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28 AOÛT 2014 | PAR LUCIE DELAPORTE

L'arrivée de l'ex-ministre du droit des femmes au ministère de l'Éducation nationale a provoqué un déchaînement de critiques à droite, dans le sillage de la Manif pour tous. Farida Belghoul, porte-parole des «Journées de retrait de l'école», en profite pour lancer sa Fédération de parents d'élèves avec l'appui d'extrémistes hallucinés.

«La polémique inutile et les débats stériles n'auront pas de place dans mon ministère, dit-t-elle. Je ne tolérerai pas les instrumentalisations insupportables de l'école.» Depuis qu’elle est arrivée au ministère, les premiers mots de la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, sur RTL, ont été à l’apaisement. À peine sa nomination annoncée, la galaxie des réactionnaires de tout poil a commencé à se mobiliser, avec une violence parfois inouïe. En ligne de mire de la droite et plus globalement de toute la galaxie des « anti-genre », son engagement dans la promotion des ABCD de l’égalité – ce programme destiné à lutter contre les stéréotypes de genre à l’école,aujourd’hui retiré –, mais aussi sa défense sans faille du mariage pour tous.

À l’UMP, le nom de la nouvelle locataire de la rue de Grenelle à peine connu, on s’est littéralement déchaîné. D’Isabelle Balkany à Éric Ciotti, chacun y est allé de sa petite phrase pour dénoncer une« provocation », ou pour la sommer, comme le patron de l’UMP Luc Chatel, de clarifier ses positions quant à la « théorie du genre ».

De manière assez surprenante au regard du parcours bien sage de la nouvelle ministre, commencé aux côtés de Gérard Collomb puis de Ségolène Royal, la droite a aussi tiré à boulets rouges, à l’instar de Thierry Mariani, sur son « sectarisme » voire son « gauchisme ». Femme, jeune, Arabe, socialiste, de confession musulmane, féministe, Najat Vallaud-Belkacem donne visiblement à certains des bouffées de chaleur. Nadine Morano, pleine de sous-entendus, a ainsi tenu à rappeler sur Twitter que la nouvelle ministre avait voté contre la loi interdisant la burqa.

Dans les rangs de la Manif pour tous, où l’ex-ministre du droit des femmes est une figure honnie, on n’en finit pas de crier à l’outrage. « Je suis horrifiée », a ainsi déclaré dans Le Figaro la patronne de la Manif pour tous, Ludovine de La Rochère, à l’annonce de cette nomination. « C'est aberrant, choquant. Nous appelons d'autant plus les Français à descendre dans la rue le 5 octobre. » Cette manifestation est prévue de longue date contre la « circulaire Taubira sur la GPA ». Son instigatrice appelle désormais à ce qu’elle se transforme en un rassemblement contre la nouvelle ministre, coupable d’être « dans la lutte des sexes comme d'autres ont été dans la lutte des classes » et de « prôner l’indifférenciation des sexes et (de) diffuser l’idéologie du genre à l’école », explique-t-elle dans un communiqué publié mardi.

Christine Boutin, alors que la rumeur de l’arrivée de Najat Vallaud-Belkacem à l’Éducation commençait à circuler, s’était, elle, fendue d’un avertissement sur Twitter pour dire que sa nomination serait « une vraie provocation pas tolérable ». L’arrivée de l’ex-ministre du droit des femmes au ministère de l’éducation nationale aura réussi en quelques heures à électriser toute la galaxie des complotistes de « la théorie du genre » qui lui vouent, de longue date, une détestation sans nuance.

Farida Belghoul, la porte-parole des «Journées de retrait de l’école», et qui peut pourtant se targuer d’avoir obtenu le retrait des ABCD de l’égalité, a de son côté publié un communiqué halluciné, intitulé « Belkacem versus Belghoul ». Elle y explique que la nomination de « Monsieur Najat Vallaud-Belkacem » (sic), « la chouchoute du lobby gay, trans et bi et cie », est tout simplement une« déclaration de guerre aux familles de France ». Dans la prose illuminée qui est sa marque de fabrique, elle prédit néanmoins « la victoire finale » : « Ils pressent le pas car leur défaite est à l’horizon. (…) Ils plantent une femme “arabe” dans le dos d’une autre femme “arabe”. Ils oublient que l’une des deux, et c’est ce qui la caractérise bien plus que sa race, est prête à mourir pour sauver les enfants. (…) Pères et mères de France, engagés et courageux, rassemblez-vous dans les rangs de la FAPEC (…) lancez-vous dans ce combat béni. (…) Battez-vous ! Votre regard intensément posé sur votre enfant emporte déjà la victoire finale. »

Forte du succès inattendu, l’an dernier, de ces «Journées de retrait de l’école» et des premiers reculs du gouvernement sur ces questions, Farida Belghoul a en effet décidé de passer à la vitesse supérieure en créant à la rentrée la « Fédération autonome des parents engagés et courageux », la FAPEC, avec, pour horizon, les élections des représentants de parents d’élèves du 12 octobre prochain.

En juin, près de Lyon, la FAPEC a réuni ses premières assises autour d’un attelage hétéroclite de personnalités allant du militant d’extrême droite Alain Escada, président de l’institut Civitas, à Albert Ali« auteur-patriote-musulman », comme se définit ce proche de l’essayiste antisémite Alain Soral, ou encore Rémy Daillet, père de sept enfants et militant de l’école à la maison.

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Pour Farida Belghoul, il s’agit d’offrir aux parents une formation afin de « remédier aux difficultés scolaires de leur enfant », mais aussi de rappeler aux élèves les vrais jalons de l’histoire de France, avec « une formation sur la France des rois, avec des personnages décisifs comme Clovis, Saint Louis ou Jeanne d’Arc ». À ses côtés, le président de Civitas, Alain Escada, a expliqué que cette fédération avait pour but de lutter contre le« nouvel ordre sexuel mondial » pour « offrir une alternative à l’école de la République aux ordres d’une vision laïciste et internationaliste (qui) veut séparer l’enfant de Dieu comme de ses parents ». Il déclare tranquillement que cette organisation a pour but « d’encourager de plus en plus de parents à choisir soit l’école à domicile, soit les écoles hors contrat pour préserver leurs enfants de l’entreprise de subversion à laquelle nous assistons depuis des décennies ».

Celle qui fustige depuis des années l'école, « ce lieu où rien ne marche (...) où on fabrique des délinquants, demain des barbares », comme elle le disait dans un documentaire qui lui était consacré, il y a quelques années, a réussi à fédérer autour d'elle, au-delà des catholiques intégristes et des musulmans traditionalistes, les grands brûlés de l'école, à l'image de Mourad Salah, élu municipal à Melun et qui se présente (voir la vidéo ci-dessous) comme « le pur produit de l'échec scolaire ». Dans cette conférence de presseoù se côtoient Christine Boutin, Nabil Ennasri du collectif des musulmans de France et Béatrice Bourges de la Manif pour tous, on voit l'élu au logement appeler à retirer les enfants « de cette antre du mal ».

« Cette instrumentalisation de l’école est effectivement très inquiétante, dénonce Paul Raoult, le président de la FCPE, principale fédération de parents d’élèves. Nous sommes bien sûr pour le pluralisme mais ces gens-là sont connus pour leurs délits xénophobes. Ils défendent des valeurs qui ne sont pas celles de l’école. »

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