Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Réseau des Démocrates

Espace de rencontres et d'échanges d'expériences en vue de construire des alternatives démocratiques et sociales.

Réseau des Démocrates

Chronique du jour : Ici mieux que là-bas L'étranger

 Chronique du jour : Ici mieux que là-bas L'étranger

Par Arezki Metref
arezkimetref@free
.fr


Peut-on parler de l'étranger sans que cela ne renvoie fatalement à Albert Camus et à son sombre Meursault ? Peut-on tracer ces lettres en conférant au mot suffisamment d'autonomie pour le découpler de la chanson de Léonard Cohen ?
L'étranger. Ça veut dire quoi, l'étranger ? J'ai presque envie de commencer par en rire en songeant au mot de l'humoriste Raymond Devos qui ironisait sur l'impensé auquel s'adosse le rejet naturel de celui qui vient d'ailleurs : «Mon voisin déteste à tel point les étrangers que lorsqu'il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter».
Mais revenons à plus sérieux, cette définition de base, c'est-à-dire juridique, qui tient pour étranger toute personne qui ne possède pas la nationalité du pays où elle se trouve au moment concerné.
Du coup, le mot étranger recouvre un large spectre de significations allant du migrant au réfugié, en passant par l'expatrié, le demandeur d'asile, le clandestin, etc.
Dans les moments de crise dans presque tous les Etats, et dans les temps électoraux en ce qui concerne les grands pays démocratiques, l'étranger devient le catalyseur involontaire de toutes les tensions, le bouc émissaire idéal.
Il y a des moments, les plus cruciaux, qui sont justement ceux de l'étranger. Sans qu'il le veuille. Et je crois que nous sommes en plein dans l'un de ces moments.
Ce sont des étrangers qui lestent de leur fuite désespérée des embarcations de fortune et qui, au péril de leur vie, cinglent vers l'Europe, pays de cocagne.
Mais ce sont aussi des étrangers qui ont commis ces abominables exactions contre des femmes en Allemagne, le soir du réveillon du 31 décembre. Ça ne les excuse pas, bien au contraire. Ils éclaboussent par des actes répréhensibles des populations entières. Ils renforcent les préjugés.
Les étrangers ont aussi cette autre fonction, c'est bien connu, et depuis très longtemps, d’être le fauteur du chômage, de l'insécurité, de la baisse du niveau des écoliers, etc.
La Suisse, le Danemark et certains landers allemands ont trouvé le moyen de faire casquer ces parasites d'étrangers que sont les demandeurs d'asile. On leur confisque leurs maigres biens - argent, bijoux, valeurs, etc. - à hauteur de quelques centaines d'euros, ce qui est souvent considérable pour eux, pour ne pas dire vital. Et attention à quiconque oserait s'aventurer dans une comparaison sacrilège avec les extorsions pratiquées par les régimes totalitaires !
On veut nous convaincre que c'est là une mesure destinée à dissuader les réfugiés. On sait pourtant que ce ne sont pas quelques centaines d'euros extorqués à des réfugiés qui régleront le problème de l'exode massif provoqué par l'agression criminelle et dévastatrice contre l'Irak, la Libye, la Syrie... Et à qui le tour?
Un type interrogé dans la rue à Genève disait : «C'est normal, ce n'est pas avec nos impôts qu'on va les faire vivre, tous ces étrangers.»
Avant de se plaindre de l'étranger, celui qui mange le pain des autochtones, il faudrait d'abord que les citoyens des pays qui élisent leurs élites politiques demandent des comptes à ces dernières. Pourquoi s’en vont-elles guerroyer loin des yeux et pousser à ce chaos dont les réfugiés sont le moindre symptôme ?
Il faut rendre justice à ce clown pathétique de Donald Trump pour l'absence totale chez lui de ce surmoi qui l'aurait empêché de dire n'importe quoi. Ainsi, au moins, les choses sont claires. Concernant les étrangers, il a une doctrine qui procède de la pathologie. Quand on dit étrangers aux USA, on vise généralement les Mexicains. Le 16 juin 2015, le tonitruant et désinhibé candidat républicain à la Maison Blanche déclarait: «Quand le Mexique nous envoie des gens, ils n'envoient pas les meilleurs. Ils amènent des drogués, des criminels, des violeurs.» Concernant les musulmans, qui deviennent dans sa terminologie des étrangers, qui formeraient donc une nationalité, il préconise à leur encontre rien moins que « la fermeture totale des Etats-Unis».
Certains de ces propos ne rappellent-ils pas, quelque part, l'euphémisme de l'émigration choisie d'un certain Nicolas Sarkozy en France qui ne cachait pas l'impudeur de vouloir la crème des pays émergents mais pas le tout-venant.
D'ailleurs, le mot étranger ne s'applique pas dans sa dimension péjorative et sa connotation xénophobe à des gens fortunés. On ne voit pas du même œil le riche prince saoudien qui sème ses pétrodollars au Ritz et le sans-papiers somalien qui ramasse les fruits pourris de fin de marché populaire de la banlieue parisienne.
C'est aussi une question autour de l'étranger qui a fait que Christiane Taubira, ministre de la Justice, a quitté avec juste ce qu'il faut de fracas le gouvernement français.
Cette fixation obsessionnelle d'un gouvernement se disant de gauche, qui avait promis le vote des étrangers et qui finit par se résoudre à la déchéance de nationalité, n'a pas manqué de troubler davantage les termes d'un débat déjà passablement brouillé. Une question incidente découle de cette obsession, à savoir si les binationaux sont d'heureux détenteurs de deux nationalités ou, au contraire, des étrangers dans deux pays.
C’est aussi à ce casse-tête… chinois que se sont attaqués nos vaillants rédacteurs de Constitution qui visiblement deviennent des maîtres dans l’art de n’amender que pour cliver davantage. Ainsi, ils veulent enlever à nos binationaux la possibilité d’endosser des responsabilités.
Si on a par exemple un Einstein binational, on lui préférera quand même un Saâdani national. Je suis d’accord. A condition de commencer par appliquer ça aux footballeurs.
A. M.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article