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Sports : Pour une réorientation du sport

Le Soir d'Algérie

Rachid Hanifi, professeur de médecine du sport, ex-président du COA


Le sport national connaît une crise durable, après avoir apporté de grandes satisfactions dans les années 1970-1980, suite aux réformes entreprises par l’Etat. Une véritable politique de sport avait été définie, faisant de ce dernier le seul centre de décision, chargé du choix des staffs techniques nationaux, des programmes de préparation et des moyens nécessaires pour leur exécution. Les fédérations sportives nationales, dirigées par des personnes choisies généralement parmi les cadres de la tutelle, ne pouvaient travailler qu’en complémentarité avec le MJS.


Il n’y avait donc aucun risque de conflit de prérogatives et les responsabilités étaient bien identifiées. La réforme engagée par les pouvoirs publics, dans les années 1970, sous la conduite de Djamel Houhou, ministre de la Jeunesse et des Sports, avait permis de sécuriser les athlètes, au plan socio-professionnel, et de consacrer un volume horaire nécessaire pour les entraînements. C’était une forme de professionnalisme, encadré par les entreprises publiques. Cette politique a valu à notre pays de grandes satisfactions, à travers les performances de nos athlètes, notamment dans les disciplines de football, handball, athlétisme, boxe, judo et cyclisme.
L’abandon progressif de l’approche sociale de notre économie d’une part, la notion d’autonomie des associations sportives nationales imposée par les instances internationales, d’autre part, ont provoqué une relative anarchie dans la gestion de notre sport, le système de prise en charge n’ayant pas pu s’adapter à ces nouvelles situations.
Le mode électoral, exigé pour l’accès à la tête des fédérations sportives nationales, sans avoir préalablement défini des critères rigoureux pour les candidatures, a ouvert la porte à des opportunistes qui se sont servis du sport plus qu’ils ne l’ont servi.
Les relations entre les institutions concernées par la prise en charge des athlètes (MJS-COA-Fédérations) deviennent de plus en plus difficiles, voire conflictuelles, chacune revendiquant le droit d’exercer ses prérogatives dans le cadre de l’autonomie imposée pour les unes (Comité olympique et Fédérations) et de la tutelle hiérarchique exigée par d’autres (ministère de la Jeunesse et des Sports).
L’absence de concertation pour s’adapter au mode de gestion dicté par les instances sportives internationales, tout en respectant le droit légitime des pouvoirs publics de participer aux décisions relatives à la prise en charge des sportifs, n’a malheureusement pas permis de réunir des conditions sereines de préparation de nos représentants pour les compétitions internationales.
C’est ainsi que les résultats sportifs n’ont cessé de régresser et la responsabilité rejetée par les uns sur les autres.
Que faire dans ce cas ? Faut-il revenir à la centralisation du pouvoir de décision, au risque de subir des sanctions de la part des tutelles sportives internationales ? Peut-on continuer à évoluer dans cette atmosphère de non-complémentarité polluante ?


Option de rattachement du sport à l’éducation


Le nouveau mode de fonctionnement imposé par les instances sportives mondiales, exigeant l’autonomie de gestion technique et administrative à leurs démembrements nationaux, devrait faire réfléchir à une réorganisation de notre politique sportive. En effet, la tutelle ministérielle ne semble plus avoir sa raison d’être et la pression exercée sur le COA et les fédérations sportives par le biais des subventions financières n’est ni morale ni efficace. Une hiérarchie basée uniquement sur l’octroi ou non de l’argent nécessaire à la préparation devient une tutelle affaiblie et ouvre la porte à des candidatures soumises pour les associations sportives, avec des pedigrees peu crédibles. Il serait peut-être utile de réfléchir à une éventuelle réorientation de la politique nationale du sport, d’autant plus que le secteur de la jeunesse vient de bénéficier d’une nouvelle institution, le Conseil national de la jeunesse. Les exigences de la performance sportive ont poussé les techniciens à une prise en charge très précoce des pratiquants pour la détection des talents, selon leurs caractéristiques morpho-fonctionnelles et leurs qualités techniques et pour leur orientation vers la discipline appropriée.
Cette nécessité de recourir à des jeunes enfants pour préparer l’athlète de demain impose un calendrier adapté, tenant compte du volume horaire d’entraînement et de celui consacré aux études.
Malheureusement, les ministères concernés (Education, Jeunesse et Sports) ne se sont pas concertés sérieusement pour concilier à la fois les études et la pratique sportive de préparation à la performance. Même l’éducation physique et sportive, matière pourtant obligatoire pour les solarisés, a été marginalisée, privant les enfants d’un moyen utile pour leur croissance physique et leur épanouissement intellectuel. Notre pays a pourtant connu une période où le sport scolaire et universitaire était développé, produisant des athlètes de qualité qui avaient contribué à valoriser le championnat spécifique, tout en intégrant les clubs des divisions nationales.
Ces dernières décennies ont été caractérisées par un abandon quasi total du sport scolaire, empêchant notre pays de s’adapter aux exigences de préparation précoce de l’athlète de performance.
En outre, nos clubs n’investissent plus dans la formation, préférant la solution du résultat immédiat, occasionnant des dépenses irréfléchies pour «l’importation» de joueurs et techniciens étrangers (exemple du football). Une politique sportive rationnelle est celle qui respecte le schéma de pyramide, à travers laquelle la base (clubs nationaux) constitue le socle sur lequel doit reposer le sommet (équipes nationales). L’exemple de notre sélection nationale de football est en parfaite conformité avec notre politique économique, laquelle s’appuie sur les recettes pétrolières pour tout importer, exposant l’avenir à des risques de se retrouver face à une situation de crise avec l’impossibilité de continuer à importer, faute de ressources financières et absence de production nationale de substitution. Il me semble aujourd’hui, compte tenu des situations nouvelles précédemment évoquées, nécessaire de réfléchir à une réorientation de notre politique sportive, en direction de l’école, pour une prise en charge efficace de la préparation du futur athlète de performance.
Des sections spéciales pourraient ainsi être créées au niveau des établissements pour les enfants sélectionnés en fonction de leurs prédispositions morpho-fonctionnelles et techniques.
L’établissement concerné pourrait adapter le programme d’enseignement avec celui de l’entraînement spécifique des jeunes retenus pour une carrière sportive de compétition. Cette jonction de l’enseignement et de la pratique sportive ne me paraît possible et efficace qu’avec leur fusion, à travers une tutelle ministérielle chargée des deux volets.
Un ministère de l’Education et du Sport ouvrirait la possibilité d’une relance du sport scolaire à double objectif :
- Objectif d’éducation, avec la redynamisation de l’éducation physique et sportive. Des programmes pourraient être adaptés, en fonction des moyens infrastructurels et matériels disponibles au niveau de l’école ou des structures avoisinantes.
Cette activité devra être assurée par des enseignants spécialement formés, au niveau des instituts appropriés (IEPS).
- Objectif de préparation à la compétition et à la performance sportive.
Cette activité sera réservée aux classes d’études spéciales, avec le concours de techniciens formés au niveau des établissements spécialisés tels que l’ENSTS (ex-ISTS) et les ITS, actuellement sous tutelle du MJS.
Le contrôle des associations sportives nationales, particulièrement les fédérations, du fait du principe d’autonomie imposée par les tutelles internationales, pourrait s’exercer à travers une redéfinition rigoureuse des critères d’éligibilité aux postes de responsabilité, complétée par une véritable enquête d’habilitation, afin de barrer la route aux opportunistes qui se servent du sport et ne le servent aucunement.
L’impact social du sport exige de faire de l’athlète et de ses dirigeants techniques et administratifs des modèles référents pour notre jeunesse.
Le couplage éducation et sport me semble le moyen approprié pour la préparation d’un athlète à la fois performant et respectant les valeurs éthiques et morales de la discipline.
R. H

Tag(s) : #Vie Sportive

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