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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

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Bilan-analyse d’une olympiade

Bilan-analyse d’une olympiade

Par Pr Rachid Hanifi, ex-président du COA


Les Jeux olympiques de RIO 2016 viennent de s’achever avec comme résultats deux médailles d’argent remportées par notre athlète Taoufik Makhloufi, détenteur de la médaille d’or sur 1 500 m aux précédents Jeux de Londres 2012.

Je saisis cette opportunité pour réitérer à notre champion mes chaleureuses félicitations pour sa brillante performance à Rio, après la consécration majeure de Londres, à laquelle j’ai eu l’immense honneur d’assister, en qualité de président du COA.
Les résultats quelque peu mitigés, par rapport aux espérances et pronostics préétablis d’une part, et la colère exprimée par nos athlètes d’autre part, devraient inciter à une analyse et une évaluation objectives des échecs répétés, sans passion négative, ni esprit de polémique. Tenter de justifier un mauvais résultat au lieu d’en analyser les causes, ou de condamner l’expression d’une colère au lieu d’essayer de la comprendre ne servirait aucunement notre sport.
La situation que vit ce dernier depuis plusieurs années appelle à réunir toutes nos compétences, pour une évaluation objective de toutes les raisons possibles de ces échecs répétés. Une commission neutre, composée d’experts techniques, administratifs, de représentants des athlètes, ainsi que de la presse sportive, devrait être rapidement mise en place, afin d’établir un diagnostic sérieux et élaborer des propositions pour une meilleure prise en charge de nos athlètes, en vue des manifestations sportives futures.
Ces analyse et évaluation auraient dû revenir à l’Observatoire national des sports, dont les activités sont malheureusement gelées, depuis plusieurs années, en raison du manque d’intérêt accordé par la tutelle ministérielle. Une approche évaluative sérieuse doit se faire sur la base de critères objectifs, dont les principaux sont l’analyse comparative des résultats acquis, par rapport aux éditions précédentes d’une part, et celle de ces mêmes résultats par rapport aux pronostics avancés, d’autre part. Dans ce cadre, on ne peut pas conclure à une évolution positive de la performance de nos athlètes, même si les deux médailles d’argent obtenues par Taoufik Makhloufi constituent une prestation honorable, relevant plus d’efforts personnels, en raison des perturbations et retard mentionnés dans sa préparation. L’étude des résultats, sur la base des critères définis permet de noter :
- une régression au plan des distinctions classantes, passant d’une médaille d’or en 2012 à deux médailles d’argent en 2016, toutes remportées par le même athlète (T. Makhloufi) ;
- une différence de 50% entre le pronostic établi (4 ou 5 médailles) et la performance réalisée (2 médailles) qui montre que l’on est relativement loin de l’objectif fixé par les techniciens.
Il faut rappeler tout de même que la responsabilité de la préparation matérielle et technique incombe essentiellement aux fédérations sportives concernées.
Ces constats confirment une contre-performance de notre sport depuis l’édition de Sydney 2000 qui avait offert à l’Algérie 5 médailles, et doit nous interpeller sur ces échecs répétés, dont j’assume personnellement une part de responsabilité durant mon mandat 2009-2013, même si l’exploit de notre athlète Taoufik Makhloufi nous a permis d’avoir une médaille d’or, en dépit des entraves subies et de la sanction financière infligée au COA (absence totale de subvention).
L’autosatisfaction, la tentative de justification des échecs répétés ou la diversion par une focalisation sur de faux problèmes ne permettront pas de trouver des solutions pour améliorer la performance de nos représentants aux compétitions internationales futures.
Malheureusement, les conflits personnels influent souvent sur les réactions a posteriori de certains acteurs du mouvement sportif national qui tentent d’imputer l’échec à des comportements de dirigeants, relevant plus de l’éthique et ne pouvant pas avoir de lien avec les conditions de préparation des athlètes.
Notre sport est plus victime d’absence de critères d’éligibilité responsable à la tête des associations sportives nationales, d’une part, et de complémentarité entre institutions concernées, d’autre part.
L’expérience que j’ai personnellement vécue à la tête du Comité olympique algérien, lors du mandat 2009-2013, m’a permis de relever une durable incompréhension de cette nécessité de complémentarité entre le ministère de la Jeunesse et des Sports, l’instance olympique et les Fédérations sportives nationales, incompréhension née essentiellement de la notion d’autonomie imposée par les instances internationales. En effet, cette nouvelle règle de fonctionnement exigée aux associations nationales a été à l’origine de tensions répétées, notamment entre le MJS et le COA. Ce dernier est pris en otage entre une composante (présidents de fédération) souvent maîtrisée par les représentants des pouvoirs publics, du fait du chantage des subventions, et la menace de la tutelle internationale (CIO) en cas de non-respect du principe d’autonomie.


Les réflexes d’autorité étatique, renforcés par le pouvoir de détention de l’argent d’une part, la crainte d’endosser une éventuelle sanction pour non-respect des règles de gestion universelles par l’association olympique nationale d’autre part, ont entretenu des relations conflictuelles qui ont pollué l’environnement sportif et gêné la préparation sereine des athlètes, laquelle nécessitait une mobilisation de l’ensemble des acteurs responsables, dans le cadre d’une complémentarité intelligente. Les critères d’éligibilité à la tête des instances sportives nationales, particulièrement les fédérations spécialisées, ne sont pas très fiables, ouvrant la porte malheureusement à beaucoup d’opportunistes, dont la seule préoccupation est de servir leurs propres ambitions, aggravées parfois d’intérêts matériels. C’est ainsi qu’ils deviennent manipulables par ceux qui souhaitent entretenir des relations conflictuelles entre le MJS et le COA, empêchant toute possibilité de réunir des conditions sereines pour la préparation de nos athlètes.
Les responsables étatiques du secteur, forts de la maîtrise des subventions financières, sont parfois tentés par des ingérences qui vont jusqu’à la désignation des agents devant exercer dans les associations sportives nationales, suscitant ainsi des réactions menaçantes des tutelles internationales. De leur côté, certains dirigeants, forts du soutien international, poussent leur interprétation de l’autonomie jusqu’à interdire toute implication ministérielle, y compris dans les décisions qui touchent à la souveraineté du pays. Malheureusement, tant que cette situation perdure, les conditions de prise en charge sereine, sérieuse et efficace ne seront pas réunies, pour espérer de meilleurs résultats lors des compétitions internationales auxquelles nos athlètes prendront part. Une sérieuse réflexion doit être rapidement engagée, pour permettre une complémentarité indispensable entre les institutions concernées.
Les instances sportives nationales sont tenues de respecter les règles de fonctionnement universelles, mais doivent en même temps comprendre, que l’athlète représente le pays et non sa fédération ou son comité olympique national et que, de ce fait, un droit de regard des pouvoirs publics est légitime. Ces derniers doivent, de leur côté, admettre que leur implication doit concerner les conditions de préparation des athlètes (choix des staffs techniques et utilisation des subventions essentiellement) et non la désignation de collaborateurs, tels qu’une secrétaire ou un agent administratif. La relation entre les institutions concernées doit être suffisamment intelligente, pour ne pas susciter de réaction des tutelles internationales, mais également respecter le droit des représentants du gouvernement de s’immiscer dans ce qui touche aux conditions générales de préparation des athlètes, car ces derniers, faut-il le rappeler encore une fois, représentent le pays et non l’association dont ils dépendent techniquement.
De ce fait et afin d’éviter que le scénario malheureux de discorde ne se répète, polluant l’environnement de préparation des sportifs, une réflexion doit être engagée rapidement pour :
- redéfinir les critères d’éligibilité aux responsabilités au niveau des associations sportives nationales. Une véritable enquête d’habilitation devrait être diligentée, à l’instar de ce qui se fait pour les fonctions supérieures, car l’impact sur la jeunesse est assez sérieux pour confier les fédérations sportives à des dirigeants à la moralité douteuse ;
- prévoir une charte ou convention de partenariat, définissant les modalités de complémentarité entre le MJS, le COA et les fédérations sportives nationales, avec les domaines d’intervention de chacune des institutions ;
- redynamiser l’Observatoire national des sports, afin de lui permettre d’effectuer des analyses, bilans et perspectives réguliers, selon un calendrier préétabli.
Le sens des responsabilités appelle à une démarche sereine, sans passion ni esprit de revanche entre acteurs du mouvement sportif national. Ce n’est pas en se focalisant sur quelques problèmes d’ordre logistique, tels que l’utilisation de moyens de transport au profit de dirigeants ou de leurs familles, que l’on résoudra la crise que vit notre sport. Ce problème relève plus du domaine éthique et moral qui engage la conscience de chacun.
La préparation des athlètes appelle à réunir les conditions optimales aux plans matériel, technique et psychologique, dans un cadre de complémentarité intelligente et rationnelle entre les acteurs concernés. Le rejet de responsabilité a posteriori ne sert plus à rien et ne contribue pas à solutionner les problèmes.
R. H.

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