères du FLN, que nous n’assisterons plus demain à d’autres provocations du genre de cette dernière, celle de Guillaume-Denoix de Saint-Marc. Parce que, demain, nous serons entre les mains de militants dignes de ce nom, de militants qui auront la faculté de mettre à nu la haine et le racisme qui se conjuguent au temps et au mode de la xénophobie et de la discrimination du colonialisme français. Parce que, demain, ces militants forts de caractère, qui véhiculeront les principes du FLN, en tant que mémoire collective de notre peuple, riposteront violemment à ces deux fléaux qui se perpétuent, jusqu’à maintenant, au rythme des fantasmes occidentaux que façonnent des médias, avec une certaine hystérie, dans une démarche quasi manichéenne, à travers le prisme déformant du terrorisme.
Enfin, ces militants d’une autre trempe qui n’agiraient certainement pas comme les indifférents de maintenant, sauront défendre des moudjahidate comme la sœur Zohra Drif-Bitat et des centaines, voire des milliers d’autres qui, à la fleur de l’âge, et ne pouvant endurer l’horreur de l’humiliation, du meurtre et de l’arbitraire, sont allées dans des actions déterminantes pour nous permettre de vivre dans la liberté. Elles sont allées vers des actions armées en ville, à travers des attentats, en utilisant des bombes... Elles sont allées vers le sacrifice qui traduisait, dans un langage franc, le refus des Algériens de vivre sous le joug colonialiste. Voilà, Messieurs du FLN d’aujourd’hui, ce que nous avions à dire de votre silence. Alors, comprenez une fois pour toutes que le grief est beaucoup plus contre vous qu’il ne l’est contre le Français, président de son association, qui est dans son rôle, et qu’il doit le jouer entièrement, comme nous l’avons déjà souligné.
Demandez pardon à Dieu et laissez-nous, en guise de conclusion, vous adresser ce vers d’un poète arabe qui vous sied très bien : «L’injustice des proches est plus douloureuse que le coup du sabre le plus affûté.»
A bon entendeur, salut !
K. B.

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