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Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

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Comment Daech ubérise le djihad

Comment Daech ubérise le djihad

FRANCE CULTURE

Par Xavier de La Porte. Publié le 30/08/2016 à 06h41

L’Organisation de l’Etat Islamique aurait ubérisé le djihad. C’est la thèse défendue dans un long papier de Peter Harling, que l’excellent site Orient XXI a eu la bonne idée de traduire au début du mois d’août.

Dans cet article, Peter Harling, qui est un ancien conseiller de l’International Crisis Group pour le monde arabe, fait une histoire très claire des transformations radicales que le djihad a connues depuis les années 80.

« Plus de tweets que de balles »

Parmi les éléments de transformation, il y a évidemment la place de plus en prégnante des communications numériques, et le rôle qu’elles jouent dans le recrutement et le statut des combattants étrangers. Je cite Peter Harling :

« La numérisation du monde crée un djihad connecté, mobile, au sein duquel les combattants (comme tous les migrants) déploient sur les réseaux sociaux une image d’eux-mêmes résolument gratifiante, communiquent facilement avec leurs proches restés à la maison et peuvent même espérer les attirer à leurs côtés. Nombreux sont ceux qui tirent plus de tweets que de balles. »

Rues détruites de Kobane, au nord de la Syrie, après des combats entre soldats kurdes et membres de Daech, le 12 février 2015 - CITIZENSIDE/YONGXIN CHI/citizenside.com

Selon lui, cette donnée nouvelle participe à la transformation des profils des djihadistes, mais aussi à la manière dont ils se comportent sur le terrain. Harling mène là une analyse quasi bourdieusienne car ce djihad connecté recrutant des combattants inexpérimentés militairement, peu religieux, mais désireux de se faire valoir, ils le trouvent comme moyen de distinction : « Ils se ménagent, explique Harling, un créneau où se conjuguent aptitude à la communication et sadisme sans entrave. »

« Agrégation d’auto-entrepreneurs »

Mais Harling va plus loin en examinant les effets structurels des communications numériques sur l’organisation même du djihad contemporain, et pour comprendre l’organisation des attentats hors des zones de combat. Je le cite une dernière fois :

« Sous Al-Baghdadi, l’impression est qu’il existe un réseau relativement peu étoffé de commandants qui jouissent d’une autonomie considérable et maintiennent néanmoins un surprenant niveau de cohésion, qui s’explique probablement par des échanges fréquents grâce aux outils de communication modernes. Si Al-Qaida incite à utiliser la métaphore de la “ franchise ”, l’OEI fait davantage penser à Uber, qui repose sur l’agrégation d’auto-entrepreneurs utilisant une technologie numérique permettant à l’ensemble de fonctionner à faible coût. »

Et voilà, le djihad aurait été ubérisé, comme l’ont été les taxis, et comme le sont aujourd’hui des pans entiers de l’économie. C’est l’ère des plateformes et de l’auto-entreprenariat, pour le terrorisme aussi.

« Entreprises » terroristes

Bien sûr, l’analogie entre l’Organisation de l’Etat islamique et Uber a ses limites – sauf à considérer que faire le djihad ou perpétrer un attentat est un travail comme les autres –, mais après tout, puisque on parle d’ »organisations » ou d’« entreprises » terroristes, il n’est pas absurde que celles-ci soient affectées par ce qui affecte toutes les organisations et toutes les entreprises.

Et dans la grande question de savoir ce qui relie réellement un terroriste à l’Etat islamique – c’est au cœur de l’enquête sur l’attentat de Nice - il peut être utile de comprendre les rapports assez nouveaux que crée une plateforme américaine comme Uber avec les gens qu’elle fait travailler partout dans le monde. Des rapports qui sont à la fois distants géographiquement, mais constants par la temporalité. Des rapports qui sont à la fois moins directement hiérarchiques, mais plus soumis, parce que le travailleur est isolé.

Ils ne reposent pas sur la formation et la carrière, mais sur la mise à disposition de compétences immédiatement utiles. Bien sûr, au milieu des grands mouvements géopolitiques et du rôle de la religion, ça paraît trivial, mais après tout, dans le djihad aussi, il doit y avoir une part de trivial.

Chronique diffusée initialement dans « Les Matins de France Culture » – du lundi au vendredi – 7 h à 9 h.

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