Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Comment développer l’athlétisme algérien ?

Article écrit à la fin d'une mandature en 2012.

L’Etat, premier sponsor du développement

de l’athlétisme algérien.

Par Si Mohamed Baghdadi

L’assemblée générale ordinaire de la fédération algérienne d’athlétisme vient de se dérouler, à pas feutrés, dans l’indifférence la plus totale. Et pourtant, elle n’était pas si ordinaire que cela, cette AGO.

C’était celle de la fin d’un mandat de la première discipline sportive du pays en termes de médailles olympiques et de titres mondiaux, n’en déplaise à tous ses détracteurs. Beaucoup pensaient qu’elle allait servir à préparer l’assemblée générale élective ; il n’en fut rien.

Le débat fut maigre, lisse et policé. On sentait que personne ne voulait faire de vagues, ni prendre la responsabilité de parler comme l’un des délégués tenta vainement d’y inciter ses collègues, pour dire la grande désespérance de l’athlétisme algérien. A la tribune officielle, les membres du bureau fédéral engoncés dans leurs calculs, fourbissaient secrètement leurs armes, dans le silence de leur conscience, et l’attente de l’ultime confrontation. Un bureau fédéral déchiré, selon la rumeur, par les luttes de clans ; et où le développement de l’athlétisme fut loin de constituer le centre des préoccupations des uns et des autres, parmi lesquels pourtant, figurent d’authentiques défenseurs et promoteurs de la chose athlétique. Tout autant que les techniciens, véritables chevilles ouvrières du développement athlétique, non admis à l’AGO à cause des clauses ultra restrictives, d’un texte plus soucieux de démocratisme que de véritable démocratie.

Cependant, ces hommes là - constamment mis en minorité par la sournoise coalition de la médiocrité, décourageant tout sursaut salvateur, toute initiative capable de relancer une machine grippée, par la discorde des responsables - attendent eux aussi leur heure. Celle de la vérité, indiscutable, du mètre et du chronomètre.

Une crise générale

Ce sont là les aspects les plus apparents de la situation de crise que vit la discipline, tout autant que l’ensemble des structures et institutions du mouvement sportif national qui n’en finit de croire que sa sauvegarde réside dans cette perpétuelle et illusoire fuite en avant juridique.

Or, le développement ne se décrète pas, il se construit sur le terrain des faits et des réalités, plus têtus que la meilleure des lois. Qu’ont pu faire celles-ci contre la fermeture du seul stade d’entraînement, le SATO, alors qu’athlètes et entraîneurs battaient semelles, sur esplanades et parkings environnants ?

Les textes préparés par les techniciens, en vue de l’AGO, riches en informations et recommandations, ont réussi à circonscrire, pour l’essentiel, les contours de la crise :

  • Désengagement de l’Etat au niveau de la pratique éducative de masse, socle de toute culture sportive ;
  • Encouragement massif du seul haut niveau entraînant des déséquilibres par trop flagrants et un dépérissement, tout aussi prévisible qu’inévitable, des fondements du système de pratique athlétique, à savoir les clubs, et les ligues, chargées de les animer et d’en coordonner l’action.
  • Lutte de clans aux intérêts divergents, à telle enseigne que le responsable des JTS parle de « chasse gardée », instaurée par certains, pour préserver, sinon accroître, leur emprise sur les principaux leviers de la discipline.
  • Et, dans cet ordre d’idées, existence d’entraîneurs formateurs, nombreux au niveau des petits clubs, et d’entraîneurs « exploiteurs », squattant le travail de premiers au bénéfice des grands clubs. Tout un système d’exploitation qui se met insidieusement en place.
  • Discordance pédagogique et éducative, où les plus anciens cadres font l’amer constat de voir leurs cadets, mener des actions en contradiction avec les leurs, ce qui ne peut produire qu’un effet désastreux, au niveau des athlètes.
  • Dévalorisation de l’encadrement public par rapport aux cadres « privés » et aux athlètes de haut niveau ; l’entraîneur se sentant dans la peau d’un « khamès » par rapport à son ou ses athlètes, selon les appréciations et déclarations de certains.

La marchandisation et ses effets

Dans ce diagnostic, les effets de la mondialisation et de la marchandisation de la discipline sont loin d’être apparents, alors qu’il s’agit là de la cause centrale de la crise vécue, tant par l’athlétisme que par l’ensemble du mouvement sportif national ; pour ne pas dire par tout le pays, mais c’est une autre histoire.

On peut affirmer, sans grand risque de se tromper, que la discipline est gangrenée par sa marchandisation avancée. Dans ce processus - dont les débuts remontent à la fin des années 80, en prenant de l’ampleur tout au long des années 90 - la FAA va apparaître comme l’outil d’extraction et d’exportation de la valeur ajoutée athlétique, produite par nos athlètes et leurs entraîneurs. Mais, sans y prélever les moyens de son propre développement et, par voie de conséquence, de la reproduction élargie et continue de ses élites.

Comment s’étonner, dès lors, que les relations entre les hommes deviennent des relations marchandes, au lieu de relations citoyennes et responsables ; c’est le profit qui commande et non plus l’humanité du lien.

Comment s’étonner aussi que les valeurs éducatives reculent au détriment des valeurs marchandes ? Ou que le « khamassat » s’instaure entre athlètes de haut niveau et leurs entraîneurs ?

Comment s’étonner que la culture de la fraternité ait cédé le pas à celle de « l’association marchande », lorsque nos jeunes ne disent plus « ya khoya » mais « ya chriqui ». Le glissement sémantique ne fait qu’exprimer la mutation des valeurs, plaçant l’argent, au centre de toutes relations humaines, non plus comme moyen, mais comme fin ; en fait, l’émergence d’une nouvelle culture. La culture « marchandisée », tournant le dos à toute forme d’humanisme.

Ce sont là quelques uns des effets d’un système, dont le monde commence à découvrir les néfastes conséquences, dans tous les secteurs de l’activité des hommes. Le profit et la compétitivité certes, mais pas au bénéfice d’un autre Moloch, la globalisation financière, imposée par les marchés financiers et les multinationales dont l’unique objectif est de laminer les Etats - Nations en travaillant à leur total dépérissement. Mieux que ne l’aurait fait Marx ou Lénine !

Une question de sens : une politique claire

C’est dans ce contexte général, et non ailleurs, qu’il convient de situer le recul relatif de l’athlétisme algérien, d’en cerner les causes, d’en identifier problèmes et difficultés, pour être en mesure de définir les grandes lignes de son développement.

D’abord, une question de sens : comment construire ensemble – acteurs et opérateurs sans exclusive ni exception, jusque et y compris les athlètes - une véritable politique de développement qui tienne compte des limites actuelles, sans se laisser ligoter par le dogme de l’inéluctabilité de la mondialisation, comme se plaisent à le faire beaucoup de nos hommes politiques qui en sont devenus les chantres.

Une politique claire, prise en charge par un ensemble de structures connectées en un réseau opérationnel et solidaire, plutôt que de voir chacun tirer la couverture à lui, dans son seul intérêt.

Une politique inspirant une gouvernance démocratique et efficace, n’excluant personne et sachant tirer, de chaque membre de la communauté athlétique, le meilleur de lui même ; tout en décourageant l’esprit de clan et de coterie, la culture du complot permanent, le défaitisme et le travail de sape ne menant qu’au découragement et à la démobilisation.

Une gouvernance qui redonne aux hommes de terrain toute leur importance et aux techniciens ce qui leur revient légitimement, pour mener à bien, unis et solidaires, leurs programmes, aux effets complémentaires. Et donner, une assise forte, au système national de développement athlétique, à promouvoir au cours du prochain mandat. Un système reposant sur les structures et pratiques athlétiques éducatives de masse, au sein de l’école et de la commune, liant cette assise fondamentale au niveau de pratique nationale et au haut niveau par un système de détection et de perfectionnement des jeunes talents athlétiques dont l’école communale d’athlétisme, le lycée sportif régional et plus haut le lycée sportif national, devraient constituer la charpente essentielle.

Pour un plan national de développement.

Les volumineux rapports préparés par les techniciens fourmillent de données, d’appréciations et surtout de recommandations, qui seront utiles pour qui veut élaborer cet indispensable Plan de développement de l’athlétisme algérien qui manque tant à la discipline.

Cela donnera du corps au système dont une grande partie existe déjà et pourrait s’articuler autour de quatre grands axes : les structures de développement de la pratique athlétique, les actions de formation et de recherche et enfin les moyens de toutes natures permettant de mener à bien plans et programmes de développement.

Ce plan fixera les objectifs quantitatifs – (comment sortir de cet effectif insignifiant de 15.000 licenciés, pour imprimer un rythme plus soutenu à la croissance de la pratique, notamment au niveau de l’école, fondement de tout développement) – et qualitatifs ( visant l’élévation progressive du niveau général de performance, la densification du système des jeunes talents athlétiques ainsi que celui du haut niveau.), mais aussi les normes et les indicateurs devant baliser l’évolution de la pratique athlétique.

Avoir des idées, c’est bien,

mais avoir les moyens de les mettre en œuvre, c’est mieux !

Il va sans dire que ce plan n’aura de valeur que dans la mesure où les moyens nécessaires à sa réalisation auront été fournis par l’Etat, non pas Providence - nous ne nous trompons pas d’époque - mais régulateur et soucieux de l’usage équilibré des ressources, en fonction des besoins réels de l’athlétisme national et de ses ambitions, en tant qu’Etat, gestionnaire de sa propre notoriété et de son image extérieure.

Nous savons déjà, par expérience, que les plans d’ajustement structurels, plus ou moins négociés avec le FMI, sacrifient sur l’autel de la compétitivité, tout ce qui concerne l’éducation, la culture et la santé des populations, et qu’il sera difficile de trouver les solutions adéquates, qui feront de l’Etat, le premier sponsor de l’athlétisme algérien. Toutefois, il faut laisser le temps au temps, comme on dit, afin que se mettent en place de nouvelles sources et de nouveaux mécanismes de financement du développement sportif, de manière générale, et athlétique, de manière particulière.

La force de la volonté politique

Faut-il rappeler que l’Etat a déjà démontré, avec le football notamment, que lorsque la volonté politique se manifeste et va au bout de sa logique, des mesures exceptionnelles ont été trouvées en Conseil interministériel, et commencées à être mises en œuvre, pour sauver une discipline en perdition. Et lorsque la volonté politique s’exprime, les tabous s’effondrent, les résistances cèdent et les moyens financiers, qui existent à satiété actuellement, sont vite mobilisés pour la bonne cause.

Comment cette même volonté politique hésiterait-elle à se manifester pour l’athlétisme, considérée, à juste titre, titres mondiaux et médailles olympiques à l’appui, comme la discipline sportive la plus représentative au plan international, ne serait-ce qu’au regard des objectifs susceptibles d’être assignés à la « diplomatie sportive » par le Président de la République.

Faute de quoi, point n’est besoin de demander aux dirigeants, entraîneurs et athlètes de la discipline, plus qu’ils ne peuvent produire, du fait des moyens ridiculement insignifiants qui leur sont actuellement alloués.

La compétitivité, les déséquilibres financiers et les risques du dopage

Que peut représenter en effet une subvention de 50.000 da, attribuée à un club, et encore mieux à une ligue, en comparaison des frais réels de déplacement, d’hébergement et de restauration, même à la gargote du coin, occasionnés par la participation à une compétition régionale ou nationale.

De plus, si l’on veut établir des comparaisons encore plus parlantes, et mettre le doigt sur les déséquilibres causés par la haute marchandisation du sport, que représente cette somme comparée à la prime de signature versée à un joueur, tout juste moyen, de football, évoluant en division nationale ?

Mieux, que représente la somme allouée à un athlète du haut niveau pour sa préparation annuelle, au regard de la prime à la signature (plus de deux milliards de centimes) que vient de décrocher un joueur de football, pas même sélectionné en équipe nationale. Ali Fergani dira que c’est la conséquence de la surenchère frénétique à laquelle se livrent les dirigeants du football ; d’autres penseront que c’est le résultat de la marchandisation sans limites de tous les produits sportifs.

Le sport est ainsi, bel et bien gangrené jusqu’à la moelle, et dans toutes ses dimensions, par la marchandisation effrénée dont il est victime ; marchandisation qui condamne les sportifs à mettre en danger, leur santé physique et mentale, et à la limite, leur vie, par l’usage de multiples drogues.

Cet ensemble de considérations mettant en évidence dysfonctionnements et déséquilibres qui affectent l’ensemble des disciplines sportives et pas seulement l’athlétisme, plaide pour une réforme sportive qui prendrait naturellement sa place dans le cadre des grandes réformes envisagées par le pouvoir.

Et, pour l’athlétisme, une réforme que l’on a déjà appelée refondation, dont le plan de mise en œuvre va exiger des cadres, entraîneurs et athlètes, une prise de conscience aiguë de la communauté de destin devant animer tous les acteurs de la discipline et une solidarité à toute épreuve, pour aborder le mandat de la vérité.

Au cours de ce mandat, pour stimuler le renouveau et le développement de sa diplomatie sportive, l’Etat devra apprendre à devenir, le sponsor major de l’athlétisme algérien.

SMB

Tag(s) : #Vie Sportive

Partager cet article

Repost 0