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Kamel Amarni - Alger (Le Soir) -

La décision présidentielle est tombée, telle la foudre, sur un Ammar Saâdani qui, il y a seulement quelques jours pourtant, était encore au summum de sa puissance, avec un retour en fanfare sur la scène politico-médiatique, multipliant les déclarations intempestives et convoquant, tranquillement, la session ordinaire du comité central, dans la perspective de conduire la campagne électorale du FLN lors des prochaines élections législatives et locales. 
Le 5 octobre dernier, en effet, et en plus de ses graves déclarations contre le général Toufik et Abdelaziz Belkhadem, il affirmait, sûr de lui, que le parti va tout rafler lors des prochaines élections. Mais les choses se sont accélérées du côté de Sidi Fredj, lieu de résidence de Abdelaziz Bouteflika, durant ce week-end : plus question de maintenir l’encombrant Saâdani, finira par décider Bouteflika, et le reste ne sera qu’une simple formalité. L’homme est limogé, c’est le mot, et à peine si on lui concède une sortie honorable. L’on aura ainsi droit à une grosse mise en scène qui aura pour théâtre l’hôtel El-Aurassi où sera exécuté, avec une remarquable minutie, le scénario commandité à partir de Sidi Fredj. 
Comme prévu, Ammar Saâdani ouvre officiellement les travaux de cette session ordinaire du comité central, et, comme si de rien n’était, il fera constater que le quorum est atteint, avec 495 présences physiques, cinq procurations et autant d’absences. Comme convenu aussi, il désignera la composante du bureau de la session, lira l’ordre du jour qui sera d’ailleurs épuisé jusqu’au dernier point. Entre autres points, son propre discours, portant sur son bilan d’activité annuel et, déjà, des signes qui ne trompaient pas ! C’est un Saâdani groggy, visiblement abattu, qui s’adonnera à une véritable corvée, celle de lire un texte sans conviction avec un ton monotone et sans âme. En face, une assistance peu enthousiaste, plus préoccupée par la confirmation de «la rumeur» qui avait précédé Saâdani à El-Aurassi que par tout autre chose. S’ensuivront les trois autres rapports prévus de longue date, puis l’installation de la commission de la résolution politique. Bien sûr, tout le reste, c'est-à-dire l’essentiel, sera laissé pour l’après-midi. 
Comme prévu, Saâdani prend la parole en fin de journée, devant tous les membres du comité central pour formaliser et officialiser la décision présidentielle, dans les formes convenues. «Je voudrais vous dire quelque chose à la fin de nos travaux. Je voudrais vous poser une seule question en tant que membres du comité central que vous êtes. Qui, parmi vous, voudrait retirer sa confiance à ma personne en tant que secrétaire général du parti ?» Une forte acclamation de la salle lui signifie un réconfortant soutien. Il enchaîne alors : «Je tiens à ce que la presse prenne note que personne ne m’a retiré la confiance au sein du comité central. Mais je tiens aussi à vous dire que, en politique, il y a deux voies que l’on peut emprunter : celle de la sincérité, du courage et de la vérité ou celle de la lâcheté et de l’indignité. Dans les situations difficiles, il faut choisir et opter pour la voie de la sincérité. Moi, je vais être sincère avec vous. Je me suis absenté pendant 3 ou 4 mois, comme vous le savez. Aujourd’hui, il est de mon devoir de vous dire la vérité. Je me suis absenté pour raison de santé.»

«Je pars même si vous refusez ma démission» 


«Je vous annonce officiellement ma démission de mon poste de secrétaire général du parti», finira par lâcher Saâdani. Des membres du CC, surpris, se lèvent pour l’acclamer et l’exhorter de revenir sur sa décision. «Non ! Même si vous insistez pour que je reste, moi j’insiste pour partir. Je vous demande d’accepter ma démission dans l’intérêt du parti et, surtout, dans l’intérêt du pays. Notre parti n’a pas besoin de vivre d’autres fractures en ces moments difficiles. Je vous demande juste trois choses : prenez soin de l’Algérie, puis de l’Algérie, puis de l’Algérie. Et trois choses encore : prenez soin de Bouteflika, puis Bouteflika et encore Bouteflika.» 
Visiblement ému, Saâdani puisera quand même dans ses ultimes forces pour passer aux choses sérieuses : annoncer lui-même son successeur. Il dira : «Je vous propose mon frère et ami, le moudjahid Djamel Ould Abbès pour me remplacer et je vous demande de l’accepter comme secrétaire général.» Ce que la salle approuvera à l’unanimité, par acclamation. Ce qui, de fait, équivaut à l’élection de Djamel Ould Abbès comme secrétaire général du FLN. Un secrétaire général «plein» et non pas intérimaire puisque la session du comité central était toujours ouverte. 
L’ancien ministre de la Santé et de la Solidarité nationale, l’un des plus proches et des plus fidèles à Abdelaziz Bouteflika, prend, dès lors, la tête du plus grand parti du pays pour un mandat qui court, officiellement, jusqu’à juin 2020. Membre du premier cercle présidentiel, il aura ainsi la lourde tâche de conduire la campagne du FLN lors des prochaines élections législatives et locales en même temps que de maintenir le parti sous contrôle strict de la présidence. Il annonce, d’ailleurs, la couleur d’emblée. Après quelques mots de courtoisie pour son désormais prédécesseur, le nouveau secrétaire général annonce : «Ce qui nous réunit, aujourd’hui, ce sont l’Algérie, le Président Abdelaziz Bouteflika et notre grand parti, le FLN. N’oublions pas que le FLN a toujours été le premier à annoncer son soutien à la candidature de Abdelaziz Bouteflika et ce, depuis le 19 décembre 1998. Nous l’avons soutenu et fait campagne pour lui en 1999, en 2004, en 2009, en 2014 et nous le ferons en 2019 ! Ne perdons pas de vue, mes chers sœurs et frères, cette échéance, car celle de 2017 n’est qu’une étape pour 2019 et nous le disons avec force que, pour 2019, ce poste (de candidature, Ndlr) n’est pas vacant. Il a son titulaire et il s’appelle Abdelaziz Bouteflika.» C’est dire que l’actuel patron du palais d’El-Mouradia a désormais accentué son contrôle absolu sur le plus grand parti du pays, qu’il préside et qu’il confie, depuis ce samedi 22 octobre, à un fidèle et l’un des plus proches depuis la Révolution. 
Le nouveau SG offre aussi le profil idéal pour la mission : étant l’un des doyens du parti, il pourrait aisément jeter des ponts pour d’éventuels contacts avec les «redresseurs», notamment ceux qui contestaient fortement Ammar Saâdani…
K. A.

Tag(s) : #Vie politique

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