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Italie : Le pape défend l’islam

le 02.08.16 | 10h00 Réagissez

Il n’est pas juste, ni vrai de parler d’un islam violent et d’un terrorisme islamique (…). Il y a des groupuscules fondamentalistes dans toutes les religions», a reproché le catholique Mario Bergoglio aux journalistes qui l’accompagnaient durant le vol qui le ramenait en Italie depuis Cracovie (Pologne) où il a célébré la Journée mondiale de la jeunesse.

Le souverain pontife a tenu à préciser, avec son franc-parler habituel qui fait de lui un véritable humaniste : «Tout les jours, nous ouvrons les journaux et nous apprenons des faits de violence commis par des catholiques baptisés.» Le pape François a ensuite raconté à la presse son dialogue avec l’imam de l’université islamique sunnite d’Al Azhar, en insistant : «Les musulmans veulent la paix...». Le chef de l’Etat du Vatican a conclu son intervention en invitant à distinguer entre Daech et la grande communauté des musulmans : «L’Isis se définit ‘‘Etat islamique’’, mais ce n’est pas l’islam.»

Il faut dire que les images de milliers de musulmans qui se sont rendus spontanément à la messe de dimanche, célébrée dans les églises catholiques à travers l’Italie, a laissé sans arguments les islamophobes qui tentent depuis des années de monter les Italiens catholiques contre les musulmans.

A la veille de cette initiative très symbolique, plusieurs commentateurs de la presse italienne se voulaient sceptiques et juraient que les musulmans n’allaient pas répondre à l’appel lancé, à partir de la France, par les organisations islamiques. Mais dimanche matin, quand dans les cathédrales, les basiliques et mêmes les petites paroisses de quartier, des musulmans, certains accompagnés de leurs enfants, se sont assis sur les bancs aux côtés des fidèles chrétiens, quelque chose a changé dans la perception que l’Italien ordinaire, qui ne connaît rien de l’islam, avait de ses voisins musulmans.

A Rome, Milan, Naples, Gênes, Palerme, Bari… des imams, des familles, des couples musulmans se sont mélangés aux présents, ont écouté le serment du prêtre et ont échangé le signe de la paix avec les catholiques.
Les organisations islamiques ont estimé à environ 23 000 les musulmans ceux qui ont choisi d’accomplir ce geste d’affection et de rapprochement avec leurs concitoyens chrétiens. Une démonstration forte en émotion et qui laisse pantois ceux qui accusent les musulmans d’Italie de «ne pas condamner les attentats terroristes».

Dans la péninsule, les islamophobes sont très présents parmi les journalistes influents et les hommes politiques et se permettent d’injurier et stigmatiser quotidiennement les musulmans sans être inquiétés par la justice pour leur instigation à la haine religieuse et raciale. Ce qui crée un climat lourd pour la communauté musulmane, qui atteint 1,5 million de personnes et reste privée de la reconnaissance de ses droits vu que l’Etat italien n’a pas encore reconnu officiellement l’islam comme une des religions d’Italie.

Mais parfois, la voix de certains, très rares, intellectuels italiens sort du brouhaha des islamophobes qui couvre tout discours sensé. C’est le cas de l’écrivaine Michela Murgia qui s’est insurgée contre les propagandistes anti-islam avec des mots très durs : «Une grande idée d’obliger les musulmans à aller dans les églises pour se ’’dissocier’’ du terrorisme.

C’est nous qui les avons associés au terrorisme assassin. Eux ne s’y sont jamais associés !» Cette intellectuelle, toujours du côté des discriminés, connue pour sa subtile ironie sarde, titille davantage ses concitoyens islamophobes dans un tweet : «Pas facile d’échanger la visite avec les musulmans. Où sont les mosquées en Italie ?» dans une allusion au manque de lieux de culte islamique dans la péninsule, car il y est très difficile de construire une mosquée. Les musulmans n’ont pas droit aux financements publics et quand des dons privés sont collectés, ils n’obtiennent presque jamais l’autorisation administrative pour construire leur lieu de culte.

Un autre intellectuel, le journaliste Fulvio Scaglione, abonde dans le sens de Murgia, définissant la participation des musulmans à la messe dominicale de «geste extraordinaire». Critiquant ceux qui réclament «une preuve» aux musulmans, il rappelle que le quotidien de ceux d’Italie est la meilleure démonstration de leur rejet de la violence. «Ils nous le démontrent tous les jours en vivant avec nous en paix, en s’adaptant à des choses qui ne leur plaisent peut-être pas, en faisant des enfants et en les envoyant dans nos écoles… Que devraient-ils faire de plus ? Après tout, eux ne nous demandent pas ’’la preuve’’ de notre ’’prise de distance’’ des Américains et des Britanniques qui ont inventé une guerre terroriste en Irak…»

Tag(s) : #Politique internationale

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