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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Contribution : Le Talent Sportif en Algérie Du discours à la pratique

Contribution : Le Talent Sportif en Algérie Du discours à la pratique

Par Belkacem Lalaoui
«Tout individu qui aide sa société à s’élever au-dessus d’un état médiocre et assoupi en ouvrant le champ au talent devient suspect»
(James George Fra
zer)

A l’occasion des résultats obtenus par notre délégation aux Jeux olympiques de Rio 2016, il est bon de mettre en lumière, en toute sérénité, les faiblesses de notre mouvement sportif national, et notamment le secteur du sport de haute compétition et sa matière première, à savoir le jeune talent. En effet, dans le sport de haute compétition orientée vers le résultat, la détection précoce du jeune «talent» à haut potentiel a toujours suscité l’intérêt et la mobilisation des spécialistes de l’entraînement. Le but de cette mobilisation est de dégager l’athlète d’exception.
Les diverses recherches et analyses, qui ont tenté de cerner cette notion avec des outils conceptuels et méthodologiques différents, sont si nombreuses qu’il devient difficile d’en faire la synthèse. Malgré une somme considérable de connaissances faite de chiffres, de tracés et de tableaux statistiques, sur les processus qui le sous-tendent, le concept de «talent» reste complexe et difficile à cerner. Surchargé de sens, il est devenu pour certains chercheurs des sciences biologiques ou sociales (physiologie, morphologie, psychologie, sociologie, etc.) un inévitable sujet de controverses.
Dans l’imaginaire populaire et dans son expression quotidienne, le vocable de «talent» avec sa double signification psychologique et technique signifie un individu «doué» de spontanéité dans une activité humaine donnée.
Un être «hors normes» doté de qualités surhumaines et d’une puissance créatrice exceptionnelle : quelqu’un capable de provoquer l’exploit de la perfection, qui possède ce que Thomas d’Aquin appelait, dans son mémorable ouvrage De Magistro, les «dons potentiels» (les potentialités que l’individu recèle en lui), et ce que plus tard Pestalozzi et Fröbel désignaient dans leur enseignement comme les «forces spontanées» de l’enfant. En Allemagne, au début du XXe siècle, une pédagogie différenciée de la réussite au service des élèves les plus doués fut développée par le philosophe Max Stirner et le pédagogue Hugo Gaudig.


Ce courant pédagogique, d’origine nietzschéen, recommandait de créer des «écoles sanctuaires» dans lesquelles on dispenserait une «science joyeuse» pour les personnalités exceptionnelles : les «âmes nobles», les «prodiges», les «talents». D’une manière lapidaire, et pour revenir à des questions simples et élémentaires, on peut dire que comme la «chance» ou le «goût», le «talent» est distribué inégalement et au hasard, apparemment, sinon il ne s’appellerait pas le «talent».
En effet, qui sont ces jeunes talents sportifs, qui se caractérisent essentiellement par diverses
«aptitudes» physiques, psychomotrices, cognitives et perceptives naturelles, et dont les composantes singulières sont soumises à diverses origines ? Sont-ils faciles à repérer ? Si oui, quelles sont les techniques de mesure et d’évaluation, qui nous aident à les détecter ? Comment les accompagner dans leur processus développemental ? Ce sont, là, autant de questions fondamentales, qui continuent de tarauder la majorité des spécialistes de l’entraînement sportif.
Et bien qu’on ignore, encore, comment le talent sportif organise la forme et le rythme de sa performance, la plupart des experts de l’apprentissage moteur sportif n’ont pas manqué de déceler, en lui, un «potentiel de réussite» inépuisable ; qui a tendance à se manifester, en bas âge, sous la forme d’une activité sensori-motrice riche, précoce et spontanée. Comme si le répertoire des aptitudes du talent sportif était contenu, d’avance, dans une sorte de carton troué d’une orgue de barbarie. Des aptitudes, qui ont tendance à se transformer avec l’exercice physique en des capacités motrices spécifiques. C’est dans cette optique qu’un auteur, comme H. Piéron, considère l’aptitude comme «le substitut constitutionnel de la capacité». Seule la capacité, pour cet auteur, est une ressource spécifique, produit d’un apprentissage qui peut faire l’objet d’une évaluation.

L’aptitude, elle, élément constitutif du talent, n’est pas observable directement. Elle est considérée comme une virtualité, qui demanderait simplement à être révélée, encouragée et confortée par le milieu socioculturel où elle émerge et se développe. L’aptitude se caractérise, selon Fleishman, par un trait stable et permanent ; qui n’est pas fondamentalement modifiable par la pratique, par l’entraînabilité. Des recherches longitudinales ont montré que le «déterminisme génétique» a tendance à marquer fortement certaines «aptitudes» comme l’endurance cardiovasculaire, la vitesse, le temps de réaction, la force explosive, la souplesse, etc. Ainsi définie, l’aptitude renvoie, notamment, dans le domaine de l’activité sportive au sens généralement donné au concept d’«aptitude physique».
On ne peut, en somme, devenir «talentueux» dans une activité sportive sans avoir l’aptitude physique ou la qualité physique requise, complétée toutefois par la formation et l’expérience pratique : «pouvoir» jouer au football n’est pas «savoir» jouer au football. Plusieurs travaux font nettement ressortir, que les «aptitudes» nécessaires à la production de tel ou tel type de performance sportive, ont une origine double : c’est un composé d’inné et d’acquis, de nature et de culture.
Cette thèse rencontre, aujourd’hui, la faveur des experts du système sportif.

Le talent sportif : des «aptitudes» multiples et complexes à développer

«Si j’ai vu plus que d’autres, c’est seulement parce que j’étais sur les épaules de géants»
(Newton)

L’accès à la haute compétition sportive exige non seulement de nombreuses aptitudes physiques, psychomotrices, cognitives et perceptives, mais sollicite surtout des séances quotidiennes d’entraînement de plus en plus pointilleuses et techniques, orientées sur le perfectionnement individuel ou collectif, durant plusieurs années. Aujourd’hui, et c’est un fait bien connu, l’accès au plus haut niveau de la performance sportive se fait par étapes successives, en amont desquelles se situent l’orientation et la détection. La première étape, dite d’orientation, doit se dérouler sur une large base de jeunes pratiquants ; c’est-à-dire sur une population ayant bénéficié d’une éducation sportive multiforme. Cette étape d’orientation, ayant pour but de favoriser l’usage de tous les sports en général, doit être impérativement confiée à des enseignants d’éducation physique et sportive bien formés. De ce point de vue, nul n’est mieux placé que ces éducateurs spécialisés pour déceler les aptitudes, qui ont tendance à se manifester au cours des diverses séances d’éducation sportive. La deuxième étape, dite de détection, a pour objet d’identifier les aptitudes requises pour la réalisation d’un haut niveau de performance, dans un sport donné. Il s’agit de repérer le jeune talent à potentialités élevées afin de savoir, en fin de compte : ce qu’il vaut ! S’il est bon ! Au cours de cette étape, c’est l’entraîneur qui intervient pour détecter les aptitudes physiques (par exemple : la force, la vitesse, l’adresse, l’endurance, etc.), psychomotrices (par exemple : la réaction motrice simple, la réaction motrice complexe, la coordination, etc.), cognitives (par exemple : la pensée opératoire appelée communément la pensée tactique, etc.), perceptives (par exemple : l’orientation spatiale, la vision en profondeur dans le jeu, etc.) ; qui affectent profondément la production de la performance sportive, et qui peuvent servir de fondement à la construction d’un instrument de mesure. Bien que la performance sportive soit au carrefour d’un ensemble de facteurs extrêmement complexes à isoler et à maîtriser, le but de la détection est de faire émerger des jeunes talents présentant les aptitudes requises pour la réalisation ultérieure des performances visées.
Aujourd’hui, la précocité croissante requise dans certains sports amène à la création de structures d’accueil de plus en plus spécialisées dans la formation du talent sportif. Ce sont de véritables «niches développementales», selon un concept créé par des auteurs comme M. Super et S. Harkness ; c’est-à-dire des «institutions éducatives» (écoles, académies, centres, etc.) spécialement aménagées et protégées où l’on fait pousser une excellence sportive particulière. Des «institutions éducatives» où l’on transmet des compétences sportives spécialisées, et où l’âge le plus opportun pour débuter un programme de formation, avec les jeunes talents, semble se situer dans la tranche d’âge 9-11 ans pour les filles et 10-12 ans pour les garçons. Cependant, selon le contexte socioculturel et les caractéristiques de la discipline sportive, ces tranches d’âge peuvent fluctuer ; notamment pour la natation, la gymnastique, le patinage artistique, etc. Dans l’ensemble, il est vivement conseillé de travailler certaines aptitudes physiques, psychomotrices, cognitives et perceptives, avant l’âge pré-pubertaire et de ne pas enfermer le jeune talent tôt dans une seule pratique sportive étroite et contraignante.
Lakhdar Belloumi était un bon basketteur avant de devenir un excellent footballeur. Quant à la troisième étape, dite de sélection, c’est une prédiction à court terme où il s’agit de choisir, parmi une population de sportifs déjà confirmés, ceux qui seront les plus aptes à exceller immédiatement dans une compétition sportive donnée. Une sélection est toujours préjudiciable à certains et favorable à d’autres. En Algérie, les étapes d’orientation, de détection et de sélection, que nous venons de passer hâtivement en revue, ne sont pas respectées : ce qui explique, pour une grande part, la régression du sport de haut niveau algérien. Les fédérations et les clubs, dépourvus souvent de compétences techniques spécialisées, oublient souvent de mettre en place un système de compétitions sportives, et des opérations d’évaluation pour donner la chance au plus grand nombre de jeunes espoirs de participer à l’orientation et à la détection.
Le talent sportif continue d’être détecté dans des populations extrêmement pauvres en matière de pratique sportive. En effet, faute de ne pas avoir instauré et développé l’éducation sportive en milieu scolaire, le sport de performance algérien peine, aujourd’hui, à détecter le vrai talent.
De ce point de vue, si les sports collectifs (volley, basket, hand et foot) à technicité importante ont régressé en Algérie, c’est parce que ces sports d’affrontement exigent à la base l’utilisation la plus variée et la plus complexe de certaines «aptitudes», qui ne sont plus travaillées au cours de la petite-enfance, de l’enfance et de l’adolescence ; autrement dit à des tranches d’âges sensibles pour parler comme les éthologistes. Pour relever le sport de haut niveau algérien, il faut donc entreprendre l’action de travailler méthodiquement les «aptitudes» dès l’école, et notamment au sein des associations sportives scolaires et universitaires.
C’est là, que l’on inculque aux jeunes l’envie de pratiquer le sport de compétition et que l’on forge l’esprit authentique de la gagne : l’engagement, le goût de l’effort et la maîtrise de soi.
Produit institutionnel et socioculturel complexe, la «réussite sportive» suppose que soient identifiées les «aptitudes» multiples et complexes, qui interviennent dans la haute compétition sportive.
Car, un «système des pratiques sportives», qui ne sait pas comment détecter, éduquer et former les aptitudes physiques, psychomotrices, cognitives et perceptives, est un système qui ne peut adopter une stratégie de développement de la réussite sportive. C’est un «système des pratiques sportives», qui ne peut pas générer un sport d’élite de qualité et une représentativité internationale digne.

Le talent sportif et le contexte socioculturel

«Chaque enfant recommence le monde»
(H. D. Thoreau)

Les «aptitudes» sont profondément travaillées et façonnées par le contexte socioculturel, qui «offre» et «suggère» au jeune talent un large «champ d’actions possibles». Le contexte socioculturel est le «liquide nourricier» dans lequel les aptitudes naissent, se développent et s’épanouissent.
La production rationalisée des «aptitudes» doit être l’affaire de toutes les institutions éducatives de base de la communauté, dans lesquelles se trouve impliqué le jeune talent : la famille, l’école, l’association, etc., qui jouent un rôle important dans leur façonnage.

Dans la famille algérienne, par exemple, le mouvement corporel de l’enfant (le corps en mouvement) n’est pas stimulé et le vécu corporel n’est pas valorisé. Les représentations, les usages traditionnels et ludiques du corps sont encore gouvernés par un style éducatif autoritaire visant davantage à surveiller et punir qu’à encourager la créativité corporelle de l’enfant. Ce style éducatif autoritaire parental tend à fabriquer, chez l’enfant, une «psychomotricité engourdie». Or, pendant longtemps, et à la suite des travaux inspirés par l’école piagétienne, le développement psychomoteur de l’enfant africain a été décrit comme précoce ; c’est-à-dire en avance sur les normes euro-américaines. De nombreuses hypothèses ont été émises à ce sujet, pour expliquer cette précocité générale. Une étude sur l’enfant Baoulé (en Côte d’Ivoire), menée par Dasen, Inhelder, Lavallée et Retschitzki (1978), a démontré que l’enfant africain possède un développement psychomoteur en avance sur les normes européennes. Riche dans le domaine de la locomotion, de la préhension et de la manipulation, l’environnent de l’enfant africain contribue à donner une efficience plus grande à l’action et un progrès plus rapide dans la qualité du geste.
Dans une autre étude, l’anthropologue J. Rabain (1978), en décrivant le processus de socialisation de l’enfant africain wolof, nous montre comment au travers de la multiplicité des échanges tissés dans les scènes de la vie quotidienne et auxquels il est convié de participer activement, l’enfant wolof fait l’apprentissage d’une manière culturelle de vivre avec son corps. Cet auteur insiste sur l’action pédagogique diffuse, que l’on retrouve au sein de ce milieu culturel : celle qui s’exerce sur d’innombrables registres, contacts corporels, gestes, paroles, regards, soins, jeux, etc. Le système éducatif lignager est un exemple, dont une culture apporte son empreinte sur une forme de gestualité de l’enfant. Ces études nous démontrent l’implication active du contexte socioculturel dans le développement de la psychomotricité de l’enfant africain.
C’est pour toutes ces raisons, que la prétention à l’universalité des «modèles de formation du talent sportif» ne résiste tout simplement pas à la réalité de certains contextes socioculturels.
On ne peut, en effet, transposer le modèle et le contenu de formation de l’école de football du Barça ou celui du Bayern de Munich au contexte socioculturel algérien.

De même, que l’on ne peut reproduire mécaniquement l’école de gymnastique russe, chinoise ou américaine en Algérie. Chaque contexte socioculturel participe à l’éclosion d’un type de talent sportif équipé d’aptitudes physiques, psychomotrices, cognitives et perceptives particulières, qu’il faut prendre en charge dans des «institutions éducatives» locales, avec un encadrement compétent et des contenus de formation adaptés. Dans ce cadre, on ne peut que se demander : pourquoi «l’aptitude lancer» en athlétisme s’est considérablement appauvrie dans le sport de haut niveau algérien ? Comment peut-on expliquer le déclin de cette aptitude ? Le niveau de compétition dans cette spécialité sportive s’est considérablement amoindri. Nous n’avons plus, aujourd’hui, des lanceurs de javelot, de disque et de poids performants ; et le record du lancer de poids de Djebaïli (19,07 m), datant de 1976, n’est toujours pas battu. Comme si les exercices physiques du lancer ne font plus partie des usages sociaux du corps de l’enfant algérien. Cet exemple concernant les «lancers» en athlétisme, et bien d’autres disciplines sportives comme la gymnastique, la natation, etc., nous montre combien est forte la corrélation entre pratique sportive et contexte socioculturel.

Le talent sportif et le système éducatif

«Le passé de la culture a pour véritable fonction de préparer un avenir de culture»
(G. Bachelard)

Une culture sportive performante et dynamique s’infiltre généralement dans le corps social par l’intermédiaire de l’école. Or, l’effondrement de la pratique sportive scolaire et universitaire, en Algérie, a contribué pour une grande part à appauvrir le répertoire des aptitudes physiques de l’enfant et de l’adolescent. En effet, l’école n’assure plus l’acquisition des capacités motrices minimales pour pratiquer un sport quel qu’il soit. Elle n’est plus un réservoir d’extension de la pratique sportive. Elle ne participe plus au processus de diffusion et de démocratisation des pratiques sportives. C’est une institution éducative, qui n’assume plus sa fonction décisive d’égalité des chances dans l’accès à la pratique et à la réussite sportive.
Elle n’est plus un lieu d’expérimentation et d’innovation dans l’élaboration d’une culture corporelle sportive authentique, tant dans ses principes pédagogiques que dans la diversité des spécialités sportives pratiquées.
En définitive, le système éducatif algérien n’a pas pris en charge l’éducation corporelle sportive des jeunes pour les initier à l’effort et au dépassement de soi, qui se situent au cœur du sport moderne. C’est un système éducatif, qui n’a pas osé installer la culture sportive de la performativité au centre de la culture scolaire et universitaire algérienne. Il ne répond pas aux besoins de la jeunesse de notre temps. Sous l’emprise d’un contexte social et idéologique rétrograde, il continue de former des jeunes générations avec des corps bolides sans freins, des corps fascinés par le côté obscur de l’autodestruction et de la violence, des corps qui sécrètent une vision rigoriste du monde et du social, des corps qui se haïssent eux-mêmes pour pouvoir aimer les autres.
Et dans ce cadre bien précis, le système éducatif algérien n’a pas su favoriser l’introduction massive et systématique des jeux sportifs et des compétitions dans les programmes scolaires et universitaires pour favoriser l’éclosion des «aptitudes» du plus grand nombre, et faire pousser ainsi une véritable «perfection corporelle sportive».
Car, aujourd’hui, la promotion du véritable talent sportif demande à ce que doit être initier une éducation, qui passe par une reconsidération totale de l’enseignement et de la pratique des jeux sportifs au sein des institutions scolaires et
universitaires.
C’est pour toutes ces raisons, que la promotion du véritable talent sportif pose un certain nombre de problèmes à la fois pédagogiques et psychologiques, qui ne sont pas pris en charge à la base par l’ensemble des instances principales nationales responsables de l’éducation corporelle sportive. Phénomène social destiné à remplir une fonction au sein du système intégral de la culture sportive, le véritable talent sportif ne vaut fondamentalement que par ce qu’il représente : il doit porter en lui l’excellence corporelle sportive de la communauté à laquelle il appartient.
Le talent sportif : un précieux stimulant pour développer l’esprit de compétition et édifier une culture sportive performante

«Quand on exige la liberté, on convoite la puissance ; et quand on obtient la puissance, on désire le pouvoir ; celui qui ne peut obtenir le pouvoir exige la justice.»
(Friedrich Nietzsche)

Dans l’ensemble et en résumé la promotion du talent sportif, en Algérie, n’a pas fait l’objet, pour le moins qu’on puisse dire, d’une expertise interdisciplinaire pour décider des moyens les plus pertinents à mettre en œuvre, pour atteindre les objectifs visés. Dans l’opération de promotion du talent sportif, considérée comme un formidable investissement de la politique sportive sur la jeunesse, les instances principales nationales responsables à divers niveaux de la gestion du champ sportif (l’Etat, le MJS, les fédérations, les clubs, le COA, l’Education nationale, etc.) sont restées singulièrement absentes : elles ont marqué leur indifférence totale, voire leur incapacité à l’institutionnalisation de ce grand projet éducatif de société. Ce sont des instances principales nationales, qui n’assument plus leurs grandes fonctions essentielles, et notamment la structuration et l’édification d’une culture sportive émancipatrice. Elles ne jouent plus aucun rôle dans la diffusion d’un idéal éducatif sportif prestigieux, qui pousserait les jeunes à valoriser «l’héroïsme sportif». Elles ne sont plus garantes des valeurs essentielles du sport. C’est pour cela qu’elles peinent à mettre en place un système de formation cohérent pour jeunes talents sportifs (c’est-à-dire, une architecture de pré-filières et de filières de formation), pourvu de structures d’accueil adéquates, d’un modèle performant d’organisation et de gestion, et d’un encadrement compétent dans le domaine de l’entraînement sportif avec les jeunes talents. Un système de formation du jeune talent sportif, qui détaillerait minutieusement son parcours. Phénomène social complexe, qui dévoile des enjeux politiques, culturels et sociaux importants, la promotion du talent sportif en Algérie a mis en relief un «système des pratiques sportives» en pleine dérive, plein de tâtonnements, d’erreurs et d’horreurs.
Un «système des pratiques sportives» sous les influences néfastes de la politique, de l’argent et de la violence, et qui est constamment dans le débordement et la violence perpétuelle. Un «système des pratiques sportives» pervers, sans aucune dynamique sociale, géré par une catégorie de responsables-magiciens, qui considèrent encore que le sport se réduit à un simple échange physique et technique. Un groupe de responsables-magiciens, qui a omis de mettre en place un système des compétitions sportives à différents niveaux (local, régional, national), pour initier l’ensemble des jeunes au plaisir de la compétition organisée. Tout cela laisse croire qu’en Algérie, ce ne sont pas n’importe quels jeunes qui entrent dans le système des compétitions sportives : des facteurs sociologiques puissants semblent en limiter l’accès à des millions de jeunes espoirs.
Il est donc permis de se demander : que signifie la promotion du talent sportif dans une société, où le sport ne fait pas partie intégrante de la vie sociale et de l’éducation du citoyen, où il n’est pas convenablement installé à l’école pour éveiller les «dons» de millions de jeunes Algériens ?
Dans ces conditions, et disons-le sans hésiter, la promotion du talent sportif ne peut être qu’un instrument privilégié au service d’une propagande diffusée par les décideurs politiques, qui utilisent les vertus du sport de haute compétition pour civiliser la barbarie prolétarienne. C’est un instrument supplémentaire de pouvoir, qui a pour fonction essentielle d’assurer une diversion face aux conflits politiques et sociaux. Un outil de mystification, qui aide en fin de compte à la reproduction d’un «système des pratiques sportives», qui crée des inégalités en matière d’accès à la culture sportive. Ainsi, on peut avancer, sans faire preuve d’une excessive impertinence, que l’opération de la promotion du talent sportif en Algérie, telle qu’elle a été édifiée, enclenchée et gérée, est pour une grande part à l’origine du déclin de notre sport de performance et par voie de conséquence de l’échec de nos athlètes dans les grandes compétitions internationales. Incohérente dans sa structuration et son orientation, c’est une opération de promotion du talent sportif, qui a pour seul mérite de nous dévoiler la face obscure, cachée et refoulée de millions de jeunes Algériens exclus de la pratique sportive.
B. L.

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