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 Lorsque les anciens chefs de gouvernement passent à l’opposition

Abdelaziz Belkhadem rejoindra-t-il les rangs de l’opposition ?

Sans doute. Même si l’on ignore encore la forme que choisira le désormais ex-ministre conseiller, il va sans dire que ce ténor de la classe politique qui a occupé le devant de la scène depuis les années soixante dix, ne va pas prendre sa retraite politique aussi facilement.


Kamel Amarni - Alger (Le Soir) -

Certes, la spectaculaire décision de Bouteflika le prive définitivement des arcanes du pouvoir et du FLN, ses extraordinaires rampes de lancement et qui ont toujours conféré à leurs bénéficiaires des soutiens logistiques et politiques considérables. Mais cela n’empêchera pas Belkhadem de rejoindre aussi cette sorte de «club» des anciens Premiers ministres ou de chefs du gouvernement qui constitue une force d’opposition au régime. Parfois plus virulente que l’opposition classique elle-même. De tous les anciens titulaires de ce poste de chef de l’exécutif, l’on retient deux exceptions, Ahmed Ouyahia et Smaïl Hamdani qui n’ont jamais versé dans l’opposition même après leur mise à l’écart. Sinon, c’est devenu quasiment systématique.

Mohamed Ben Ahmed Abdelghani, le premier à avoir occupé ce poste créé avec la venue de Chadli Bendjedid au pouvoir, en 1979, sera nommé à la présidence après son départ de la chefferie où il demeurera jusqu’à son retrait de la vie politique en 1988. Il faut dire que, sous le parti unique, les choses se passaient différemment et les «rébellions» contre le système n’étaient pas dans les mœurs ! Tout commencera dès 1988. Le successeur de Abdelghani,

Abdelhamid Brahimi par contre, n’a jamais admis d’être écarté du pouvoir, au lendemain des tragiques événements d’Octobre 1988 ! A tel point qu’il versera dans une opposition radicale et, à partir de Londres où il s’est volontairement exilé, on lui découvre des convictions intégristes. Il constituera depuis, l’un des défenseurs les plus acharnés du FIS dissous !

Vint alors Kasdi Merbah. L’ancien patron de la redoutable Sécurité militaire, la véritable boîte noire du système algérien, était d’un autre calibre. L’homme était tellement fort, qu’il avait failli provoquer une grave crise lorsqu’il refusera son limogeage en 1989. En 1990, il créera son propre parti politique, le MAJD, après avoir quitté le FLN, et se choisira comme ligne, une opposition frontale au pouvoir.

Mouloud Hamrouche aussi n’admettra pas son limogeage, en juin 1991, à la suite de l’insurrection du FIS qui avait carrément paralysé Alger. Il est, depuis, dans l’opposition. Mais sans jamais créer son propre parti ou alors structurer son puissant courant à l’intérieur du FLN. Son successeur et adversaire de toujours,

Sid Ahmed Ghozali, qui avait volontairement quitté le pouvoir, après l’assassinat de Mohamed Boudiaf, le 29 juin 1992, agira, lui, en deux temps. Jusqu’en 1999, il se mettra à l’écart. Il ne versera dans l’opposition qu’à la suite du refus de Bouteflika d’agréer son nouveau parti politique, le Front démocratique.

Quant à Bélaïd Abdeselam, farouche adversaire de Bouteflika depuis l’ère Boumediène, avait mis fin, curieusement, à ses sorties «intempestives» ces dernières années. Tandis que Réda Malek, ancien chef du gouvernement, puis membre du HCE, avait, un moment, créé un parti, l’ANR, avant d’annoncer sa retraite politique.

Sous Bouteflika, c’est incontestablement Ali Benflis qui mènera la vie dure au régime. Il aura fallu l’utilisation de l’ensemble des moyens de l’Etat pour le renverser de son poste de secrétaire général du FLN, en 2003 et faire face à sa double candidature aux présidentielles du 8 avril 2004 et du 17 avril 2014. Et à deux reprises, Bouteflika en personne s’impliquera lourdement dans la bataille pour barrer la route à son ancien chef de gouvernement. A tel point que, même après les présidentielles du 17 avril 2014, instruction ferme fut donnée de ne jamais délivrer d’agrément au nouveau parti créé par Ali Benflis ! Ceci, tandis que Ahmed Benbitour n’a jamais réussi, lui, à se constituer une base sociale, des réseaux efficaces à même de lui permettre de donner un prolongement concret sur le terrain, à une activité intellectuelle certes abondante. Au moment aussi où l’ancien chef de gouvernement de Liamine Zeroual, Mokdad Sifi, se suffit, lui, de quelques rares sorties depuis sa candidatures aux présidentielles de 1999. Quelle voie choisira alors Abdelaziz Belkhadem lui, qui, de tous, aura certainement reçu, mardi dernier, le coup politique le plus assommant depuis l’indépendance.
K. A.

Tag(s) : #Vie politique

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