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  ELLE EN EST UNE CIBLE ET UN ENJEU L’école au cœur des législatives

A moins d’une année des prochaines échéances électorales, tout ce que compte le pays comme partis islamistes, associations et conservateurs de tous bords donne de la voix, une voix pour la majorité d’entre eux, très acerbe.
Il faut taper sur ce qui leur semble représenter un danger pour leur projet de société dont le socle est l’école et qui a pris racine insidieusement, au fil de nombreuses années, dans le contenu de cette institution. Haro sur celle qui a décidé d’ouvrir l’école, de lui assigner son rôle d’acteur du savoir et de la connaissance. Pour ce faire, tous les coups, tous les mensonges sont permis, l’essentiel étant de mobiliser un électorat quelque peu perdu et de faire de l’école un enjeu des élections de 2017, qui pourraient les remettre en sel
le.


De tous les membres du gouvernement actuel, Nouria Benghabrit, la ministre de l’Education nationale, a été celle qui a, quasi exclusivement, mobilisé contre elle des hordes d’islamistes qui sont parties en campagne contre celle qui (dixit le député islamiste Hassen Aribi) aurait été «dépêchée dans notre pays pour une opération secrète de francisation» et qu’il aurait décelé chez la ministre «une phobie de tout ce qui est arabe et musulman». La demande faite au Premier ministre de lâcher la ministre n’ayant pas été suivie d’effet, il lance, sans grand succès, là également, une motion demandant sa démission. Dépité par les piètres résultats de la campagne féroce lancée contre la ministre mais sans, toutefois, être découragé, il squatte les TV et se fait accompagner dans son escalade contre Benghabrit par Abdelmadjid Menasra du Front du changement.
Le danger, selon ses attaquants, est à nos portes dans la mesure où les programmes pédagogiques de deuxième génération sur lesquels s’appuie la réforme engagée par la ministre seront appliqués dès la rentrée de septembre.
Aussi, et pour tenter de se faire entendre, Menasra a consacré un forum intitulé «la réforme du baccalauréat : entre réalité et polémique» au cours duquel l’on a accusé, encore une fois, la ministre «d’être chargée d’une mission douteuse dont le but est de porter atteinte à l’identité algérienne».

Même tonalité du discours dans une rencontre qui n’a pas rassemblé beaucoup de monde ni eu l’impact attendu par ses organisateurs. Parallèlement, le gouvernement et le Président lui-même sont sollicités par une pléiade de chefs islamistes pour leur demander de surseoir à des décisions qui, pour certaines et selon la réponse qui leur a été faite par le Premier ministre, sont loin d’avoir été prises : réduction du volume horaire de l’éducation islamique ; de celui de la langue arabe… En fait, à aucun moment, le rejet de Benghabrit par les islamistes ne s’est fait sur les contenus de programme, sur l’élévation du niveau de la qualité de l’enseignement. Pour rappel, lorsque la ministre a décidé d’un concours pour l’accès par les enseignants contractuels aux postes d’enseignant, l’on a crié au scandale et certains membres de syndicats affiliés aux partis islamistes ont trouvé, là, l’occasion de tenter de passer pour les meilleurs défenseurs des enseignants. La ministre n’a pas cédé et les enseignants ont dû passer cet examen. C’était une épreuve de force gagnée par tous ceux qui cherchent à changer l’école, à en faire un creuset de savoir et un vivier d’enseignants chargés d’ouvrir les horizons aux élèves, les futurs citoyens d’un pays ayant connu, depuis quelques années, l’obscurantisme érigé en pratique devant régir la société.
Enlever Benghabrit pour ses détracteurs, c’est revenir au statu quo qui régnait jusque-là dans l’enseignement, à la fonction de reproduction des us et coutumes importées et érigées en dogmes… Mais c’est également et surtout avoir une chance de reprendre ce sur quoi les citoyens échaudés par des années de braise instituées par le FIS et affidés et leurs mains armées sont revenus. Sachant que c’est l’école qui forme le citoyen de demain, les excités contre Benghabrit le sont, en fait, parce qu’elle travaille à sortir l’école algérienne du marasme dans lequel elle a été plongée. L’exercice, pour l’heure, n’a pas été très convaincant. Ils le savent et vont probablement changer de stratégie, d’autant qu’ils ne semblent pas, pour l’instant, avoir l’appui du gouvernement et du Président.
Khedidja Baba-Ahmed

Tag(s) : #Vie Educative

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