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LOUISA HANOUNE, SG DU PARTI DES TRAVAILLEURS, À “LIBERTÉ”  “Les velléités d’un coup d’État existent”

Signataire avec d’autres personnalités nationales de l’appel des “19”, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, fait l’objet, depuis, de harcèlement politique, mais plus grave encore, de campagnes de dénigrement. Ceci, loin de la décourager, la renforce, au contraire, dans sa conviction que quelque chose de grave menace l’État et la démocratie. Elle nous livre dans cet entretien le fond de son analyse de la situation qui prévaut dans le pays et partage avec le lecteur ses craintes de l’avenir.

Entretien réalisé par Mehdi Mehenni

Liberté : Plusieurs fois annoncé, le gouvernement a finalement été remanié partiellement. Quel commentaire, sinon quelle lecture faites-vous ?
Louisa Hanoune : Difficile de faire une lecture jusqu’au bout. Une lecture précise. Ce qui en ressort est que ce n’est pas une démarche homogène qui traduit une volonté de changement, aussi petite soit-elle. Le remaniement a touché certains secteurs qui sont pour la plupart stratégiques. Si on prenait le secteur de l’énergie, M. Nourredine Bouterfa s’est comporté en patriote lorsqu’il était P-DG de la Sonelgaz. Il a préservé son entreprise du siphonage des prédateurs. Maintenant qu’il est à la tête de tout le département de l’énergie, cela peut paraître positif. D’autant plus qu’il y avait d’énormes problèmes dans les rapports entre le ministère et les deux entreprises Sonatrach et Sonelgaz. L’autre aspect, c’est pourquoi M. Sid-Ahmed Ferroukhi a été écarté du gouvernement ? Nous savons qu’il n’a pas commis de faute. Mais nous savons, en revanche, que la question des terres agricoles, c'est-à-dire la propriété de l’État, est un enjeu majeur. Et nous savons que depuis la dernière période, c’est-à-dire il y a trois ans — depuis que le mélange entre les affaires et les institutions est devenu un véritable système — que tout ministre qui résiste change de portefeuille lorsqu’il n’est pas viré.
Nous sommes donc très inquiets par rapport aux statuts des terres agricoles. Nous sommes inquiets parce que l’actuel ministre de l’Agriculture comptait parmi ceux qui prônaient la privatisation des terres publiques, lorsqu’il était secrétaire général au niveau de ce même département. Après, il faut dire que ce remaniement reste partiel. Et le problème chez nous est que ce n’est jamais sur la base d’un bilan. Nous n’avons jamais eu d’explications.
Il y a la presse indépendante qui enquête et tente d’éclairer, mais on ne sait pas pourquoi un ministre clean, intègre et à la gestion irréprochable est limogé. Mais cela est à mettre en rapport avec la nature du régime. Ce gouvernement n’est pas l’émanation d’une assemblée élue. Il n’est pas sous le contrôle des élus du peuple. Le choix des ministres se fait donc dans l’ombre.

Il y a eu des départs annoncés par le SG du FLN Amar Saâdani et qui ont fini par avoir lieu. Qu’en pensez-vous ?
Je pense qu’il ne faut pas lui prêter autant de pouvoir. Les problèmes dans le secteur des hydrocarbures, ce n’est pas lui qui en a parlé. J’ai lu dans la presse différentes lectures ; que par exemple, l’ancien ministre de l’Agriculture avait refusé de rejoindre le FLN. Mais moi, je préfère axer sur les véritables enjeux, à savoir les terres agricoles et le fait que M. Ferroukhi avait refusé que l’on transfère l’agroalimentaire du secteur de l’Agriculture vers celui de l’Industrie. Après, bien sûr que le SG du FLN a ses relations. Comme beaucoup de gens d’ailleurs.
Des accointances avec les milieux des affaires, les milieux politiques au niveau des institutions de l’État, et qu’il peut être mis au parfum d’idées ou de projets. Et lorsqu’il les annonce, ça devient comme une pratique subliminale qui fige les esprits et tétanise les citoyens. En réalité, il ne fait qu’exprimer des choses qui ont été décidées dans des milieux donnés. Je ne lui prêterais pas plus que cela. Peut-être qu’il met même ses sources dans la gêne lorsqu’il annonce ces choses de manière aussi fracassante. Lorsqu’il s’attaque à un ministre pour qu’on lui prête un pouvoir qu’il n’a pas. Le remaniement était donc annoncé depuis déjà un bout de temps. Ce n’est pas seulement lui qui en a parlé. Moi, je pense qu’il faut relativiser par rapport aux déclarations du SG du FLN, parce que nous risquons de passer à côté de l’essentiel.

Les observateurs sont partagés entre deux avis concernant ce remaniement partiel du gouvernement. Selon vous, est-ce l’empreinte du clanisme et du règlement de compte ou bien l’impératif de répondre à une conjoncture de crise économique ?
Mois, je vois de la confusion. Il n’y a pas de visibilité dans ce remaniement. Et encore, nous avons appris qu’il y a un autre remaniement qui va suivre. C’est la tradition chez nous. Nous faisons un remaniement partiel, puis tout de suite après, un autre vient le compléter. C’est donc au coup par coup, et nous avons l’impression qu’il s’agit d’une démarche déboussolée. Alors clanisme ? Moi, je préfère parler de centres d’intérêts occultes plutôt que de clans. Parce que je sais qu’il y a au moins un ministre qui a été nommé parce qu’un homme d’affaires l’avait décidé. Règlement de comptes ? Moi, je pense qu’il y a surtout des enjeux. Des enjeux qui vont paraître très vite étant donné l’aggravation de la crise. Et je parle des terres agricoles et de l’orientation financière du pays. Parce que s’il s’agit d’impératif de crise, je tiens à rappeler que nos députés ont interpellé l’ancien ministre des Finances sur la question de savoir pourquoi son département ne procède-t-il pas au recouvrement de l’équivalent d’environ 100 milliards de dollars d’impôts non payés ? Il avait répondu sur un ton glacial que cela représente seulement 12% du taux de recouvrement et que c’est pas mal. Ce qui, à mon avis, est énorme et n’existe nulle part ailleurs. Il y a aussi l’équivalent d’environ 75 milliards de dollars de crédits dits économiques non remboursés, et le chiffre a été donné par le ministre. Ce même ministre qui un jour nous disait, c’est l’apocalypse, et deux jours après, que nous avons de quoi tenir trois à quatre ans. Si nous ajoutons à ces deux chiffres les 5 milliards de dollars que l’Algérie a prêtés au FMI, nous avons de quoi élaborer une loi de finances sur trois années consécutives de manière très à l’aise. Notre budget annuel est d’environ 60 milliards de dollars, et à ce moment là, nous n’aurons besoin ni des recettes pétrolières, ni du fond de régulation des recettes, ni, d’ailleurs, des réserves de change.

La transaction du rachat d’actions du groupe El Khabar a été gelée, en attendant le traitement de l’affaire dans le fond. Vous attendiez-vous à un tel verdict ?
J’avais espoir que le tribunal de Bir-Mourad-Raïs se déclare incompétent. Parce qu’il pouvait, en même temps, s’en sortir avec honneur et crédibiliser la justice. Nous avions relevé que le président du tribunal a résisté jusqu’à la dernière session, mais, hélas, nous n’allons pas inventer le fil à couper le beurre en disant qu’il n’y a pas séparation des pouvoirs chez nous.
Un juge peut être très indépendant dans sa pensée et avoir toute la volonté du monde pour rendre justice, mais nous savons qu’il y a interférence de l’Exécutif dans les affaires judiciaires et que la justice subit des pressions.
Le verdict ne m’a pas choqué plus qu’il ne m’a déçu. Je dirai plutôt que j’en ai gardé un goût amer. Quant à l’affaire elle-même, il faut dire que, dès le départ, elle était biaisée. Le ministre de la Communication ne peut pas être à la fois juge et partie. Il n’a pas qualité et il ne peut se substituer à une autorité de régulation que lui-même n’a pas installée, car nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude. L’affaire El Khabar est devenue une cause nationale. Tout le monde sait que cette affaire concentre le degré de la crise et que de son dénouement dépend le présent et l’avenir des luttes sur le terrain des libertés. Le ministre a mis le gouvernement et l’État dans son ensemble dans la gêne dans cette affaire, et c’est pour cela que je garde espoir.

Mais c’est pourtant le Premier ministre qui avait affirmé que c’est le gouvernement qui a mandaté Hamid Grine ?
Le Premier ministre a dit que Hamid Grine a agi sur mandat, mais pas dans le sens que vous évoquez. Abdelmalek Sellal a ordonné au ministre de la Communication de mettre de l’ordre pour que cesse la calomnie et les atteintes à l’honneur. Il ne parlait pas d’El Khabar, mais d’une certaine chaîne TV et d’un certain journal, et tout le monde sait de qui il s’agit.

Peut-être que vous ne partagiez pas la même définition des choses avec le Premier ministre ?
Non, je sais de quoi je parle et je pense que, sur cette question, c’est moi qui ai raison. Beaucoup de gens ont compris que le Premier ministre parlait d’El Khabar ou de KBC TV, mais en réalité il visait un autre groupe médiatique qui excelle dans la diffamation et dans l’insulte.
Je vous le dis parce que je l’ai confirmé.

La loi faisant obligation de réserve aux retraités de l’armée fait polémique. Selon vous, à quoi obéit cette démarche et quelles seront les conséquences si jamais elle venait à être concrétisée ?
Là aussi, voyez-vous, j’ai du mal à me mettre à la place de ceux qui sont derrière ce projet de loi. Cela me paraît tellement incroyable et illogique que je ne peux pas comprendre la philosophie de cette loi. S’il s’agit de l’obligation de réserve, je crois qu’elle est respectée par tous les militaires conformément à la loi. Et nul n’a jamais divulgué des secrets militaires. Après, ne pas porter atteinte à l’unité de l’armée, à l’unité du pays et aux pouvoirs publics, qu’est-ce que cela signifie ? C’est trop vague, ce qui permet tous les abus. Est-ce ne pas avoir le droit de critiquer une décision politique, un projet de loi ou une affaire de corruption ? À ce moment-là, faire acte de patriotisme devient un acte criminel. Et puis, pourquoi seulement les officiers supérieurs et les généraux à la retraite versés dans la réserve ? Cela s’appelle de la discrimination au sein d’une même institution.
C’est anticonstitutionnel. Et il n’y a même pas de vide juridique en la matière. Le code pénal prend en charge les questions en relation avec l’unité et l’intégrité du pays et de l’ANP. Cela revient aussi à priver la nation de la compétence et de l’intelligence de ses enfants. L’actuel ministre de l’Énergie comme le DG de la Sûreté nationale sont des anciens militaires. Il y a beaucoup d’anciens militaires à qui des entreprises publiques ont fait appel pour leurs compétences. Nous ne pouvons pas modifier notre histoire. Ce n’est pas le peuple algérien qui a choisi le fait que ses présidents depuis l’Indépendance sont, de près ou de loin, tous des militaires. Même l’actuel président de la République était un haut gradé de l’ALN.

Ce qui n’est pas forcément une bonne chose en soi…
C’est bon ou c’est mauvais, cela reste un autre débat. Aujourd’hui, nous faisons un constat. Cela fait partie de notre histoire et nous l’assumons avec ses bons et mauvais côtés. Nous aurions aimé qu’il y ait une démocratie et une Assemblée constituante à l’Indépendance. Mais hélas, notre histoire est ainsi faite. Alors si tous nos présidents ont été des militaires et si des militaires continuent d’occuper de hautes responsabilités dans l’État, que se passe-il pour qu’on leur interdise de s’exprimer ? Nous avons des experts en lutte antiterroriste qui éclairent l’opinion publique. C’est une condamnation à vie, et cela touche les actifs d’aujourd’hui et toutes les générations à venir.
Je ne veux pas faire d’amalgame, mais même les terroristes qui se sont inscrits dans le cadre de la réconciliation nationale se sont remis, pour certains, à faire des déclarations et faire de la politique. Alors des officiers et de très hauts gradés de l’armée, les meilleurs des enfants de ce pays qui ont tant donné, qui étaient prêts à donner leur vie, on les transforme en parias et on les met au ban de la société ! Quel crime ont-ils commis ? Pourquoi confisque-t-on leur citoyenneté ? Je crois que nulle part ailleurs au monde une telle loi n’existe. Si aujourd’hui on touche à la crème du pays, que qui va-t-il se passer alors pour les couches populaires ?

Nous avons observé des divergences à l’APN concernant la loi sur l’investissement entre députés FLN et RND, surtout s’agissant de la règle 51/49%. Comment expliquez-vous cela ?
Il n’y a pas eu tellement de divergences malheureusement. À quelques exceptions près de députés du FLN qui ont exprimé des préoccupations. Hélas, c’étaient les députés du FLN qui insistaient sur la suppression de la 51/49%.
Et bien sûr, les députés RND ont soutenu le texte de façon partisane et doctrinale. Bien évidemment, ce n’est pas par rapport au contenu du texte, mais par rapport au portefeuille ministériel qui est tenu par un dirigeant du RND.
À notre avis, cette loi a la même gravité que la loi portant dénationalisation des hydrocarbures qu’a ramenée Chakib Khelil en 2005 à l’APN. Nous avons un projet de loi qui institutionnalise le recours à l’emprunt extérieur par les entreprises. La suppression de la règle 49/51%.
Le droit de préemption de l’État a été vidé de son sens. Et puis, il y a exonération de toutes les taxes et de touts les impôts au profit des étrangers et bien sûr quelques locaux, sous couvert d’investissements directs étrangers (IDE). Quand on supprime tous les impôts, c’est un manque à gagner terrible pour le Trésor public. Cette loi transforme l’Algérie en poule aux œufs d’or, de la France surtout. Lorsqu’il y a eu la rencontre de la grande commission économique algéro-française, un député algérien a rassuré un haut responsable français en ces termes : “Vous allez voir le code de l’investissement qui va venir, il va vous arranger.” Dans ce projet de loi, c’est la mort de l’État algérien qui est programmée. Il va entraîner chômage, suppression de millions d’emplois et pauvreté. Ce qui alimentera la violence, d’ailleurs, les affrontements entre jeunes commerçants dans l’informel et les forces de l’ordre en sont une expression très inquiétante et plus grave, et plus grave, cette politique créera un vivier pour le terrorisme qui se nourrit de la misère et la met à profit. Et c’est pour cela que jusqu’à présent, le peuple algérien fait preuve d’intelligence. Mais cela ne veut pas dire qu’il se soumet et qu’il se résigne. Il cherche les voies et les moyens pour s’organiser de la meilleure manière de sorte à ce qu’il stoppe cet engrenage sans qu’il y ait de dérive dans notre pays. Parce que les Algériens ne veulent pas revivre un autre drame.

Présentée comme un tournant historique, la tripartite a finalement accouché d’une volonté de procéder à la suppression de la retraite anticipée ?
En vérité, le nouveau modèle économique annoncé par le Premier ministre c’est ce projet de loi (code de l’investissement, ndlr) scélérat, compradore et antinational. La tripartite, c’était de la palabre. Il y a eu cette volonté d’abroger la retraite proportionnelle et sans condition d’âge. C’est pourtant un acquis et donc un droit sacré. Cette remise en cause donne un avant-goût de ce qu’il y a dans le projet de loi sur le travail tenu secret. C’est aussi pour tester le terrain et voir si les syndicats vont réagir ou pas. Et ce n’est certainement pas un hasard si la tripartite a été organisée à la veille du Ramadhan. Ils pensaient que les travailleurs allaient être assommés pendant au moins la première semaine du mois sacré. Mais finalement, ils ont été surpris parce que les syndicats étaient sur le qui-vive. Ils ont vite réagi, et après, nous avons vu les cafouillages dans le gouvernement. Ils prétendent vouloir pérenniser la caisse des retraites. C’est archifaux. La caisse des retraites est aujourd’hui à 2,5 retraités pour un actif. Ce qui est catastrophique. Cela veut dire qu’il n’y a pas de politique d’emploi. Un gouvernement qui veut supprimer un million d’emplois dans la Fonction publique par le non-remplacement de tous les départs à la retraite ne peut pas prétendre vouloir préserver la caisse des retraites. Il va la liquider bien au contraire.
En vérité, ils sont en train de préparer l’opinion pour faire un pas extrêmement dangereux : toucher au système de protection sociale.

Toutes ces questions abordées et les décisions prises que vous dénoncez nous ramènent vers ce qu’ont dit les “19”. Persistez-vous à penser qu’il y a un pouvoir parallèle ?
Les 19 ne se sont pas réunis depuis janvier 2016 et je ne m’autoriserai jamais donc à parler en leur nom.

Pourquoi ne se sont-ils pas réunis justement ?
C’est parce qu’il y a eu une offensive contre le PT. Moi-même, les cadres du parti et tous les militants, nous étions mobilisés pour y faire face. Et le parti s’en est sorti renforcé et plus que jamais soudé. Donc même les signataires de la lettre des “19” étaient conscients que la sauvegarde du PT était la priorité de l’heure. Cependant, je peux vous dire que la même opacité persévère et va en s’aggravant.
D’autant plus que le gouvernement ne communique pas et n’explique pas les choses au peuple, et il se parle à lui-même et assène des coups. L’opacité signifie le pouvoir parallèle parce qu’on ne sait pas où les décisions sont prises. Et cela ouvre la voie à toutes les interprétations.
Les liens positifs entre les citoyens et les gouvernants sont distendus chaque jour un peu plus. Et nous disons attention, quand ces liens positifs sont rompus, c’est le début de la fin.

Tout ce constat que vous dressez, n’est-ce pas finalement le prix du quatrième mandat et donc des élections d’avril 2014 auxquelles vous aviez participé ?
La politique, ce sont des processus. Un mandat électif ne peut jamais, à lui seul, expliquer quelque chose. Le Président était malade avant les élections. Il a été candidat en étant malade et dans un fauteuil roulant, et il a été réélu dans les conditions que l’on sait. Je dis bien dans les conditions que l’on sait. À partir de ce moment là, la priorité pour nous était que ces élections ne soient pas une occasion qui ouvre la voie à la mise sous tutelle étrangère de notre pays.
Le pays s’en est sorti indemne et le plus important pour nous était de s’engager dans une véritable réforme politique de fond, parce que le Président s’était engagé à faire cela. Mais comme je l’ai dit, la politique ce sont des processus. Juste après les élections, il y a eu une sorte de conjonction. La chute du prix du baril et l’oligarchie qui avait décidé de sortir la tête, se montrer officiellement et se comporter en tant que telle. C'est-à-dire caporaliser la vie politique, les institutions de l’État. Ce sont des processus qui étaient latents. Ce sont comme les processus révolutionnaires. Ils n’éclatent pas du jour au lendemain. Ça avance, ça recule, ça stagne, ça reçoit des coups, ça sort, ça dévisse, puis ça reprend le cours normal. C’est donc un processus parce qu’il s’agit d’un régime politique obsolète. Il l’est depuis octobre 1988 et il aurait dû disparaître à ce moment-là. Mais les tenants de ce pouvoir-là ont réussi à le sauver, à le maquiller et à lui donner une façade démocratique. Je me souviens lorsque le Président avait demandé à me voir le jour de son investiture, à Club-des-Pins, je lui ai dit : “M. le Président, pouvez-vous donner des gages au peuple algérien que vous êtes un chef d’État éclairé ?” Il avait répondu : “Oui, je peux le faire.” Mais le processus oligarchique s’est enclenché juste après et il a fait main basse même sur les institutions de la République. Il y a des responsables au sommet de l’État qui sont contre ce processus, mais qui ont les mains liées. Ils ne sont pas contents du tout et ils sont inquiets.

Vous décrivez-là une prise d’otage, sinon carrément un coup d’État, Mme Hanoune…
Les velléités d’un coup d’État existent. Si je fais souvent référence au Brésil et au Venezuela, c’est pour que chacun réfléchisse. C’est l’oligarchie dans ces deux pays qui organise les coups d’État contre la volonté démocratique et les présidents. Parce que l’oligarchie veut toujours plus et n’est jamais rassasiée. Et lorsqu’elle n’obtient pas ce qu’elle veut, elle peut organiser un coup d’État. Ce qui est valable ailleurs l’est chez nous. Nous n’avons aucune immunité contre cela. Il serait salvateur de stopper maintenant cette marche vers le chaos. Le Président a été réélu sur la base d’un engagement.
Des réformes et des améliorations. Depuis 2011, il s’est engagé à ce que s’exprime réellement la souveraineté du peuple quant à la nature des institutions. C’était cela l’engagement du Président. Et pour nous, du point de vue de la démocratie, cet engagement doit être respecté. Il est encore temps de le faire. Nous ne nous attendions pas à un tel sinistre. Parce que c’en est un. La question fondamentale de la nature du régime se pose plus que jamais aujourd’hui. La question fondamentale du droit du peuple à définir lui-même la forme et le contenu des institutions dont il a besoin pour l’exercice de sa souveraineté. Et cela veut dire restituer la parole au peuple dans un processus constituant pacifique.
C’est désormais une question de sauvetage pour la nation au regard des dérives très graves en cours, qu’il s’agisse de l’arsenal de lois liberticides, du code de l’investissement scélérat, ou du recours à l’intimidation et même l’emprisonnement abusif de cadre à l’instar de Mme Nedjai, directrice au ministère de la Culture, et de responsables d’entreprise de presse, et ce, en violation des garanties énoncées dans la Constitution révisée.

Entretien réalisé par Mehdi Mehenni

Tag(s) : #Vie politique

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