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le 21.02.17 | 12h00 Réagissez

 

Participer aux législatives, c’est cautionner le pouvoir en place et perdre son âme ; a contrario, ne pas aller à ce rendez-vous, c’est signer sa disparition de la scène politique. Lorsque ce raisonnement – malheureusement juste –guide l’opposition, c’est que rien ne va. Ainsi va la maison Algérie, et ce, depuis l’indépendance. Si l’ambition affichée de Ben Bella et de Boumediène était de construire un Etat national et d’améliorer le niveau de vie des populations, cela se fit dans la confiscation totale des pouvoirs entre les mains des deux hommes, de leurs clans et de leurs appareils sécuritaires.

L’opposition fut réduite à néant par des liquidations physiques, des empêchements d’exercice des partis existants et des interdictions de création de nouvelles formations politiques. Dès ce moment-là, le rôle dévolu au FLN, parti unique, fut d’appuyer sans condition les régimes en place. Ce joyau de la Guerre de Libération perdit de ce fait toute sa sève révolutionnaire, n’arrivant à s’émanciper que deux fois, furtivement, au milieu des années 1990 et 2000, avec à sa tête Mehri, puis Benflis.

Octobre 1988 ouvrit l’Algérie au multipartisme avec la perspective que, pour la première fois, la construction démocratique était possible avec des libertés fondamentales garanties. Dans la lancée de la Constitution de 1989, l’Algérie se couvrit de sigles de partis, d’associations, de syndicats et de journaux. Cela se fit de manière enthousiaste, quoique chaotique.

Mais cette ouverture fut compromise par l’hiver islamiste qui tomba sur le pays et par le retour à la tentation totalitaire des dirigeants de l’époque qui s’attaquèrent à l’exercice de l’activité partisane et à la liberté de la presse, les soumettant à un incessant bras de fer. Les velléités autoritaristes finirent par s’imposer comme ligne de conduite du système à partir des années 2000 sous le régime de Bouteflika, homme de la première génération des dirigeants post-indépendance qui revint au pouvoir après une éviction et une traversée du désert mal vécues.

Il ne put remettre en cause les grands acquis démocratiques arrachés durant la décennie 1980 et surtout les années 1990 par la société algérienne. Pouvait-il dissoudre le FFS, le RCD, les journaux indépendants, les associations des droits de l’homme, de femmes, les syndicats autonomes… ? Non, mais il réussit en partie à les affaiblir, fort des atouts que lui procurèrent la rente pétrolière et un contexte de désintérêt des Algériens à l’égard de la vie politique et publique par lassitude, par peur ou par désillusion.

Et puis la plus grande œuvre du régime fut la confiscation du droit de vote du citoyen à son profit. Durant la première décennie 2000, la fraude électorale était généralisée et grossière : les chiffres des électeurs potentiels, des votants, des bulletins de vote et des résultats définitifs étaient trafiqués par l’administration chargée des élections. Elle sera plus sophistiquée avec l’entrée en scène d’une «haute instance indépendante de surveillance des élections».

Celle-ci n’a pas vocation à gérer les élections, mais simplement d’en assurer la supervision, la gestion relevant toujours du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales qui, depuis l’indépendance du pays, a toujours servi les pouvoirs politiques en place. Comme d’habitude, l’administration sera juge et partie et les chiffres qu’elle communiquera à l’issue des législatives ne pourront aller que dans le sens des intérêts des autorités en place.

Le FLN et son alter ego le RND se verront gratifiés des meilleurs scores, quelques sièges de députés seront «réservés» aux partis gravitant autour de la présidence de la République, pour les autres ce seront des broutilles, juste pour qu’ils entretiennent l’illusion d’exister dans le champ politique algérien. Ce scrutin sera particulièrement surveillé par le pouvoir, car il donnera naissance à une législature qui devra «gérer» la présidentielle de 2019 ou une éventuelle élection anticipée. Comme le régime entend se pérenniser, y compris avec l’actuel chef de l’Etat, on devine que tout entrera et tout sortira du nouveau Parlement, sauf la démocratie.

 

Ali Bahmane
 
Tag(s) : #Vie politique

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