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Saida Ounissi, nouvelle députée d'Ennahda, sur l'avenue Bourguiba à Tunis © PP
Saida Ounissi, nouvelle députée d'Ennahda, sur l'avenue Bourguiba à Tunis © PP

27 MARS 2015 | PAR PIERRE PUCHOT

La participation du parti musulman Ennahda au gouvernement tunisien mené par le parti Nida Tounes illustre l'alliance des deux formations qui, depuis 2011, ont évité d'entreprendre toute réforme de fond. Ce tête-à-tête est à peine troublé par le parti libéral Afek Tounes. Portrait, à Tunis, de cette nouvelle coalition au pouvoir pour cinq ans.

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Tunis, de notre envoyé spécial.- Il y a de nouvelles têtes, certes. Celle de Saida Ounissi, par exemple, la députée d’Ennahda sur la circonscription France 1. À 27 ans, cette thésarde en sociologie politique à Paris, ancienne responsable de la presse de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF, inspirée des Frères musulmans), a débarqué en politique pour redonner du souffle au groupe parlementaire du parti musulman conservateur Ennahda, renouvelé aux deux tiers lors des dernières élections législatives d’octobre 2014. Il y a aussi la figure de Zied Lardhari, porte-parole d’Ennahda, que le parti a habitué aux plateaux de télévision à partir de 2013, pour finalement le promouvoir, à 40 ans, ministre de l’emploi et de la formation professionnelle (voir ici la composition du gouvernement tunisien, et celle de l'Assemblée des représentants du peuple).

Parmi ces nouvelles têtes il y a aussi Samira Merai. Lorsqu’elle nous reçoit fin février, à quelques pas de la cathédrale de l’avenue Bourguiba, cette professeure de pneumologie de 52 ans, députée du parti libéral Afek Tounes de 2011 à 2014 à l’Assemblée nationale constituante, vient tout juste d’être choisie pour diriger le ministère de la femme et de la famille. « Je suis réformiste, pas révolutionnaire », dit Samira Merai. Quand beaucoup ont pris l’habitude de décrire la Tunisie comme un petit pays pour mieux expliquer l'absence de réformes, la ministre affirme mettre rapidement en place rien de moins qu’une couverture maladie universelle (CMU) : « Le Sénégal l’a bien fait, lui. »

Sa parole tranche avec le discours tiède et vague du seul ministre d’Ennahda, Zied Lardhari. Pourquoi, avec soixante-neuf députés, Ennahda s’est-il contenté d’un seul poste au gouvernement, quand Afek Tounes en a trois, pour seulement huit députés ? Pourquoi Ennahda, après avoir gouverné le pays pendant deux années et demie, a-t-il choisi de faire de la figuration au sein d’un gouvernement mené par le parti Nida Tounes, du président Béji Caïd Essebsi, dont le principal axe de campagne fut le « vote utile » pour bouter Ennahda hors du pouvoir ?

« Nous avons toujours plaidé pour un gouvernement de consensus national, avant, pendant la campagne et après les résultats, explique Zied Lardhari. Le pays a besoin de sortir du schéma “majorité versus opposition”, qui est tout à fait valable dans une démocratie établie, mais ne l’est pas dans une démocratie en transition. Aujourd’hui, la Tunisie a besoin d’unité et d’une coopération active entre les différentes forces politiques. Notre participation au gouvernement nous apparaissait essentielle, et nous n’avons pas cherché à négocier sur le nombre de ministères. »

Zied Lardhari, ministre de l'emploi et de la formation professionnelle, dans son nouveau bureau. © Pierre Puchot

« Je me suis engagé pour montrer que la représentation politique peut être vecteur de changement, ajoute Saida Ounissi, elle aussi députée du bloc Ennahda, convaincue que l'entrée au gouvernement constituait le juste choix pour Ennahda. Le changement, vous le faites lorsque que vous exercez des responsabilités et non pas quand vous êtes dans l’opposition. Construire la Tunisie, cela veut dire être dans le gouvernement. » La jeune femme, qui se définit comme une « sociale-libérale », admet que les désaccords fondamentaux entre Ennahda et Nida Tounes ne sont aujourd’hui « pas très clairs », sauf « peut-être sur la nature du régime, où nous avons davantage milité pour un régime parlementaire ».

Le régime parlementaire mixte, adopté en janvier 2014, est en fait un compromis entre le régime présidentiel souhaité depuis 2011 par Béji Caïd Essebsi et ce que désire Ennahda. « Nous croyons qu’avec la Constitution du 26 janvier 2014, il y a maintenant un terrain d’entente entre toutes les forces politiques, y compris avec le mouvement Ennahda », nous explique de son côté Mohsen Marzouk, ministre-conseiller auprès du président de la République, chargé des affaires politiques et considéré comme le stratège et le numéro deux du parti Nida Tounes.

« Islamiste, pas islamiste, Ennahda face à Nida Tounes, cela ne nous intéresse pas, explique enfin Samira Merai, ministre du parti Afek Tounes. Nous nous concentrons sur le programme gouvernemental, avec une coalition qui permette au gouvernement de faire le maximum de réformes. Nous avons besoin à la fois de Nida Tounes et d’Ennahda pour cela. Leur présence au gouvernement va nous permettre de faire voter les réformes à l’Assemblée. »

Avec le soutien également de l’Union patriotique libre (16 élus) de l’homme d’affaires Slim Riahi, cette coalition conservatrice et libérale comprend 167 députés sur les 217 que compte l’Assemblée. Seule formation majeure à ne pas avoir choisi d’entrer au gouvernement, le Front populaire aura bien du mal, avec seulement 15 députés, à jouer son rôle de parti d’opposition.

L’accord programmatique qui semble se dessiner au sein du gouvernement recoupe en grande partie les aspirations du parti Afek Tounes, véritable inspirateur de la future politique tunisienne. Exit donc les plans de relance et programmes de rééquilibrage du pays, rêves éphémères post-révolution pour des régions du centre et du sud marginalisées et qui ont porté la révolution tunisienne.

« Afek Tounes est un parti social-libéral, insiste Samira Merai, notre programme contient un volet social, concernant la mise en place de la CMU ou de la réforme de l’éducation. La Tunisie n’a actuellement rien d’autre que ses ressources humaines, et il faut donc l’implication de tout le monde pour aboutir à nos réformes structurelles. » La ministre insiste tout de même sur le fait que ces réformes « passent par une économie tunisienne libérée, plus encore que libérale. Notre législation et notre administration s’opposent aux réformes et la bureaucratie ne facilite pas l’entrepreneuriat. Nous avons absolument besoin d’une réforme fiscale. Notre idée principale est de diminuer les impôts en augmentant l’assiette générale, pour parvenir à la justice fiscale ». Beaucoup de Tunisiens n'ont en effet jamais payé d'impôts de leur vie, et cela, indépendamment de leurs revenus.

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Samira Merai n’en finit plus d’évoquer cette bureaucratie qui, à l’heure d’Internet, aboutit parfois à ce qu’un courrier entre deux ministères mette plus d’une semaine à parvenir. « Un citoyen, pour monter une entreprise, ouvrir une boulangerie, a six mois de démarches devant lui. Vous trouvez ça normal ? Il y a une restructuration nécessaire de la fonction publique, qui passera par la loi. Mais il y a aussi les habitudes. Il faut travailler à partir d’objectifs précis, c’est ce que j’essaie de mettre en place dans mon ministère, de transmettre à mes équipes. »

Une heure avant notre entretien, Samira Merai réunissait son équipe à propos d’un centre de lutte contre les violences faites aux femmes, inauguré en 2013 par le président de la République d’alors, Moncef Marzouki, mais toujours fermé au public. Une convention a pourtant été signée dès janvier 2014 avec une association qui n’a pas honoré ses engagements. La ministre a fait de l’ouverture de ce centre un objectif de ses cent premiers jours, et s’est donné un mois pour réformer de fond en comble l’organisation de travail de son ministère.

Déjà dans l’action, le parti Afek Tounes semble bien en avance sur Nida Tounes, qui compte dix fois plus de députés mais demeure embourbé dans une crise interne.

Les jeunes absents

Lorsque qu’on le rencontre, fin février à Tunis, Mohsen Marzouk sort d’une nouvelle réunion interne de Nida Tounes censée préserver l’équilibre entre l'aile gauche du parti et les conservateurs plus proches de l’ancien régime. Jusque-là, ce parti hétéroclite a réussi à éviter l’implosion, après sa création autour de Béji Caïd Essebsi, premier ministre de mars à novembre 2011. Son arrivée au pouvoir a toutefois bouleversé les équilibres et fait naître des mécontentements.

Pour Mohsen Marzouk, personnage clé de l’État tunisien depuis la double victoire de son parti aux législatives et à la présidentielle, Nida Tounes vit simplement la vie d’un jeune parti politique moderne, passé de l’opposition au gouvernement et doté de plusieurs« courants ». « Nous n’avons jamais eu un moment de répit pour bien structurer le parti, explique-t-il. Ennahda et le CPR de Moncef Marzouki (président de la République durant la transition – ndlr) nous ont dès le début taxé de parti de l’ancien régime. Il y a plusieurs tendances qui s’expriment actuellement, mais nous restons donc dans les normes démocratiques, et avec tous ces problèmes, nous avons tout de même gagné deux élections. Les résultats sont là. »

« C’est un passage difficile, finit-il par concéder. Il y a une nouvelle vague de personnes qui veulent prendre le pouvoir dans le parti, mais je suis sûr que l’on va parvenir à un accord, comme nous sommes parvenus à un accord par exemple sur le fait que le premier ministre Habib Essid devait être un indépendant, car nous avions déjà le poste de président de la République. »

La moitié des membres du groupe parlementaire de Nida Tounes détenait cependant sa carte au RCD, le parti de Ben Ali. Qu’est-ce donc qui unit Nida Tounes ? « Nida Tounes est un parti centriste, plutôt social-démocrate. Nous considérons que tous ceux qui ont travaillé pour le RCD, mais qui acceptent qu’une révolution a eu lieu contre le despotisme, ont droit à une deuxième chance. Et nous ne sommes pas un parti laïque, comme on l’écrit en France, nous prônons simplement la séparation entre le politique et la religion, mais pour un peuple à majorité musulmane, et l’économie sociale de marché. » L’économie sociale de marché ? « C’est le concept qui a inspiré toute l’évolution du modèle allemand, qui marche bien aujourd’hui. »

Samira Merai, nouvelle ministre de la femme et de famille, dans son bureau de Tunis. © PP

Fin mars, Nida Tounes se déchirait toujours sur la répartition des postes au bureau politique. Le 22 mars, Hafedh Caïd Essebsi, fils du président de la République et membre du comité constitutif du parti, affirmait cependant qu’il existait une possibilité de trouver un accord à court terme.

Dans l’ombre de ces déchirements et accords entre partis dominants à l’Assemblée, toute une génération est pourtant absente de cette nouvelle élite au pouvoir. « Les jeunes et la génération de la révolution sont absents de ce parlement », affirme Zineb Turki. Médecin de 33 ans, directrice de campagne de l’ancien opposant Ahmed Nejib Chebbi, Zineb Turki a tiré le bilan de l’échec de son parti, le Parti démocrate progressiste (PDP), en prenant ses distances par rapport à la politique après l'élection présidentielle.

Elle analyse le parcours des partis de l’opposition historique. « L’ancienne opposition a eu du mal à se renouveler et à s’adapter à la nouvelle réalité politique, explique-t-elle.Le fonctionnement est resté archaïque, au point de faire fuir la plupart de nos militants. À un moment, il faut organiser le renouvellement de la direction, sinon votre parti s’effondre. C’est ce qui est arrivé chez nous, C’est la même chose pour Ettakatol, le Massar… C’est dommage, car il y a aujourd’hui un espace au centre-gauche, qu’occupe de manière artificielle Nida Tounes, et que nous aurions pu occuper, nous. »

« Pourquoi Afek Tounes, ou même le Front populaire, ont réussi à faire leur trou dans l’Assemblée, et pas nous ? poursuit Zineb Turki. Ils ont su proposer des choses concrètes aux Tunisiens. Afek a proposé très tôt une réforme fiscale que ses membres étaient capables de détailler sur les plateaux de télévision. Le Front populaire a donné de l’espoir et fut capable, en 2013, de proposer par exemple une loi de finances alternative. En dehors du bloc Ennahda et du bloc destourien représenté par Nida Tounes, c’est grâce à des propositions concrètes que ces partis sont parvenus à exister sur la durée. »

Sans parti mais avec de solides états de service au lendemain de la révolution, un autre opposant historique à ben Ali, Kamel Jendoubi, est pourtant parvenu, en ce printemps 2015, à se frayer un chemin jusqu’au conseil des ministres. Directeur de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) qui organisa l’élection post-révolution du 23 octobre 2011, Kamel Jendoubi est la caution de gauche de ce gouvernement. Mais que signifie donc ministre « chargé des relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile » ?

« La Constitution impose la création de cinq institutions indépendantes (voir le détail de la Constitution). Vont être créées aussi la Cour constitutionnelle, l’Assemblée des collectivités locales… Mon rôle, explique-t-il, est de mettre en orbite ces institutions, nouvelles ou déjà en place. La commission des droits de l’homme, par exemple, existe depuis 2008 ; elle a été mise en place sous Ben Ali. Je dois aider à sa mise en conformité avec le régime actuel et les exigences démocratiques.» Kamel Jendoubi insiste sur l’aspect « participatif » de son ministère, ouvert à la société civile et aux associations, qui seront consultées, et à des « compétences à l’extérieur de l’État ». Les textes passeront ensuite par le conseil des ministres puis devant l’Assemblée.

Société civile

C’est en quelque sorte la colonne vertébrale du fonctionnement institutionnel de la Tunisie qui va s’élaborer dans les bureaux du ministère de Kamel Jendoubi. Que vient faire cependant la société civile dans cette mission ? « Nous allons créer une sorte de “portail” de la société civile, qui permette de connaître les associations qui travaillent aujourd’hui en Tunisie et les ressources qu’elles offrent aux Tunisiens, assure le nouveau ministre. Il faut soutenir cette société civile, pour éviter qu’elle soit en partie instrumentalisée, comme cela a été le cas parfois après la révolution. »

Saida Ounissi, nouvelle députée d'Ennahda, sur l'avenue Bourguiba à Tunis © PP

Kamel Jendoubi a néanmoins choisi de faire partie d’un gouvernement mené par l’alliance de Nida Tounes et d’Ennahda, deux partis qui se sont entendus pour organiser l'absence de réforme et permettre notamment que les anciens du RCD puissent se représenter aux dernières élections législatives. Publié en janvier, le rapport de l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) et de l'ONG tunisienne Freedom without borders (FWB) est accablant. Intitulé « Torture en Tunisie : justice, année zéro », le texte souligne que « depuis la révolution, des centaines de Tunisiens ont été torturés par les forces de police. (…) La justice tunisienne participe elle aussi à l'impunité » dont jouissent les tortionnaires. « Aucun juge ni médecin n'a, à ce jour, été poursuivi alors qu'ils ont été nombreux à aider les tortionnaires à camoufler leur crimes. »

Garantie par la Constitution, la liberté d’expression reste menacée. Mi-mars, deux journalistes, dont le présentateur vedette et directeur de la nouvelle chaîne de télévision 9tv, Moez Ben Gharbia, ont été condamnés à six mois de prison avec sursis pour « offense au chef de l’État ». Personne dans l’entourage de Béji Caïd Essebsi, pas plus que chez Ennahda, ne s’est en outre soucié de réformer le Code pénal, qui considère toujours la diffamation comme de sa compétence (il prévoit pour cela une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux années) et fait ainsi concurrence au Code de la presse adopté après la révolution.

De même, la condamnation du journaliste Yassine Ayari à une année de prison ferme pour « outrage à l'armée » démontre que la liberté d'expression demeure restreinte et encadrée par des corps constitués (ministères de l’intérieur, de la justice, de l'armée).

Alors que vient donc faire Kamel Jendoubi dans cet attelage ? « Je serai le ministre du contre-pouvoir, affirme-t-il. Aujourd’hui, il s’agit de construire les nouvelles structures de l’État. Il faut refonder l’État tunisien, c’est cela notre mission. Et cette refondation, c’est à tout le monde de la faire, pas simplement aux gens de gauche. J’ai estimé que j’avais ma place dans ce processus. »

La justice transitionnelle (JT) est l’une des grandes absentes de l’après-révolution. Le président Béji Caïd Essebsi a souhaité que la loi sur la justice transitionnelle, votée tardivement en 2013 sous le gouvernement Ennahda, soit revue. De 30 millions de dinars, l'instance Vérité et dignité (IVD) a vu son budget réduit à 10 millions (5 millions d'euros). La transition a, pour l’heure, écrasé les volontés des réformes. L’action conjointe de Nida Tounes et d’Ennahda aboutira-t-elle aux mêmes effets ?

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« Nous respectons la loi sur la JT, rétorque Mohsen Marzouk, qui tient à rappeler qu’il a lui-même créé en 2003 le réseau arabe pour la justice transitionnelle. Mais nous attendons que le Parlement, lorsqu’il créera sa commission sur les droits de l’homme, ait un débat avec la commission de la JT pour un plan d’action. Il faut un débat public. » Le président Béji Caïd Essebsi, cadre du Néo-Destour sour Bourguiba et président du Parlement tunisien sous Ben Ali, en 1990-1991, ira donc témoigner devant l’instance Vérité et Dignité si celle-ci le lui demande ? « Si la loi l’exige, pourquoi pas ? » répond Mohsen Marzouk.

Plus intéressé désormais par les questions économiques, Mohsen Marzouk mise beaucoup sur le forum international sur l’investissement qui doit se tenir au mois de septembre en Tunisie. « La Tunisie va bénéficier d’une aide assez importante de nos partenaires, de pays amis, mais aussi d’investisseurs qui ont salué le changement politique récent, dit-il, sans donner plus de précision. Aujourd’hui, en Tunisie, il faut commencer cette révolution tranquille, une révolution faite de réformes concrètes, dans le calme, et une vie politique assainie. »Quatre ans après la révolution, le temps de la réforme en Tunisie est encore à venir.

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