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Ossama Hamdane. Membre du bureau politique du Hamas palestinien «Nous sommes reconnaissants aux autorités algériennes pour leur soutien»

le 31.08.16 | 10h00 Réagissez

En visite en Algérie sur invitation du MSP, une délégation du Hamas palestinien a animé une série de meetings et de conférences dans plusieurs villes du pays. C’est l’occasion de rencontrer à Alger Ossama Hamdane, membre du bureau politique du mouvement et responsable des relations internationales du Hamas, pour évoquer l’actualité palestinienne, la situation catastrophique dans la bande de Ghaza, les relations entre Alger et le mouvement de résistance islamique ainsi que les défis qui attendent la scène politique palestinienne à l’approche des élections municipales ,en octobre prochain.

- Vous êtes invités, avec votre délégation, par le MSP algérien pour une série de conférences et de rencontres. Est-ce votre première visite en Algérie ?

Ce n’est pas la première fois que nous visitions l’Algérie, nous avons déjà été invités par d’autres partis, comme lors du congrès du FLN. L’Algérie a une place spéciale chez les Palestiniens, la lutte de l’Algérie contre l’occupation et la répression est source d’inspiration pour les Palestiniens. Et l’Algérie a toujours soutenu la Révolution palestinienne depuis 1965. Comme peuple et comme mouvement de résistance aussi, nous tenons à avoir les meilleures relations avec l’Algérie, son Etat, ses différentes forces politiques et élites sociales.

- Quelle est la teneur des relations entre le Hamas et les officiels algériens ?

Les relations et les contacts n’ont jamais été interrompus entre les responsables algériens et les dirigeants du Hamas. Nous sommes reconnaissants aux autorités algériennes pour leur soutien, d’autant que le président Abdelaziz Bouteflika l’a personnellement exprimé lors du sommet arabe de 2007 à Riyad en évoquant les élections de 2007. Sur le plan régional, africain ou mondial, l’Algérie a constamment soutenu la question palestinienne et la résistance.

Aussi, les autorités accompagnent les efforts de la société algérienne pour briser le blocus dont souffre Ghaza. Je rappelle la participation à la flottille de la liberté avec la délégation la plus importante, soit 37 personnes. Et c’est l’Etat algérien qui a dépêché un avion spécial pour rapatrier cette délégation après l’intervention de l’occupation contre la flottille : c’était un message très clair du président Bouteflika. De tout temps, la position officielle algérienne a pris soin de soutenir notre cause.

- Justement, en parlant du soutien des pays à la cause palestinienne ou à votre mouvement, vous avez toujours été otages des logiques des intérêts des Etats arabes ou autres, exception faite de l’Algérie. Comment tenir l’équilibre entre des logiques d’Etat fluctuantes et la cause centrale d’un mouvement de résistance ? On peut évoquer ici la Syrie, la Turquie, etc.

Pour être franc, ce n’est pas du tout chose facile. Mais c’est cela, la politique. En fait, nous nous sommes imposés six règles, même si parfois nous le payons en perdant une partie du soutien que nous souhaitons. La première des règles est que nos relations avec les Etats sont bâties sur trois priorités : la cause, le peuple, la résistance. Deuxièmement, nous n’avons jamais imposé à un Etat la forme de soutien qu’on pouvait avoir, nous nous contentons d’exposer nos manques et on accepte l’aide, même si elle peut être insuffisante.

Troisièmement, nous informons les Etats qui nous aident sur tout ce qui se déroule sur la scène palestinienne afin de mieux impacter et cibler leur soutien. Quatrièmement, nous ne nous immisçons dans les conflits arabo-arabes et, cinquièmement, nous ne nous ingérons pas dans les affaires internes de ces Etats. Et puisque notre cause est consensuelle, nous nous devons de ne pas la transformer en élément de discorde : c’est notre sixième règle. Nous avons assez de souffrances face à l’occupation pour en rajouter d’autres…

- Quelle est aujourd’hui la situation au quotidien à Ghaza ?

Lors de ces dix dernières années de blocus, Ghaza a subi trois guerres : 2008, 28 jours ; 2012, 8 jours mais trois fois plus de bombardements qu’en 2008 ; 2014, 51 jours. Les mots ne peuvent décrire la résistance de notre peuple. Le point de passage de Rafah est une question douloureuse : c’est un point de passage arabo-arabe ! Un passage vers nos frères.

Les accords de la Ligue arabe disent qu’en cas d’agression contre l’un des pays membres, les points de passage deviennent les siens, avec annulation des taxes douanières, etc. Nous ne demandons même pas cela : nous demandons juste que le point de passage de Rafah reste ouvert, avec la garantie de la sécurité pour l’Egypte, bien sûr. Maintenant, si on exige de nous que ce soit la Garde présidentielle (de l’Autorité palestinienne) qui garde le point de passage côté palestinien, nous ne sommes pas contre.

Nous l’avons déjà dit depuis 2007. Nous ne tenions pas à ce que ce soit exclusivement le Hamas qui contrôle le point de passage côté palestinien. Mais ce que ne craignons plutôt est qu’il y ait un vide, un vide que comblera l’occupation, et nous aurons ainsi de nouveau la bande frontalière égypto-palestinienne occupée : cela, nous ne l’accepterons pas.

- Vous allez participer aux élections municipales palestiniennes d’octobre prochain, pas avec des listes Hamas, mais avec des candidats de la société civile. Pourquoi ce choix ?

Même si chaque action, face à l’occupation, est un acte politique, nous ne voulons pas que le discours politique domine et paralyse tous les côtés de la vie quotidienne. Nous voulons donner leur chance aux experts, aux spécialistes de jouer un rôle dans les municipalités. Il y a aussi le paramètre tribal et familial qui reste important dans les municipales et qu’on ne peut prendre en compte lors des législatives à cause du nombre réduit de sièges. C’est une manière de favoriser la démocratie au détriment du phénomène partisan qui pourrait créer la discorde. Ces élections sont une opportunité pour maintenir la cohésion du tissu social.

- Où en est le processus de réconciliation avec le Fatah ? Avec toutes ses avancées mais surtout ses reculades, vous ne pouvez pas dire que c’est toujours la faute des autres…

On peut aller dans le détail et polémiquer sur le pourcentage de responsabilité de chaque partie, mais je ne préfère pas. Je peux par contre exposer la position de Hamas à travers toutes ses institutions en commençant par Majliss echoura qui est notre parlement interne et aussi le bureau politique : nous devons travailler sérieusement pour sortir de cette situation de division. Pour une raison très précise : tu ne peux affronter l’ennemi en rangs divisés.

Certes, les programmes sont différents, mais l’unité doit être l’élément essentiel. Pour nous, faire des concessions face à nos frères est un bénéfice, parce que cela nous permet de nous unir ; par contre, céder devant l’ennemi est une terrible perte. J’espère que l’expérience des prochaines élections municipales sera un facteur encourageant pour aller vers les autres élections, présidentielle et législatives. Ce sera une sorte de test. 

Adlene Medi

Tag(s) : #Politique internationale

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