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Six questions clés pour comprendre le match Trump-Clinton

29 JUILLET 2016 | PAR IRIS DEROEUX ET DONATIEN HUET

La convention démocrate est terminée, le match Hillary Clinton-Donald Trump peut officiellement commencer. Sur quels thèmes se joue l’élection, que disent les sondages, quels États clés faut-il suivre de près…

Voici résumés les éléments clés de la campagne grâce aux explications des politologues Donald Green et Robert Shapiro.

De notre envoyée spéciale à Philadelphie (Etats-Unis). - Une semaine après le discours d’investiture de Donald Trump, Hillary Clinton a accepté jeudi 28 juillet la nomination de son parti dans un long discours engageant tous les Américains à adopter sa vision « lucide » et positive des États-Unis. Ce fut d’abord une main tendue à l’aile gauche du parti démocrate dynamisée par son adversaire devenu allié, Bernie Sanders.« Je vous ai entendus », a-t-elle assuré aux nombreux électeurs du sénateur, avant de détailler des propositions de réformes économiques et sociales contenues dans le programme du parti, ancré à gauche, allant de la régulation du secteur bancaire à l’allègement de la dette étudiante en passant par la réforme du mode de financement des campagnes électorales.

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Elle a encore insisté sur la défense des minorités ethno-raciales, sexuelles et religieuses, sur la protection des droits des femmes. Hillary Clinton s’est adressée aux millions d’immigrants illégaux, en grande partie d’origine hispanique, leur promettant une « voie vers la citoyenneté » plutôt que de construire un « mur » le long de la frontière avec la Mexique. Elle a ainsi attaqué à plusieurs reprises son rival républicain Donald Trump sans en abuser ni opter pour le ton railleur qu’ont pu avoir les cadors du parti démocrate lors de la convention. Ce fut un discours sérieux, dense, solide.

C’est donc le moment de faire le point sur les enjeux de cette campagne présidentielle américaine. Deux politologues rattachés à l’université de Columbia à New York, Donald Green et Robert Shapiro, décryptent pour nous le match Trump-Clinton qui s’annonce.


La convention démocrate a été plus tendue que prévu, de fervents supporteurs de Bernie Sanders ne se résignant pas à accepter la nomination d’Hillary Clinton. À l’issue de cette convention, peut-on dire que le parti démocrate est unifié ?

Donald Green : Bernie Sanders a fait tout ce qu’il pouvait pour apaiser les tensions entre ses supporteurs et Hillary Clinton. Il a lui-même pris la parole à la fin du vote des délégués, mardi, pour leur demander de l’investir candidate du parti par acclamation du public. Il s’est donc montré extrêmement arrangeant avec le camp Clinton. Mais il y a désormais des contestataires au sein de son propre mouvement et il ne contrôle pas ce groupe. On sent des tensions au sein même des soutiens de Bernie Sanders. En témoignait par exemple le discours de la comédienne Sarah Silverman à la convention, qualifiant les contestataires de « ridicules » quand ils scandaient le nom de Bernie Sanders, alors qu’elle l’avait elle-même soutenu tout au long des primaires. Disons donc que les différentes composantes du parti démocrate ne sont pas extrêmement unifiées, mais le parti n’est pas non plus divisé. L’une des questions que l’on doit se poser désormais, c’est celle de la participation des 18-25 ans. L’électorat jeune, de tendance progressiste, a soutenu en masse le sénateur Sanders. Et c’est un groupe électoral qui se sent traditionnellement moins affilié à un parti que d’autres. Il y a un risque qu’ils soient déçus et que leur taux de participation soit faible, ou bien qu’une portion se rende aux urnes pour voter pour un troisième candidat comme l’écologiste Jill Stein. C’est un risque majeur pour les démocrates.

Le ticket Hillary Clinton-Tim Kaine investi par les délégués à la convention démocrate © I.D.

Comment résumer le message de chacun des candidats ?

Donald Green : Du côté républicain, en quarante ans de conventions, je n’ai jamais entendu de discours de remerciements aussi sombre que celui prononcé par Donald Trump. Son message consiste à dire que le monde est extrêmement dangereux, que le meilleur candidat est celui qui est prêt à riposter et à le faire « vite ». Il dit qu’il va personnellement guider le pays dans une zone hors de danger.

Robert Shapiro : Hillary Clinton veut, elle, porter un message d’espoir et insister sur les forces des États-Unis. Elle souhaite défendre l’héritage de Barack Obama, et elle y sera souvent contrainte puisque Donald Trump compte faire campagne en dénonçant les échecs de cette administration. Hillary Clinton fait ensuite des propositions spécifiques et dont beaucoup sont ancrées à gauche comme d’élargir l’accès à la sécurité sociale, de financer cet effort en augmentant le taux d’imposition des ménages les plus fortunés, d’alléger la dette étudiante, ou encore de mieux réguler l’accès aux armes à feu. Son programme est dense et elle a tout intérêt à le mettre en avant durant les débats présidentiels (le premier aura lieu le 26 septembre) afin que les électeurs n’aient pas seulement l’impression de voter seulement pour ou contre Donald Tump.

Donald Green : Pour bien comprendre la teneur de cette campagne, il faut aussi garder à l’esprit l’une des spécificités de ces candidats : tous deux connaissent des taux d’impopularité extrêmement élevés depuis le début de leur campagne. Cette élection devient donc logiquement un concours de démolition de l’adversaire. Chacun essaie de remonter le moral de ses électeurs en insistant sur l’aspect démoniaque de l’autre. Hillary Clinton est dépeinte comme une hors-la-loi qu’il faut emprisonner, Donald Trump comme un fou furieux hors norme… C’est à celui qui sera vu comme le plus dangereux pour le pays. La campagne s’annonce donc extrêmement négative.

Il reste à voir comment les électeurs indécis vont réagir face à ce tableau. Vont-ils partager la vision du monde extrêmement pessimiste de Donald Trump ? Juger que la période est si désespérée – attaques terroristes, policiers abattus, etc. – qu’il faut être prêt à prendre toutes les mesures possibles et imaginables ? Si leur vision du monde est plus positive, ces mêmes électeurs peuvent être attirés par Hillary Clinton. Cela signifie que les événements extérieurs imprévus ont un poids énorme dans cette élection. Nous sommes en juillet, à trois mois du scrutin, et nous avons pourtant l’impression que l’élection est encore très loin ! Nous ne savons toujours pas ce qui va être déterminant et chaque jour ou presque apporte son lot d’événements imprévus susceptibles de changer la donne.

Sur une note plus positive, Hillary Clinton est la première femme jamais investie candidate d’un parti majeur aux élections présidentielles américaines. Quelle est la situation des femmes en politique aux États-Unis ? Quelle place occupe le genre dans cette élection ?

Donald Green : Les femmes sont encore le plus souvent cantonnées à des positions « junior ». Il y a par exemple peu de femmes sénatrices ou gouverneures. La nomination d’Hillary Clinton est donc très encourageante. Mais n’oublions pas qu’elle a été première dame avant d’être élue sénatrice. Je veux dire par là qu’il reste difficile pour une femme politique de percer seule et seulement sur la base de ses idées, de ses résultats. Elles sont donc aujourd’hui encore peu nombreuses à pouvoir prétendre à la candidature à la présidence.

Quant à la place du genre dans cette élection, il est difficile de distinguer des signes de sexisme à proprement parler, mais les électeurs du parti républicain sont aujourd’hui essentiellement des hommes. Donald Trump se pose en mâle voulant dispenser une injection de testostérone au pays. Il n’a pas encore fait de commentaire sur le genre d’Hillary Clinton, mais il a déjà fait beaucoup de déclarations polémiques sur les femmes en général au cours de cette campagne.

Les femmes dans l'histoire politique américaine

Au cours de l’histoire américaine, jamais une femme n’est devenue présidente. Et seules 37 ont occupé le poste de gouverneur, chef politique et honorifique d'un État, et 46 celui de sénatrice, membre de la chambre haute du Congrès. A noter que neuf États (Colorado, District de Columbia, Idaho, Indiana, Mississippi, Montana, Pennsylvanie, Tennessee, Virginie) n’ont jamais élu de femme gouverneur ou sénatrice. Le « meilleur élève » est le New Hampshire, qui a désigné deux sénatrices et trois gouverneurs dans le passé. En tout, treize États ont déjà porté des femmes à l'une et l'autre responsabilité.

Gouverneurs

Sénatrices

Gouverneurs et sénatrices

Avec 20 sièges au Sénat et 84 à la Chambre des représentants, les femmes représentent 19,4 % des 535 membres de l'actuel Congrès américain. Cela situe les Etats-Unis à une lointaine 96e place du classement mondial de présence des femmes dans les assemblées parlementaires, derrière, par exemple, l’Arabie saoudite. Avec 26,6 % de femmes à l’Assemblée nationale et au Sénat cumulés, la France occupe quant à elle la 60e position.

Congrès des États-Unis

Assemblée nationale et Sénat

Femmes

Hommes

262

  • Sur les 1391 villes américaines de plus de 30 000 habitants, seules 262, soit 18,8%, ont une femme à leur tête. San Antonio (Texas), 1,33 million d'habitants, est la métropole la plus peuplée à avoir une femme à sa tête : la démocrate Ivy Taylor.
Tag(s) : #Politique internationale

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