Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comme l'eau, internet est un droit pour tous les humains.
Comme l'eau, internet est un droit pour tous les humains.

Le 1er octobre, les Etats-Unis doivent abandonner la tutelle de l’Icann, un des principaux organismes de gouvernance de l’Internet. Et pour saisir tout l’enjeu de cet événement – c’est un peu compliqué mais passionnant – je vous demande toute votre attention.

L’Icann, c’est un des organismes qui gouvernent l’Internet mondial. Créé en 1998 sous impulsion américaine, il chapeaute la gestion de deux fonctions très importantes de l’Internet, les adresses IP et les noms de domaine. Les adresses IP identifient les machines qui se connectent au réseau. Et les noms de domaine (le .com, le .net, le .fr etc.), c’est ce qui dessine la carte du monde numérique. Organiser tout ça n’est pas neutre.

L’Icann fonctionne sur un mode théoriquement multipartite, c’est-à-dire qu’il comprend des représentants des gouvernements, des représentants du monde de l’entreprise et de la société civile, mais dans les faits, les Etats-Unis pèsent lourd dans la composition et les décisions du conseil d’administration qui assure la gestion effective de l’Icann, au point que lanomination, il y a quelques mois, d’un président européen a été considérée comme une étape. Par ailleurs, l’Icann est une association de droit californien qui, en dernier ressort, dépend du département du commerce des Etats-Unis.

Tutelle américaine

Cette mainmise américaine est dénoncée depuis longtemps, et pas seulement par les Russes et les Chinois. La France aussi râle de longue date. En 2013, suites aux révélations par Edward Snowden du système de surveillance mis en place par les Etats-Unis, Barack Obama a décidé de défaire l’Icann de la tutelle américaine, comme un signe adressé au monde qu’une nouvelle ère de l’Internet allait s’ouvrir.

En effet, Mathieu Weil, qui dirige l’Afnic (l’association gère les noms de domaine français), résume dans Le Monde d’aujourd’hui, ce que signifie concrètement cette tutelle :

Illustration - Patrick Barry/Flickr/CC

« Jusqu’à présent, quand nous prenions une décision concernant notre domaine .fr, nous avions besoin du tampon des Etats-Unis pour la valider. Pour nous, c’était une souffrance symbolique. »

Donc, une négociation dure depuis deux ans, qui a abouti à un accord qui vise en gros à instaurer un nouveau mode de fonctionnement au sein de l’Icann (je vous passe les détails), mais surtout à le détacher de la tutelle américaine. Un calendrier a été fixé. Tout devrait se passer demain. Voilà l’événement.

Sauf que… c’est plus compliqué que ça…

Trump versus Obama

D’abord, les Républicains américains ne l’entendent pas de cette oreille et, depuis des mois, ils tentent de retarder, voire d’empêcher ce désengagement. Donald Trump lui-même a promis qu’il l’empêcherait (ce qui n’est pas anodin, parce qu’à part ça, il se prononce assez peu sur les questions technologiques).

Ted Cruz, le candidat malheureux à la primaire républicaine, s’est trouvé là un nouveau combat, il a saisi la justice fédérale amériaine pour cession d’une propriété du gouvernement, ce qui serait selon lui inconstitutionnel. Les juges fédéraux ont jusqu’à demain pour se prononcer.

Donc, il est possible que l’accord capote.

Ça ne changerait pas grand chose

Et puis, même s’il ne capotait pas, est-ce que cela changera vraiment quelque chose à l’avenir d’Internet ? Eh bien, on ne sait pas vraiment.

Certes, l’ICANN deviendrait indépendant, mais il ne deviendrait pas une agence des Nations unies comme le désirait par exemple la France, il resterait une association de droit californien et dans son nouveau fonctionnement, la place des géants de la Silicon Valley resterait importante.

Et puis, comme le rappellent les spécialistes de l’Internet, l’un des grands sujets de l’avenir de l’Internet, c’est la surveillance des Etats. Or, on a pu constater lors des révélations d’Edward Snowden qu’aucune des méthodes employées par les Etats-Unis pour surveiller les réseaux du monde entier n’avaient à voir avec les prérogatives de l’Icann. Bref, que les Etats-Unis cèdent la tutelle de l’Icann serait avant tout symbolique.

Eh bien voilà, j’ai occupé quatre minutes de votre temps à vous parler d’un événement imbitable, qui n’aura peut-être pas lieu et qui, même s’il avait lieu, ne changerait sans doute pas grand chose. J’espère que vous êtes contents.

Partager cet article

Repost 0