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le 22.04.14 | 10h00 Réagissez

 

 

Témoin direct de l’embuscade contre les militaires à Iboudrarène, wilaya de Tizi Ouzou, un patriote revient sur «les graves défaillances» ayant facilité cette attaque.

Selon lui, les militaires n’auraient pas dû être transportés par bus de nuit et sur une route à forte activité terroriste. Une fois le véhicule renversé sur le côté des portières, les soldats étaient pris au piège. Il a fallu la riposte de l’escorte pour repousser les assaillants et les empêcher ainsi de prendre les armes et d’achever les survivants.
Très prompt à réagir pour rectifier le bilan des pertes parmi les soldats après l’embuscade meurtrière qui a officiellement coûté la vie à 11 militaires, le ministère de la Défense n’a malheureusement pas expliqué les circonstances de l’attaque ni comment le convoi est tombé en de pareilles conditions dans le piège tendu par les terroristes.

En attendant que la muette retrouve la parole, un patriote d’Iboudrarène revient, sous le couvert de l’anonymat, avec force détails sur les graves défaillances qui ont conduit à ce carnage. C’était la nuit de samedi dernier. «Il était 21 h quand j’ai vu les lueurs de balles traçantes à travers ma fenêtre et quelques secondes aprè j’ai entendu  des coups de feu. J’étais étonné ! Je pensais que les militaires étaient en train de fêter la victoire de Bouteflika. Mais je trouvais cela anormal. Subitement, le téléphone sonna. Des voisins qui veillaient dehors étaient affolés. Ils me disaient qu’ils étaient pris entre les tirs des militaires d’un côté et des terroristes de l’autre.

Le lieu de l’embuscade se trouve à 400 m de chez moi. Je sors de la maison et je vais en courant informer la brigade de la gendarmerie d’Iboudrarène. J’ai dit à l’officier que des militaires étaient pris dans une embuscade, mais ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas le droit de quitter la brigade. Les jeunes qui m’avaient appelé suivaient en direct l’attaque. Une soixantaine de soldats étaient à bord d’un bus de l’APC, précédé par une Land Rover à bord de laquelle se trouvaient 6 à 7 militaires. Les terroristes avaient ciblé le bus, lequel s’était renversé sur le côté des portières, ne laissant aucune chance de sortie aux passagers. Les terroristes tiraient des rafales en direction du bus. Heureusement, les militaires à bord de la Land Rover se sont arrêtés 100 mètres plus loin et ont courageusement riposté. Ils ont réussi à empêcher les terroristes de s’emparer des armes et d’achever les nombreux blessés. L’embuscade a duré à peine 15 minutes, avant que les assaillants ne quittent les lieux. J’ai alors appelé l’hôpital de Tizi Ouzou pour les informer et surtout leur demander de se préparer à recevoir une soixantaines de militaires entre blessés et morts. Un appel a été lancé à tous les chirurgiens de la ville», raconte le patriote.

Ce dernier est formel. Sur le coup, il y a eu 11 militaires tués et 35 autres blessés, dont une dizaine dans un état jugé grave. «Je pense que beaucoup de blessés ont dû succomber avant l’arrivée des secours», souligne le patriote. Et de préciser : «J’ai aussi informé le commandant du secteur opérationnel de Tizi Ouzou et les renforts ne sont arrivés sur les lieux qu’une heure et demie plus tard. J’ai été surpris de constater que les ambulances n’étaient pas dotées d’équipements médicaux nécessaires aux urgences de ce genre. C’était juste des véhicules pour transporter les victimes et non pour prodiguer les premiers soins qui permettent de sauver des vies humaines.

Les premiers évacués furent les victimes décédées, alors que les blessés constituaient la priorité. Pis, au lieu de transférer ces derniers à l’hôpital le plus proche, qui est celui de Aïn El Hammam, ordre a été donné de les emmener à l’hôpital de Bordj Menaïel, à deux heures de route.» Les images de ces jeunes soldats terrorisés, sortant des bois, plus de 12 heures après l’embuscade, semblent avoir affecté notre interlocuteur. «Ils ont dû vivre l’horreur, même s’ils savent que leur métier est justement de faire face à l’horreur», dit-il, avant de laisser libre cours à sa colère. «Tout le monde savait que cette région était infestée de terroristes. La population avait informé de la présence de personnes suspectes qui avaient même osé déposséder des citoyens de leurs véhicules. Embarquer des soldats dans un bus et leur faire traverser en pleine nuit un terrain hostile, c’est les envoyer droit dans la gueule du loup. Je sais que la remarque a été faite à l’officier mais ce dernier n’en a pas tenu compte. Il l’a payé chèrement puisqu’il est mort lors de l’embuscade», note le patriote, qui dit ne pas comprendre l’utilisation de bus pour transporter des militaires en pleine opération. «Cela n’a jamais été fait !» s’emporte-t-il.

Pour ce patriote, «ce sont ces graves défaillances qui ont tué les soldats de l’ANP et non pas les terroristes». A la lumière de ces révélations, une enquête sur les circonstances de ce drame est plus qu’obligatoire. Le devoir de tous, à commencer par le ministère de la Défense nationale, est de rendre hommage aux victimes par des cérémonies d’inhumation officielles, et ce, à travers toutes les régions d’où elles sont originaires, mais aussi de décréter un deuil national. Sous d’autres cieux, une telle défaillance aurait poussé le premier responsable de l’état-major de l’armée ou le ministre de la Défense à déposer sa démission.
 

Salima Tlemçani

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